Landscape des technologies perdues au service de l’innovation | Corinne Estève Diemunsch & Jean-Pierre Blanger

La révolution technologique, vaste sujet qui n’est, telle la vie, pas un long fleuve tranquille. Elle fait se coucher sur papier ou écran de nombreux caractères et envahit nos âmes même par temps calme. Particuliers, professionnels, afficionados, néophytes, tous ont leur mot à dire ; nos pensées philosophiques s’égarent pour s’intéresser aux changements qui ont participé au(x) confort(s) apporté(s) par les technologies. De l’électroménager aux crèmes de beauté high-tech, de PacMan à l’intelligence artificielle, des pièces de monnaies aux portefeuilles électroniques, des premiers sites Internet à l’utilisation omniprésente du web, du téléphone noir bakélite à nos mobiles, notre société, aux travers des technologies, tend à apporter des solutions pour faciliter la vie des humains.

« Nous avons l’impression que les forces économiques, les marchés financiers, les nouvelles technologies, transforment notre vie de tous jours bien davantage que nos ministres ou nos parlementaires » Luc Ferry

Notre propos ici n’est ni de faire l’apologie de la technologie, ni de chercher ses failles. Notre sujet est un clin d’œil sur les débuts de plusieurs technologies numériques à travers des exemples concrets.

Plongeons dans le paysage des technologies de l’avant Boum « digital ».

Les téléphones portables avant les Smartphones

Qui, aujourd’hui, n’a pas un Smartphone ou une Phablette ? On voit encore parfois quelques récalcitrants utiliser nos bons vieux téléphones portables désormais largement dépassés en fonctionnalités par leurs descendants, ces téléphones intelligents, parfois nommés « ordiphones », dotés d’un écran souvent bien plus grand, tactile, d’un appareil photographique numérique, de fonctions d’assistant numérique personnel, etc. Le site Gralon explique parfaitement les débuts du téléphone cellulaire – à priori dans les années 1940 – qui a révolutionné notre quotidien. Ce serait le docteur Martin Cooper, directeur de la recherche et du développement chez Motorola qui l’aurait inventé en 1973. Le premier téléphone mobile, conçu par Motorola, a été commercialisé en 1983 aux États-Unis. Aujourd’hui le smartphone nous permet de communiquer partout où il y a un réseau de téléphonie mobile et avec une vitesse toujours plus grande : 3G, 4G, 5G.

Il s’est agi d’une réelle révolution dans le domaine des télécommunications. Sans remonter aux signaux de fumée, les téléphones fixes sont en quelques années devenus sans fil puis, mobiles. Ce n’est que récemment que les systèmes Androïd et iOS ont vu le jour. Permettant de se connecter à Internet, les Smartphones sont les ‘must have’ du moment. Plus que des petits bijoux high-tech, ce sont de véritables assistants virtuels. Mais, ne nous trompons pas, nos ordiphones les plus modernes seront eux aussi dépassés dans quelques temps et sont, sans nul doute, bien différents des futurs « quelque chose » – phones.

Messenger avant les réseaux sociaux

Avant l’arrivée des réseaux sociaux modernes et des communautés virtuelles, on pouvait déjà apprécier la beauté et la facilité apportée par la toile dans la communication. Le premier email a été envoyé en 1971 ! On utilisait aussi Explorer et son service de messagerie : « Messenger ». Pour tchatter et se faire des connaissances, il n’y avait pas plus facile. Aujourd’hui, « Messenger » est un service de messagerie incorporé dans l’application « Facebook ». Faisant plusieurs milliards d’adeptes dans le monde, il a toujours le même but : permettre à des personnes de discuter, voire de s’envoyer des photos, sans être dans la même pièce, ni dans le même pays.

Pourtant contrairement à ce que nous pourrions penser, Facebook n’est pas le premier réseau social sur la toile. Leur histoire remonte à la fin des années 1970 avec la création en 1978 de Computerized Bulletin Board System par deux passionnés d’informatique. Il faudra attendre plusieurs années, début 2000, pour voir arriver LinkedIn ou encore YouTube. Depuis 4-5 ans de petits nouveaux bouleversent le paysage et redistribuent les cartes apportant chacun leurs spécificités.

Source image: https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9dias_sociaux

Aujourd’hui au Marathon des réseaux sociaux les plus utilisés nous retrouvons:

  1. Facebook : avec plus de 2 milliards d’utilisateurs actifs par mois, il s’agit du premier réseau social au monde.
  2. YouTube : 1,5 milliards d’utilisateurs actifs par mois.
  3. WhatsApp : 1,2 milliards d’utilisateurs actifs par mois.

Les challengers

  1. Facebook Messenger : 1,2 milliards d’utilisateurs actifs sur Facebook Messenger
  2. Facebook Groups : 1 milliard d’utilisateurs actifs par mois sur Facebook Groups
  3. Google Hangouts : 1 milliard d’utilisateurs actifs par mois sur Google Hangouts
  4. WeChat : 889 millions d’utilisateurs actifs par mois sur WeChat
  5. Tencent QQ : 877 millions d’utilisateurs actifs par mois sur Tencent QQ
  6. Instagram : 700 millions d’utilisateurs actifs par mois sur Instagram
  7. Tencent Qzone : 632 millions d’utilisateurs actifs par mois sur Qzone

Google+, Twitter, Snapchat ou encore Skype n’arrivent qu’après. Mais gageons que de nouveaux venus, avec de nouvelles approches utilisateurs se préparent déjà pour conquérir les millions d’utilisateurs en quête de connexions sociales.

Du marketing conceptuel au pragmatisme de la relation client

Le mot « marketing » serait apparu en 1962, alors que la « théorie » daterait des années 1950. Pourtant Pierre Volle, professeur en sciences de gestion à l’université Paris Dauphine, explique dans la véritable histoire du marketing que l’on en observe les pratiques dès le début du XXème siècle.

Le concept de segmentation – que nous mettons en œuvre depuis plusieurs années – a été formalisé dans les années cinquante. Il permet désormais aux marketeurs de personnaliser leur communication et d’appliquer des ciblages stratégiques minutieux pour une relation client optimale. Les commerçants n’avaient pas attendus pour autant la formulation du concept pour le mettre en pratique. Dans le chapitre « Marketing: comprendre l’origine historique » du MBA Marketing, Maurice Largeron cite plusieurs exemples d’applications qui remontent à 1910-1920.

Les techniques marketing ont largement évoluées avec le temps passant du mass-market au one to one, s’appuyant sur la stratégie et devenant lui-même partie intégrante de la stratégie. Ses méthodes reposant sur des études et des outils ont été bousculées avec l’arrivée massive du Web et l’essor du e-commerce. En soi, le mix de ce que l’on appelle les 4P (Produit, Prix, Place-distribution, Promotion) n’a pas changé; mais la technologie a apporté son lot de nouveautés et a grandement accéléré le champ des possibilités du marketing.

D’un marketing de produits et services, nous sommes désormais passés à un marketing sociétal, ubiquitaire, expérientiel, émotionnel, prédictif, etc. qui tire parti au-delà des médias, de toutes les technologies disponibles.

Des imprimantes aux multifonctions

Apparue dans les années 70, l’impression Jet d’encre avait déjà révolutionné son monde en permettant de connecter les ordinateurs aux imprimantes pour des sorties directes. Très bien racontée sur Daily Geek Show, l’impression 3D est, quant à elle, très récente avec une arrivée sur le marché peu après 2010.

Entre-temps, nous avons vu arriver les multifonctions, véritable révolution bureautique. Anciennement nommés « copieurs » – eux-mêmes remontant à la fin des années 30, ces équipements, aujourd’hui totalement dépassés, étaient basés sur l’impression à sec, l’électro-photographie. Commercialisé en 1954, le premier photocopieur a été créé par Xerox, il s’agissait de la « Xerox Model A ». Aujourd’hui les plateformes bureautiques multifonctions réunissent la fonction de copieur, d’imprimante, de scanner, de fax, de diffusion par email. Ils proposent le recto/verso, des formats d’impression et de scan variés, l’usage de papiers de gammes différentes et de grammages variés, la couleur, des choix de qualité variable en fonction de l’usage…

Les multifonctions modernes répondent aux nouveaux environnements de travail appelés Digital Workplaces. Ils répondent aux normes écologiques et à l’état de l’art des bonnes pratiques. Au même titre que de nombreux objets en devenir, ils représentent d’ores et déjà de solides points de contact et de mise en relation de l’homme avec l’ordinateur.

« S’il ne fallait retenir qu’une vertu des Technologies de l’Information et de la Communication ce serait celle-ci : la possibilité d’offrir à chacun une tribune, un espace de liberté, d’expression » André Santini

Des technologies perdues aux innovations

L’intelligence humaine n’a de cesse, ces quatre-vingt dernières années, de faire évoluer les opérations conduites par la machine. Des premiers automates à la machine de Turing en 1936 jusqu’à Google Deep Mind, qui devient en 2016 le premier champion du monde du jeu de Go, nombre de technologies sont tombées en désuétude (Histoire Cigref).

Aujourd’hui, l’innovation est tellement exigeante que l’intelligence humaine ne suffit plus. Les concepteurs de Google Deep Mind viennent d’annoncer (18 octobre 2017) qu’ils ont donné à leur programme une puissance incroyable en lui demandant simplement de jouer contre lui-même.

Est-ce le signe que l’innovation va à termes, mettre l’intelligence humaine en situation de rejoindre les rangs des technologies perdues ?

« L’aventure que vous avez entre les mains ou sous les yeux raconte le passé, alors que le présent étend chaque jour son territoire, direction le futur. […] De la mémoire des puces à celle des humains » Roland Moreno

 

Corinne Estève Diemunsch, Associée TiKibuzz, CMO Limonetik, Créatrice DOCaufutur.fr

Jean-Pierre Blanger, Directeur Solutions, Services & Innovation, Ricoh France SAS

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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