Les Millenials sont-ils vraiment connectés en entreprise ? Maud Laurent, journaliste indépendante pour DOCaufutur

Les Millenials (générations Y et Z) ont grandi et se sont construits sur fond de progrès technologiques et d’outils digitaux. L’omnicanal, le numérique, la mobilité et l’instantanéité paraissent être aujourd’hui monnaie courante dans leur vie quotidienne. Qu’en est-il lorsqu’ils franchissent la porte de l’entreprise ? Les moins de 30 ans sont-ils aussi connectés que l’on pourrait le croire ? Pas si sûr…

Une récente étude commanditée par l’entreprise Mitel® met en lumière les outils de collaboration les plus plébiscités par les Millenials en milieu professionnel. L’enquête révèle qu’ils collaborent de manière traditionnelle, à l’image de leurs aînés :

  • Plus de 48 % des Millenials considèrent l’email comme moyen de communication favori contre 47 % pour leurs aînés ;
  • Le téléphone ressort comme le moyen le plus fréquemment utilisé pour 41 % des moins de 30 ans (dépassant le résultat tous âges confondus à 34 %) ;
  • Seuls 12 % d’entre eux placent le chat et la messagerie instantanée comme moyen le plus fréquent pour communiquer.

Pour Jean-Denis Garo, Directeur marketing Europe du sud de Mitel, « Les entreprises ont tendance, par besoin d’intégration, à quel que peu étouffer le désir de « révolution » des millenials. Et finalement, les jeunes s’adaptent aux codes de l’entreprise, ils rentrent dans le moule et adoptent les usages du groupe qu’ils soient collaboratifs ou non. Les millenials garderont toutefois l’usage de leurs médias préférés pour leur communication personnelle. » Jean-Denis Garo explique que « plus l’ADN de l’organisation est collaboratif, à l’instar des start-up, plus le millenial aura tendance à utiliser les solutions collaboratives proposées par l’entreprise. »

Nous ne serions donc pas déterminés par notre génération mais tout dépendrait de l’environnement dans lequel on se trouve.

Cela semble se vérifier lorsque l’on interroge Charlotte Journo-Baur, CEO de la start-up Whishibam dont l’équipe a une moyenne d’âge de 28 ans. Les outils collaboratifs tels que Trello, Slack et les messageries instantanées ou le growth hacking font partie du quotidien de la start-up. « Nous sommes ultra connectés et agiles, que ce soit en interne ou avec nos clients en externe » explique Charlotte.

Elle ne demande pas aux candidats de maîtriser tous les outils; la formation et l’accompagnement étant réalisés à la prise de poste. « Ils ont une capacité d’adaptation et de réactivité assez impressionnante, mais il faut réussir à les motiver au quotidien pour les amener à se dépasser et leur donner envie de rester dans l’entreprise. A l’époque de nos parents, il était fréquent d’entrer dans une entreprise et de la quitter au moment de la retraite. Les générations Y et Z se lassent plus vite ! » précise t-elle.

Et si le principe même de Millenials n’était qu’un mythe ?

Pour Yann Gourvennec, de Visionary Marketing, les Millenials n’existent pas.

« Ce mythe s’explique d’une part par le manque de faits pour supporter la théorie de la génération Y experte des technologies. Et d’autre part, je pense que ce mythe est probablement une projection des peurs et craintes des générations plus anciennes sur celle-ci… Il y a d’ailleurs 17 définitions différentes des Millenials, c’est donc que cette notion n’est pas très crédible » précise t-il. Selon lui, il se peut que nous n’ayons pas forcément tous envie de nous renouveler lorsque nous sommes en milieu ou en fin de carrière, mais pour autant, il est possible d’apprendre à tout âge.

Christophe Benavent, Responsable du Master Marketing Opérationnel International à l’Université Paris Ouest, estime qu’il y a plus de différences au sein d’une même génération qu’entre deux générations. « Nous sommes clairement dans le mythe de l’étudiant en école de commerce. Je ne pense pas qu’il y ait de fracture digitale en termes d’âge mais plutôt en termes de catégories sociales et professionnelles. Une majorité d’ouvriers n’aura jamais à utiliser d’outils informatiques. Dans les études, c’est la même chose. Quelqu’un qui a un CAP technique n’a pas les mêmes habitudes numériques qu’un étudiant à l’Université ou en grande école » indique t-il.

Adaptation difficile entre nouvelles pratiques et enjeux de l’entreprise, qui eux, n’ont pas beaucoup bougé

François Gouverneur, Fondateur et Président de VALEURS STRATÉGIQUES, pense que la plupart des entreprises ne sont pas encore complètement diversifiées dans les différentes techniques actuelles et avancent moins vite que les usages dans la vie privée. « Il y a une adaptation difficile entre nouvelles pratiques et enjeux de l’entreprise, quelques fois contradictoires, et souvent complexes à décrypter ». Pour lui, les jeunes sont des agitateurs d’expériences, des sortes de révélateurs qui feront évoluer le monde professionnel. Le défi pour les entreprises est de devenir agile pour prendre en compte les différentes générations mais aussi les différents profils qui ne dépendent pas forcément de l’âge. L’objectif est d’écouter les nouvelles idées des collaborateurs tout en les formant aux nouveaux outils si besoin.

Pour Jean-Denis Garo – Mitel, c’est la mobilité qui va engager les entreprises à utiliser de plus en plus les outils collaboratifs. Le travail n’est pas le lieu où l’on se rend mais davantage ce que l’on fait. D’ailleurs dans une dizaine d’années, les Millenials seront aux commandes des entreprises ou en tout cas, majoritaires. Ils éduqueront peut-être leurs aînés (reverse mentoring) aux nouvelles manières de travailler. Mais encore une fois, l’appartenance à une génération n’est pas le seul facteur, tout dépend du secteur d’activité, du niveau d’études et de l’appétence aux nouvelles technologies de chacun d’entre nous.

 

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Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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