Rencontre avec Guillaume Villon de Benveniste : Quelle innovation en France aujourd’hui ? Valentine Levacque pour DOCaufutur

Nous retrouvons Guillaume Villon de Benveniste à la librairie Fontaine, rue Laborde dans le 8èmearrondissement de Paris, à l’occasion de la sortie de son dernier livre : 1 200 milliards sur la table, comment les prendre, créer des emplois et faire de la France la Silicon Valley de 2030. Rencontre avec un consultant en innovation, diplômé à la fois de philosophie et de l’ESSEC.

Monsieur Villon de Benveniste, merci d’accepter d’échanger avec nous suite à la sortie de votre deuxième livre. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire la suite de Secrets des entrepreneurs de la Silicon Valley publiée en 2015 aux éditions Eyrolles ?

Guillaume : Rendez-vous compte, la France est un pays où le CAC 40 a un âge moyen de 105 ans. Nous sommes aujourd’hui les héritiers de l’infrastructure industrielle de la France de la Belle Époque! Tout au long du XXème siècle nous avons amélioré ce qui avait été fait à cette époque là. Du coup, dans les années 1990 on pensait être bien armés quand de nouvelles technologies sont apparues… Résultat ? Aujourd’hui il n’y a qu’une seule Licorne en France et près de 200 dans la Silicon Valley ! Il y a, de facto, quelque chose qu’on n’a pas réussi à faire.

À votre sens, que représente l’innovation aujourd’hui en France ?

Aujourd’hui tout le monde est d’accord pour dire que l’innovation c’est important. L’élection du président Macron en est l’expression. Il est le premier président à avoir été élu par l’écosystème de l’innovation. Pourtant aujourd’hui le gaspillage d’argent, de temps et de talents restent choquant. Il existe un vrai défaut de maturité. Je regrette d’ailleurs que la société française soit aussi rigide et qu’on ait du mal à changer d’esprit. Ce livre commence donc par une lettre ouverte au Président de la République et s’adresse à tout le monde : décideurs, investisseurs, décisionnaires publiques… Ainsi qu’à tous ceux qui aiment l’innovation et l’économie !

Dans votre ouvrage, vous évoquez la création d’une ENI : une École Normale de … l’Innovation ! D’où vous est venue l’idée et comment une telle école pourrait aider la France à prendre part aux 1 200 milliards sur la table ?

En France, on a des écoles qui forment à l’efficacité, c’est indéniable. Mais on oublie souvent que dans l’innovation, il y a des moments de créativité. Aujourd’hui les Grandes Écoles françaises perpétuent l’héritage dont nous parlions, mais il n’y a aucun respect pour les créatifs et les gens qui imaginent. Pire encore, avec le CIR [Crédit d’impôt Recherche] on a réussi à transformer un sujet d’innovation en un sujet burotico-judiciaire qui tue complètement l’innovation. À mon sens, l’essor de licornes n’a rien à voir avec le CIR; c’est bien la preuve que le CIR est hors sujet…

La création d’une ENI permettrait de former les gens à fabriquer ce qui n’existe pas encore. On pourrait sélectionner les gens par rapport à leur culture de la classe moyenne mondiale comme les Grandes Écoles sélectionnent leurs étudiants sur le niveau de culture générale. Sur le même principe que l’ENA, on payerait les étudiants le temps de leur passage à l’école et on financerait les projets d’innovation qui répondent à un besoin de la classe moyenne mondiale.

Et ensuite, sortis des murs de l’école, comment pensez-vous l’encadrement de l’innovation ? Vous êtes d’ailleurs consultant en innovation ; quelle est votre vision de la situation en France ?

Le problème d’aujourd’hui c’est que quelqu’un de Station F ne sait pas comment cibler un marché mondial ! Regarder le discours du président Macron à Station F du 9 octobre 2018. La première question qui lui est posée porte sur l’acquisition du client « éducation nationale » en France. Il faut changer d’échelle : il faut passer d’un horizon hexagonal à un horizon mondial! Les technologies numériques sont ubiquitaires. Si on a des outils qui aplatissent le monde, qui rapproche les gens ce n’est pas pour innover pour son voisin de palier.

Notre appareil conceptuel est inadapté : on ne pense pas assez global. À l’inverse, dans la Silicon Valley, il existe un certain nombre d’Accélérateurs, en particulier celui de la Singularité. Le principe est d’intégrer uniquement des gens qui ont trouvé un problème qui concerne la classe moyenne mondiale. Pendant un an on leur demande de qualifier ce problème. Une fois sortie, elle a identifié un problème mondialement partagé. Dès qu’elle trouve une solution à un tel problème, la voilà capable de se donner une perspective internationale, tout de suite !

Enfin, dans votre ouvrage vous proposez un test : le test ‘Benveniste’, afin de mesurer les connaissances clients d’une entreprise. Pour vous, le point critique est que l’innovation trouve un marché pérenne. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Sans mentir, aujourd’hui la rationalité qui prévaut en entreprise s’apparente à du Nostradamus. On marche par croyances, par « intuition », par « convictions ». Ce n’est pas du tout rigoureux ! Or 51% des start-up échouent pour des problèmes de marché ; malgré des études de marché. Évidemment, les outils utilisés ne sont ni rigoureux, ni scientifiques. Dans mon livre je présente le test que je propose aux entreprises : inspiré du test de Turing; le test de connaissance client n’est réussi que si l’innovateur parvient à se faire passer pour le client. Savoir se faire passer pour son client est la preuve d’une réelle connaissance de son quotidien et de ses attentes. Ce test permettrait de démontrer de manière scientifique et falsifiable la connaissance par les innovateurs de leurs clients. De là, on peut déduire si l’entreprise est capable d’innover de façon pertinente, selon la réalité des besoins du client.

Merci monsieur Villon de Benveniste d’avoir échangé avec nous sur ces thématiques aussi critiques que passionnantes !

 

Retrouvez le dernier livre de Guillaume Villon de Benveniste 1 200 milliards sur la table. Comment les prendre ?  aux éditions Michalon !

 

Valentine
Arrivée sur terre il y a quelques lustres, Valentine entre aujourd’hui dans le métier de la communication. C’est non sans intrépidité qu’elle a intégré la Sorbonne en philosophie après une classe préparatoire littéraire (A/L). Après un mémoire sur la place de l’éthique dans la société actuelle à partir d’Aristote, Valentine poursuit son cursus en éthique appliquée. Autrement dit elle s’intéresse aux actions des entreprises et des institutions publiques, proposant alors des solutions de conseil afin d’accompagner leurs prises de décision. Au coeur de l’économie numérique, les rouages de la communication autour de l’innovation la passionnent. C’est pour cela que Valentine a rejoint l’équipe de Tikibuzz, une agence de communication et de marketing, en 2018. Aujourd’hui, elle a le plaisir de s’aventurer sur le terrain de l’éditique et de la gestion de la communication client, afin de vous proposer chers lecteurs, des reportages et des témoignages pour votre média DOCaufutur.

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