L’intelligence humaine est-elle intrinsèquement limitée ? Valentine Levacque pour DOCaufutur

« Disrupt thinking ». Le leitmotiv de l’organisation Causa Mundi, invite et incite à penser le monde ensemble. Le 16 janvier dernier, Causa Mundi recevait deux chercheurs en neurosciences et posait la question suivante : l’intelligence humaine est-elle limitée ? Question provocatrice à l’heure où tout le monde parle d’Intelligence Artificielle (IA) et de robotisation.

Les capacités de l’intelligence humaine font aujourd’hui débat. C’est justement pour permettre un débat sain que Causa Mundi se demande : comment pensons-nous ? Retour sur les mystères de notre intelligence.

« Et si nous vivions comme les poules ? Dans le film Chicken Run, sortie en 2000, ce qui compte pour les poules c’est de manger à 7H et qu’il n’y ait pas de retard. Mais les poules ne savent pas qu’elles sont élevées pour être mangées. Elles n’en ont pas conscience. Mais l’homme ? Et si, comme les poules, nous vivions dans un poulailler, privés de conscience ? »

Qu’est-ce que l’intelligence ?

La définition de l’intelligence humaine est un topos de la philosophie. Préoccupation préférée des philosophes de tous temps, Aristote, Hume, Descartes, Locke, Kant, pour ne citer qu’eux, déterminent bien la différence entre l’intelligence, l’âme et la pensée. Pourtant, notons comment la façon de structurer ce type de discours s’est modifiée au cours du temps.

Pierre Reboul, représentant de Causa Mundi, introduit le sujet en donnant son avis. L’intelligence a trois dimensions : la plus évidente est celle de la production d’esprit, puis la dimension environnemento-conceptuelle et enfin la dimension physique : comme dans un ordinateur, nous utilisons de l’électricité et des connections. Bien entendu, l’intelligence n’est pas la même chose que la conscience. La conscience est faite pour être utilisée sur terre avec toutes ses conditions. Par exemple, nous changeons au cours du temps; un enfant n’a pas la même conscience qu’un homme de 50 ans. En fait, la conscience suppose un minimum d’intelligence et l’intelligence est le fruit de la conscience.

Mais, si l’être humain partage le même processus évolutif que les animaux, si l’intelligence de la poule est limitée, pourquoi pas la notre ?

Quid de l’homme ?

Sans aucun doute, la pieuvre est l’un des êtres vivants les plus captivants. Ce céphalopode fascine : 500 millions de neurones répartis dans un encéphale central. Des vidéos filment des pieuvres capables d’apprentissage, pouvant, en observant, apprendre et répéter ses gestes comme l’ouverture d’un bocal pour se nourrir. De notre côté, on acquiert des connaissances, on les comprend, on se pose des questions et déjà à ce moment-là nous sommes à la moitié de notre vie…

« La pieuvre vit trois ans. Sommes-nous finalement des êtres biologiques avec une existence finie ? Et si la technologie était plus efficiente que nous ? Nous serions alors face à une technologie toute puissante puisque pour en augmenter la mémoire il suffit d’augmenter le nombre de transistor. »

Attention, l’informatique n’est pas une machine magique mais bien une machine physique telle que les êtres vivants, voir physiquement moins efficiente ! L’enveloppe d’une machine risque de rouiller par exemple. De plus, le langage informatique est un langage binaire, chaque utilisation de l’informatique a ses propres règles.

« Un moucheron prend plus de décisions dans sa vie que ne le fera n’importe quel ordinateur au monde ! » Car il n’est soumis à aucune règle !

Alors si le moucheron est plus libre que la machine, imaginez l’homme. C’est pour cela que les spécialistes s’accordent encore à dire que la technologie ne peut pas être supérieure à l’être humain. Par contre, on peut considérer que la technologie est une continuité de l’intelligence : de l’évolution. Par l’intelligence de l’être humain naquit la technologie. Aujourd’hui, la technologie est une continuité de l’intelligence humaine. Une preuve de son évolution ?

« Mais comment pensons-nous ? »

Pensée et cerveau

Qu’est-ce que la pensée d’un point de vue neuro-scientifique ? Nadira Gallois, chercheuse en Neurosciences cognitives et Sciences de l’Education à l’université du Maine, et Sylvain Hanneton, docteur en neurosciences et biomathématiques et enseignant chercheur au Laboratoire Psychologie de la Perception, répondent à cette question.

Pour Nadira Gallois, l’intelligence c’est porter son attention sur un objet. L’intelligence est synonyme d’adaptation : à quel point le sens est vif pour capter les stimuli de l’environnement. En fait, l’intelligence humaine permet de comprendre l’essence de l’idée : le liant entre les différentes idées.

« L’étude du fonctionnement du cerveau nous montre que la connaissance est en plusieurs couches. Les limites des ressources cérébrales se résument au système attentionné et à la notion de goulot d’étranglement. »

Il existe plusieurs modèles de sciences qui étudient la pensée. Le premier modèle est celui qui compare le cerveau à un super ordinateur : la théorie computationnelle. Au contraire le second modèle pense le cerveau comme une fourmilière : le connexionnisme. L’un pense que l’information est traitée en série et l’autre en parallèle. Par ailleurs, d’après le modèle de la cognition incarnée, les meilleures décisions prises par l’homme seraient celles en situation de stress positif. Cette situation créerait une pensée beaucoup plus féconde, forçant le cerveau à se concentrer pour dépasser la situation d’équilibre à laquelle il aspire.

De même, les sciences cognitives assurent que toute connaissance est liée à une activité, elle-même liée à un contexte social, culturel et physique. Les neurones miroirs permettent à l’homme d’apprendre au contact d’autrui : nous utilisons notre propre système moteur pour comprendre le cerveau de l’autre.

L’homme, forme la plus avancée du machine learning ?

C’est en tous cas ce que nous concluons. Comment, penser un seul instant que l’intelligence humaine serait limitée et que l’intelligence artificielle pourraient nous dépasser ?

Enfin, d’après le modèle de la cognition incarnée, des marqueurs somatiques entre corps et esprit sont réactivés à chaque prise de décision. L’être humain n’est-il pas la forme la plus aboutie du concept de machine learning ? Ce qui est mis en place pour atteindre un but nous indique que le cerveau fonctionne par héritage, par collaboration et par prédiction. Or, pour le moment, c’est bien l’intelligence de la machine qui est limitée et celle de l’homme parait sans limite.

Valentine
Arrivée sur terre il y a quelques lustres, Valentine entre aujourd’hui dans le métier de la communication. C’est non sans intrépidité qu’elle a intégré la Sorbonne en philosophie après une classe préparatoire littéraire (A/L). Après un mémoire sur la place de l’éthique dans la société actuelle à partir d’Aristote, Valentine poursuit son cursus en éthique appliquée. Autrement dit elle s’intéresse aux actions des entreprises et des institutions publiques, proposant alors des solutions de conseil afin d’accompagner leurs prises de décision. Au coeur de l’économie numérique, les rouages de la communication autour de l’innovation la passionnent. C’est pour cela que Valentine a rejoint l’équipe de Tikibuzz, une agence de communication et de marketing, en 2018. Aujourd’hui, elle a le plaisir de s’aventurer sur le terrain de l’éditique et de la gestion de la communication client, afin de vous proposer chers lecteurs, des reportages et des témoignages pour votre média DOCaufutur.

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