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Dossier Médical Partagé (DMP), je t’aime moi non plus ! DOCaufutur vous explique tout avec Anne Monnier, ex ASIP santé

Plus de 67 millions de Français sont concernés par le Dossier Médical Partagé (DMP) puisque à priori tout le monde peut décider d’ouvrir un carnet de santé!

Le DMP est un carnet de santé numérique gratuit, confidentiel et sécurisé qui conserve les informations de santé. Son but est d’améliorer la prise en charge du patient en partageant avec les professionnels de santé, les traitement et soins, les résultats d’examens, les compte-rendus de radiologie, les allergies, etc.

En 2006 Anne Monnier rejoint l’aventure du dossier médical au ministère de la santé. Au sein de l’ASIP Santé, agence française de la santé numérique, elle est au cœur des stratégies d’accompagnement du changement et du développement des usages des projets publics de santé numérique. Aujourd’hui, alors que le DMP vient d’être relancé en France, elle revient avec nous sur l’histoire tumultueuse du DMP.

Qu’est-ce que le DMP ?

En fait, le DMP remonte à la loi de 2004. Il y a 14 ans, la loi Douste-Blazy, créait le statut du médecin traitant et le parcours de soin. Mais aussi le DMP afin d’outiller la coordination des soins. Chaque bénéficiaire de l’assurance maladie pourrait disposer d’un carnet de santé électronique. Alors en 2005 se constitue un groupement d’intérêt public dont le principe est de permettre à chaque Français de disposer de son carnet de santé (papier) sous forme numérique.

« A l’époque, puisque le digital est en train d’arriver, on se dit qu’on devrait pouvoir construire de manière assez simple un carnet de santé électronique. Sauf que les règles d’utilisation, d’accès et de partage des données de santé sont un vrai casse-tête ! »

En fait, le DMP va agir comme un révélateur d’un éco-système complexe. Une informatique assez ancienne, des organisations où le mode coopératif émerge tout juste. Beaucoup de questions vont se poser : qui y a accès ? De quelle manière ? Qui seront les utilisateurs ? Les bénéficiaires, sous la responsabilité de qui ? Quelles seront les règles de partage ? De stockage et de conservation ? Quid de la sécurité ? Comment sera alimenté ce dossier par les autres systèmes ? Quelles sont les règles d’interopérabilité ? Quelle sera la responsabilité des utilisateurs en cas de litige ? Etc. 

Il a fallu plusieurs années de concertation pour concilier les exigences, les attentes et les craintes de chacun dans un début de corpus de règles communes. Dans quelles conditions peut-on passer d’un échange d’informations le plus souvent oral, parfois papier à un partage d’informations entre plusieurs professionnels de santé, de manière électronique ? Le DMP va révéler un besoin urgent d’interopérabilité sujet peu travaillé jusqu’à présent.

« Dans les années 2005 à 2010 on parle de plus en plus de l’impact du digital. Mais on pense encore que cette vague de transformation va épargner les secteurs non-marchands comme la santé ou l’éducation. Résultat, le DMP, qui n’était qu’un outil, va révéler des peurs, des inquiétudes et des questions technologiques, éthiques, d’organisation du travail, d’évolution des métiers,… Tout va se cristalliser autour du DMP

Quelle a été la première utilisation du DMP ?

Le lancement du projet DMP a lieu en 2005-2006, mais sa première mise en service date de décembre 2010. En 2011 on lance des expérimentations en vie réelle. Ces premiers tests confirment la nécessité d’une approche systémique incluant de façon orchestrée les institutions, les professionnels, les industriels et les bénéficiaires. C’est l’heure d’organiser une montée en charge progressive des usages et des incitations à faire, d’expliquer et animer le cycle création/alimentation/usage au long cours. On se donne le temps d’améliorer le service au fur et à mesure de ses usages, etc.

Le DMP est un nouveau service public qui doit être porté politiquement et professionnellement. Les changements que son usage entraîne sont profonds. De 2011 à 2013, le DMP est expérimenté dans une quinzaine de régions de France. Cela va progressivement conduire à la création de 500 000 DMP.

« Dans ce genre de projet complètement nouveau, on apprend en faisant. Mais une chose est sûre : pour développer les usages, il est impératif une fois les DMP créés que les hôpitaux et les laboratoires de biologie et de radiologie intègrent au DMP les comptes-rendus. Ce sont les plus gros fournisseurs de documents à partager au décours du parcours de soins, notamment avec les médecins et professionnels de santé en ville. »

Un autre élément clef du système est l’importance d’inclure les industriels et éditeurs de logiciels dans le process de déploiement. Il est impératif que l’usage soit simple et ergonomique. Le médecin doit facilement intégrer un document dans le DMP de son patient. C’est «l’interopérabilité » développée par les éditeurs. Pour cela les règles doivent être claires et s’imposer à tous.

Alors qui a accès au DMP ?

A partir du moment où le patient, de manière éclairée, donne son consentement, les professionnels de santé doivent être en mesure de déposer des données dans son DMP. D’où l’importance d’une alimentation automatisée à partir de tous les logiciels médicaux (hôpitaux, laboratoires, EHPAD, cabinets médicaux, d’infirmiers, pharmacies, etc).

Ensuite, tous les professionnels de santé n’ont pas accès à tous les documents contenus dans le DMP. Tout dépend de leur spécialité. Les professionnels de santé se sont accordés sur une matrice d’habilitation permettant à chaque profession de santé d’accéder (avec sa carte CPS) aux documents pertinents pour sa spécialité.

Il est alors primordial d’avoir un principe de traçabilité totale. Le patient doit savoir qui a accédé à son dossier et pouvoir éviter les accès non autorisés. Par ailleurs, le patient peut bloquer l’accès à son DMP aux professionnels de santé de son choix ou masquer certains documents. Seul le médecin traitant, pivot de son parcours, a accès à l’ensemble de son DMP.

Des hauts et des bas ?

« Finalement l’idée du DMP était assez simple en apparence. Elle correspondait à une demande de partage d’informations de qualité entre professionnels de santé. Reproduire les règles de la vraie vie dans un dossier électronique. La CNIL en a préalablement vérifié les règles d’accès, de sécurité et de respect de la vie privée. Pourtant le DMP a été révélateur de contradictions. On dit que le DMP est inutile tant qu’il est vide ou peu alimenté. Mais si une personne est prise en charge en urgence, c’est bien de savoir des choses sur elle, si minimes soient-elles. »

Au moment de son démarrage, les critiques ont été nombreuses. Pas assez ergonomique, pas assez co-construit, trop compliqué, trop souvent vide, sans bénéfice réel pour l’utilisateur, sans actions d’accompagnement, d’incitatifs et sans soutien suffisants, etc. Beaucoup de ces critiques ont permis d’ajuster le système au fur et à mesure. Mais la constance politique indispensable à un grand projet comme celui-ci a manqué à un moment crucial de son développement. Entre 2012 et 2016, le projet était quasiment à l’arrêt.

Comment l’année 2016 a-t-elle été un virage pour le DMP ?

L’année 2016 a marqué un tournant. En effet, la loi a confié la généralisation du DMP à la CNAMTS. Il est également au centre de la stratégie « ma santé 2022. Un engagement collectif ». Un engagement collectif » annoncé en septembre 2018 par le président de la République. Dans cette réforme, le DMP devient un élément d’outillage du parcours de soins et de la coordination accrue entre les professionnels de santé. La CNAMTS apporte des évolutions répondants aux attentes des professionnels de santé :

  • Le Dossier Médical « Personnel » devient le Dossier Médical « Partagé » . 
  • La charge de création est très élargie. Les pharmaciens sont incités à créer les DMP au décours des achats en pharmacie (ils perçoivent 1€ par DMP créé); les CPAM peuvent aussi créer des DMP lors des visites des assurés et les patients eux mêmes en se rendant sur le portail https://www.dmp.fr/
  • Dès sa création, le DMP contient l’historique de remboursement géré par la CNAMTS, élément à valeur médicale.
  • Une application mobile est disponible pour les patients pour créer et consulter son DMP mais aussi pour le gérer administrativement et y ajouter des informations en sa possession et qu’il souhaite porter à la connaissance de ses soignants.

De plus la CNAMTS dispose d’un réseau de correspondants qui maille l’ensemble du territoire et permet  d’accompagner plus efficacement la prise en main du DMP par les utilisateurs.

« Finalement, le DMP se généralise à un moment où l’impact de la transformation numérique sur le secteur de la santé ne fait plus débat. Gageons que cela facilite sa généralisation et qu’il créée enfin la valeur et les bénéfices attendus d’un outil de partage de l’histoire médicale du patient. »

Et aujourd’hui qu’en est-il ? Qu’allons-nous voir venir ?

Les avantages du DMP ne seront pas tous immédiats. Mais ce qui est sûr c’est que le DMP permet d’éviter aux personnes de devoir mémoriser les éléments de leur dossier (pathologies, traitements, soins, etc). Il offre un moyen d’apporter la bonne information au bon moment. Le DMP est véritablement un outil au service de la qualité, de la coordination et potentiellement un outil de la prévention. Un de ses bénéfices est d’être un outil de coordination et de contribuer à développer l’interopérabilité entre les systèmes du le secteur de la santé.

Puis viendront l’intégration du Dossier Pharmaceutique, la possibilité d’y intégrer des données provenant d’objets connectés de santé, la e-prescription, l’intégration de systèmes de messagerie ou la possibilité d’intégrer la synthèse d’un acte de télémédecine, etc. Ce sont de prochaines étapes importantes d’usages pour enrichir le DMP. Elles permettront à chacun de mieux maîtriser sa santé en mettant les informations nécessaires à la disposition des professionnels de santé.

Au sein du chantier « ma santé 2022, le rapport Pon-Coury « accélérer le virage numérique » insiste sur l’importance du DMP comme outil pour que l’usager soit acteur de son parcours de santé.

« Le DMP sera ce que chacun en fera » conclut Anne Monnier, e-santé, Silver Economie

Written by Valentine

Arrivée sur terre il y a quelques lustres, Valentine entre aujourd’hui dans le métier de la communication.
C’est non sans intrépidité qu’elle a intégré la Sorbonne en philosophie après une classe préparatoire littéraire (A/L). Après un mémoire sur la place de l’éthique dans la société actuelle à partir d’Aristote, Valentine poursuit son cursus en éthique appliquée.
Autrement dit elle s’intéresse aux actions des entreprises et des institutions publiques, proposant alors des solutions de conseil afin d’accompagner leurs prises de décision. Au coeur de l’économie numérique, les rouages de la communication autour de l’innovation la passionnent.
C’est pour cela que Valentine a rejoint l’équipe de Tikibuzz, une agence de communication et de marketing, en 2018.
Aujourd’hui, elle a le plaisir de s’aventurer sur le terrain de l’éditique et de la gestion de la communication client, afin de vous proposer chers lecteurs, des reportages et des témoignages pour votre média DOCaufutur.