La place des femmes dans le secteur du numérique – Maud Laurent pour DOCaufutur

Les pionniers du numérique sont des pionnières. Les photos des premiers ordinateurs numériques dans les années 70 montrent des femmes aux commandes. Ada Lovelace fut la première programmatrice informatique, Grace Hopper a découvert le « bug » et Margaret Hamilton a mis en place le logiciel de la NASA qui a permis à l’homme de marcher sur la Lune. Puis le hommes se sont frayés un chemin pour finalement devenir très fortement majoritaires dans ce secteur. Quelle est la place des femmes dans le secteur du numérique aujourd’hui et en quoi le numérique peut les emmener beaucoup plus haut ?

Les femmes représentent désormais, tous métiers confondus, un peu moins de 28 % dans le secteur du numérique pourtant en plein développement (contre 48 % dans le reste de l’économie). Et en y regardant de plus près, elles sont sous-représentées dans les métiers techniques (16 %) tout en étant plus présentes dans les emplois de marketing, communication, commercial. Le poids des clichés reste important. Certains secteurs du numérique véhiculent en effet une image très « masculine ». La méconnaissance des métiers techniques, une certaine forme de sexisme dans certains milieux du web, le syndrome de l’imposteur ou encore de la bonne élève que ressentent certaines femmes peuvent expliquer ces chiffres.

Pourtant, pour Delphine Remy-Boutang, fondatrice de la journée de la Femme digitale et créatrice d’un réseau pour les femmes d’influence, « Internet est une innovation de rupture; c’est donc une formidable occasion de ré-écrire le futur et créer de nouveaux rôles-modèles ». Pour Caroline Garadier, responsable communication chez RISO FRANCE, « Avec le numérique, hommes et femmes – nous sommes au même niveau sur la ligne de départ : à nous de ne pas laisser les inégalités se produire ».

Femmes dans le secteur du numérique : d’utilisatrices à créatrices

« Lorsque je vois un groupe d’adolescents travailler en groupe, je ne vois aucune différence entre filles et garçons. Ils ont la même dextérité et capacité à utiliser les outils digitaux. Les femmes digital natives ont donc une carte à jouer pour prendre plus de place dans le monde professionnel du numérique » indique Isabelle Pierret directrice marketing et communication chez Ricoh France.

On le voit bien, les femmes qui travaillent dans le numérique sont généralement dans la communication ou le marketing mais sont beaucoup moins présentes en tant qu’architectes du numérique, les métiers plus techniques.

Pour Evelyne Maisonneuve, leader C.C.M chez onepoint, c’est une histoire de goût. « Nous avons la chance d’être des femmes libres qui pouvons choisir parmi une multitude de métiers. Et je ne pense pas que les femmes aient envie d’être derrière une machine. Elles sont généralement tournées vers des valeurs de collaboration, d’échanges et de sensibilité qui ne semblent pas correspondre aux métiers techniques » confie t-elle.

Pour Valérie Bastide, responsable marketing client et éditique d’Homeserve « ce n’est pas une question d’homme ou de femme mais une question d’individualité et d’adaptabilité ». Quand elle pense aux pays en voie de développement, elle constate que ce sont souvent les femmes qui mettent en place des microcrédits, qui montent des projets collaboratifs ou humanitaires. « Les femmes sont débrouillardes et peuvent percer dans le numérique comme dans tout autre domaine » explique Valérie Bastide.

Selon Claire Oury qui dirige le pôle support clients de Sefas Innovation, filiale de DOCAPOST, la technique n’est pas réservée aux hommes.

« Je suis une femme et j’aime la technique, et ceci ne me parait pas contradictoire; mais force est de constater que nous sommes peu nombreuses dans nos fonctions. Lorsque je recrute, je vois bien que les candidates sont rares ».

L’une des solutions selon Claire Oury serait de proposer, à l’école, des cours de programmation, de création d’applications informatiques… « Pas en tant qu’options, mais en tant que matières principales dans un tronc commun, avant de choisir sa spécialisation. Une manière de réveiller des vocations chez les filles ». 

Le réseautage cité comme principal frein par les femmes 

En partenariat avec Capgemini Consulting et la FrenchTech, Delphine Remy-Boutang a lancé en 2016 une enquête pour la journée de la femme digitale.

« Lorsque nous avons demandé aux femmes de quoi elles avaient besoin en priorité pour percer dans le digital, elles ont répondu à 93 % de ‘’networker’’».

Fort de ce constat et besoin, elle a donc créé un network féminin : le JFD Connect Club, qui s’adapte … aux femmes. Ici, pas de football, cigares et autres clichés masculin, mais une définition d’un nouveau networking au féminin. Depuis sa création en 2016, le club regroupe près de 200 membres et ouvre dès le 6 septembre, un lieu physique ouvert exclusivement aux membres tout au long de l’année à Paris (Trocadéro). A travers ce type d’initiative, Delphine Remy-Boutang est persuadée que l’égalité économique femmes-hommes s’accélérera grâce au numérique.

Le numérique permet à certaines femmes de tout simplement travailler. Caroline Garadier pense « notamment aux « mumpreneurs » qui, grâce au digital, sortent de leur rôle de mère au foyer. Tous ces nouveaux modèles encouragent les femmes à se lancer » précise t-elle.

Pour Claire Oury de Sefas, le débat hommes / femmes pourrait être supplanté par les différences entre les générations (digital natives versus anciennes générations).

Le numérique est donc un secteur ouvert à la parité, mais encore loin d’être exemplaire. Nous savons aujourd’hui que si nous continuons sur le même rythme, l’égalité homme/femme ne serait effective que dans 169 ans. C’est à travers les institutions publiques – et l’école en particulier – mais aussi via une bonne communication et des initiatives de discrimination positive que l’on pourra réduire cette longue période. La sur-performance des équipes mixtes n’est plus à prouver. Les impacts positifs de la mixité dans le monde professionnel sont nombreux : productivité, efficience managériale, rentabilité opérationnelle, etc. Le numérique est une chance pour les femmes et pour le monde en général !

 

Pour aller plus loin : 

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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