in

Les femmes sous-représentées dans le numérique ? Maud Laurent mène l’enquête pour DOCaufutur

En 2020, le nombre de postes vacants dans le numérique pourrait s’élever à plus de 750 000 en Europe. Ce secteur en pleine croissance est une chance à saisir pour les femmes qui aujourd’hui y sont largement minoritaires. 

Le constat est sans appel : seuls 33 % des salariés du secteur numérique sont des femmes! Parmi elles, 75 % occupent des fonctions dites “de support” (ressources humaines, administration, communication). Les femmes ne représentent que 11 % des salariés dans la cybersécurité et 27 % des développeurs. Qui plus est, 91 % des start-up sont dirigées par des hommes.

Séverine Le Loarne est professeur à Grenoble Ecole de Management et titulaire de la chaire Femmes & Renouveau Économique (FERE). Elle explique que le monde du numérique est très « genré ».

« Leur bac scientifique en poche, les filles se dirigent plutôt vers les domaines de la biologie ou de la santé, voire retournent vers les voies littéraires ou économiques alors que les garçons représentent 80% des effectifs des écoles d’ingénieurs. C’est une question de préférence mais il faut savoir que nos goûts sont façonnés par notre éducation – que ce soit nos parents, l’école et la société de manière plus globale » explique la chercheuse.

Elle rappelle les recherches en psychologie et explique que trois variables entrent en ligne de compte dans la décision de s’investir dans quoi que ce soit, en l’occurrence dans un métier : le fait de se sentir ou non capable, de se sentir ou non en confiance et de se sentir dans la norme sociale ou pas.

« L’idée est de travailler en toute bienveillance et intelligence émotionnelle pour pousser les jeunes femmes à se lancer et leur prouver qu’elles sont tout aussi capables que les hommes de s’épanouir dans le monde du digital ». 

Prendre le problème à la source, dès le plus jeune âge

Carine Braun-Héneault, Directrice chez RedHat France et Présidente du programme Femmes du Numérique (au sein du Syntec Numérique), nous explique que jusqu’à 7ans, un enfant n’est pas encore conditionné par la société. A partir de cet âge, il est facile de le faire rentrer dans des cases (exemple : rose pour les filles, bleu pour les garçons). L’idée serait de vulgariser le numérique dès la petite enfance pour inverser la tendance d’un milieu dit « masculin ».

« Pour donner l’appétit du numérique aux filles, je préconise de mettre en place des ateliers ‘code’ dès l’école primaire. Concernant les stages de 3ème, mettre en avant les offres dans le numérique auprès des filles tout en tentant de convaincre les parents et les professeurs que ce secteur représente l’avenir. Au lycée, les conférences et des retours d’expériences de modèles féminins peuvent aussi aider ».  

Sans oublier qu’il y a aussi les aspects liés à la reconversion pour les femmes plus âgées, afin qu’elles se tournent vers ces métiers du numérique. La mission que s’est donné le Syntec Numérique à travers son programme Femmes du Numérique est de communiquer au maximum afin d’attirer les femmes vers les métiers du numérique. Des afterworks à thème sont notamment régulièrement organisés : blockchain, entrepreneurs & numérique, etc. Carine Braun estime que c’est un secteur d’activité en forte croissance, très divers, innovant et dans lequel il fait bon travailler. Les opportunités professionnelles ne manquent pas et chacun peut trouver sa place à travers un métier motivant.

Une image négative et une grande méconnaissance du secteur 

« Selon plusieurs études, notamment celle publiée par Talents du Numérique en septembre 2018, les lycéens ont une image au mieux, absente, au pire, négative du numérique. Pour eux, nous sommes encore dans l’informatique de papa des années 80. Ils s’imaginent un milieu fermé, machiste qui va les transformer en geeks » relate Fatiha Gas, référente mixité de l’association Talents du Numérique.

Les jeunes savent utiliser les technologies et les réseaux sociaux, mais lorsqu’on leur parle d’administration systèmes ou de bases de données, ils en ignorent tout. Ce manque d’intérêt est dû à leur méconnaissance des enjeux et de la diversité du numérique.

« Nous avons également été surpris par la méconnaissance de ce domaine chez les psychologues de l’Éducation nationale et professeurs de collèges/lycées » explique Fatiha Gas.

Pour susciter la curiosité des filles, l’association Talents du Numérique a participé avec Concepteurs d’Avenirs (le Fafiec) et Syntec Numérique à la création de kits pédagogiques à destination des collégiens, lycéens et de leurs enseignants. En lien toujours avec le Fafiec, un ouvrage est par ailleurs en cours de préparation pour les élèves du primaire. Soutien au projet Class’Code, formation, sensibilisation des élèves et des professeurs, travail avec les délégués académiques au numérique éducatif font partie des actions de l’association, également membre fondateur de l’initiative collective Femmes@Numérique qui œuvre pour la mise en lumière et le développement de la présence des femmes dans le secteur.

Les entreprises du numérique ont aussi évidemment leur rôle à jouer pour inciter les femmes à travailler en leur sein. The Galion Project, think tank des entrepreneurs de la tech, a ainsi écrit avec ses membres une charte pour aider les entreprises à instaurer un meilleur équilibre hommes/femmes dans leurs équipes.

« Les femmes ne peuvent pas être exclues de ce monde du numérique qui représente l’avenir. Au contraire il est crucial qu’elles en soient parties prenantes, pour des raisons de performance, de recrutement, mais aussi parce que c’est là que se définit le monde de demain » insiste Laurence Lucas, directrice des contenus de The Galion Project.

Cette charte comporte 45 mesures concernant le recrutement, la fidélisation et la promotion, réparties en deux niveaux : 25 premières mesures listent les actions de base pour assurer un équilibre des genres ; 20 autres permettent d’aller plus loin. Laurence Lucas souligne que la féminisation d’une entreprise doit être prise en compte dès sa création pour ne pas instaurer un déséquilibre difficile à corriger et doit reposer sur une conviction forte des fondateurs. Ceux-ci doivent être conscients du lien étroit entre mixité et performance. Parmi les mesures proposées dans cette charte pour la parité, on peut citer une culture d’entreprise bienveillante pour les deux sexes ou une tolérance zéro pour les remarques sexistes.

Témoignages de deux femmes du numérique

Nous avons rencontré deux femmes qui ont choisi le numérique pour leur vie professionnelle. La première s’appelle Nathalie Silverio et est ingénieure systèmes embarqués (électronique & logiciel) du groupe SII. La deuxième est consultante d’applications sénior chez Capgemini, et se prénomme Leila Medjkoune.

Nathalie Silverio s’est toujours demandé comment volaient les avions et comment fonctionnaient les robots. En terminale S, elle était l’unique représentante de la spécialité sciences de l’ingénieur.

« Je n’ai pas souffert de machisme de la part de mes camarades garçons ni de mes professeurs. Au contraire, ils étaient tous contents qu’une fille soit présente » précise l’ingénieure.

Elle avoue avoir eu la chance d’être née dans une famille qui l’a toujours soutenue dans ses choix. « Mon père était ingénieur et m’a toujours encouragée ». Pendant ses études à l’INSA de Toulouse, elle s’est rapprochée de l’association Elles bougent’. Grâce à cela, des « marraines professionnelles » (chez Airbus, Thales ou Continental) l’ont initiée à leur environnement de travail dans l’internet des objets (en anglais Internet of Things, ou IoT) ou le Big data. Aujourd’hui, elle est marraine à son tour.

« Je souhaite à mon tour déconstruire les stéréotypes et susciter des vocations scientifiques ou techniques auprès des jeunes filles pour qu’elles osent se frayer un chemin. Leur entourage est souvent hostile à leur entrée dans le milieu du numérique ».

Au fil de ses interventions dans les établissements scolaires, elle réalise que les stéréotypes ont la vie dure, notamment dans les milieux ruraux.

Leila Medjkoune travaille chez Capgemini en tant que consultante d’applications sénior. Elle s’est dirigée vers une formation littéraire par facilité alors qu’elle aimait également les sciences. Après une maitrise de lettres qui ne la satisfaisait pas vraiment, elle a rejoint un master en technologie de l’information et des bibliothèques.

« J’ai pu découvrir comment créer une page web, le xml, la programmation, etc. J’étais fascinée par ce monde totalement innovant ». Elle a donc choisi la voie de l’éditique et de la gestion documentaire. « En tant que femme, on vous fait naturellement moins confiance. Durant mes débuts dans le domaine informatique certains hommes m’ont testée en utilisant de manière intentionnelle un vocabulaire très technique. Une fois que j’ai gagné leur respect, tout est devenu naturel » raconte Leila Medjkoune.

Désormais, elle gère des équipes constituées de profils techniques et fonctionnels.

« J’essaie au maximum d’assurer la mixité dans mes équipes. C’est bénéfique pour les équipes et les projets, tant au point de vue de l’ambiance de travail qu’au niveau des résultats. D’ailleurs dans ma mission actuelle, sur deux postes ouverts, nous avons recruté une femme ». 

Selon elle, l’apprentissage dans l’Éducation nationale est beaucoup trop théorique. Elle souhaiterait l’organisation d’ateliers dans les écoles au cours desquels des professionnelles viendraient expliquer leurs métiers. Ce partage d’expérience de femmes travaillant dans le numérique pourrait susciter des vocations.

Les femmes sont évidemment tout aussi capables de travailler dans le domaine du numérique que les hommes. C’est grâce à des initiatives et des propositions comme celles évoquées plus haut que la parité deviendra la norme.

Written by Corinne

Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès.
Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication.
Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.