« Le numérique va reconfigurer les chaînes de valeur dans la santé », une discussion avec Benjamin Sarda, directeur marketing santé chez Orange – The Innovation and Strategy Blog

Technology background, idea of global business solution

En quoi les technologies numériques qui ont bouleversé des secteurs aussi différents que la musique, l’hôtellerie, le transport aérien et terrestre pourraient-elles changer le secteur de la santé ? Voici une question que Benjamin Sarda, directeur marketing santé chez Orange, et moi avons évoqué au cours d’une récente discussion.

I/ La technologie numérique est un vecteur de désintermédiation

Benjamin m’a notamment parlé d’un cas tout à fait particulier, mais qui illustre une tendance industrielle. Nous avons pris l’exemple d’un patient qui souffrirait de problèmes respiratoires aigus. Après une consultation auprès d’un pneumologue, le patient se voit prescrit d’utiliser une machine. Pour faire fonctionner la machine, un dosage particulier doit être respecté étant donné la condition pulmonaire du patient. Après une rencontre avec un pneumologue, une fois le dispositif installé et l’examen passé, le patient retourne voir le spécialiste. Ce dernier constatant que l’état de santé s’améliore, il prescrit une diminution des doses.

Pour changer les doses, le patient doit faire appel à un prestataire dont l’une des missions est de moduler les doses en fonction des recommandations du spécialiste, mais aussi d’accompagner le patient de façon plus générale. La modification du dosage nécessite donc de faire appel à un troisième intervenant, ce qui suppose de l’appeler, de prendre rendez-vous avec lui et d’être présent où les modifications de dosage sont réalisées.

Or, les technologies numériques ont ceci de particulier qu’elles redéfinissent complètement les flux de communication entre les différentes parties prenantes. En quelque sorte, les technologies numériques, pour reprendre la formulation de Thomas Friedmann, sont un facteur qui permet « d’aplanir le monde ».

Dans le cas présent, les technologies numériques permettent de modifier et de simplifier le parcours du patient.

  • Le patient consulte un spécialiste
  • Une maladie respiratoire est diagnostiquée
  • Un dispositif respiratoire est mis en place
  • Un prestataire vient installer le dispositif au domicile du patient et lui explique le mode de fonctionnement du dispositif

II/ La digitalisation des appareils de santé est producteur des données

Les médecins accèdent directement aux données de leurs patients

Mais ensuite, comme le dispositif respiratoire est connecté, il génère des données de santé, lesquelles sont envoyées au spécialiste. Celui-ci n’a plus besoin de planifier nécessairement une nouvelle consultation. En consultant les données de santé, le pneumologue peut prendre la décision de modifier les doses qui sont administrées au patient. Il organise alors une téléconsultation et informe le patient des changements de dosage. Ensuite, le prestataire peut modifier les doses à distance, il n’a plus besoin de se déplacer au domicile du patient. Ce dernier n’a plus besoin de se déplacer chez le médecin. Enfin, compte tenu des télétransmissions quotidiennes des données de santé, le médecin dispose d’un suivi médical beaucoup plus rigoureux, que ce qui existe actuellement.

III/ Enseignements pour l’avenir

Cet exemple permet d’illustrer deux choses différentes :

  • D’une part, le numérique, en redéfinissant les flux de communication, modifie profondément la chaîne de valeur. Le fabricant du dispositif de respiration devient non seulement fabricant d’objets, mais plus encore, prestataire de service. Il vient dans certains cas offrir un service complémentaire aux prestataires existant et, dans une certaine mesure, certains des services qu’il offre peuvent cannibaliser les services existants des prestataires établis. D’où une reconfiguration de la chaîne de valeur. Cet exemple peut sembler anecdotique, mais il ouvre la voie vers une médecine totalement différente. Il s’agit d’une médecine où le bien-être et la santé du patient deviennent un objectif en soi. Les prestations d’un professionnel de santé ne sont plus rémunérées à l’acte, mais selon le résultat. Au Portugal, ainsi qu’aux États-Unis, un certain nombre d’organismes, dans le cas de pathologies très particulières, rémunèrent désormais les professionnels de santé selon le résultat final.

La médecine de guérison devient une médecine de bien-être

  • D’autre part, cet exemple montre l’importance critique des données de santé. Pour que l’ensemble numérique fonctionne, il faut un accès aux données. Or, aujourd’hui, il est très difficile d’accéder aux données de santé pour diverses raisons, certaines relevant de la confidentialité et du secret médical. À titre d’exemple, Benjamin m’informait qu’il connait une startup qui a mis au point un programme de machine learning pour lire des électrocardiogrammes. L’algorithme parvient à identifier environ 130 conditions différentes. Mais, pour poursuivre dans l’amélioration de l’algorithme, les créateurs ont besoin d’accéder à des données de santé. On aurait pu croire que des universitaires, des chercheurs, des médecins, leur auraient transféré des données anonymisées de façon volontaire, or ce n’est pas le cas. Les fondateurs sont donc lésés en raison d’un manque d’accès aux données.

 

Lectures complémentaires :

  • Pour une autre analyse le manque d’accès aux données, veuillez vous référer à mon échange avec Guillaume Sarkozy, ici
  • Pour une autre vision des enjeux de l’innovation de la santé, veuillez vous référer à cet échange avec Merv Turner, investisseurs dans la e-santé et anciennement directeur de la stratégie de MSD

 

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« Le numérique va reconfigurer les chaînes de valeur dans la santé », une discussion avec Benjamin Sarda, directeur marketing santé chez Orange – The Innovation and Strategy Blog

Technology background, idea of global business solution 23rd juin, 2015

En quoi les technologies numériques qui ont bouleversé des secteurs aussi différents que la musique, l’hôtellerie, le transport aérien et terrestre pourraient-elles changer le secteur de la santé ? Voici une question que Benjamin Sarda, directeur marketing santé chez Orange, et moi avons évoqué au cours d’une récente discussion.

I/ La technologie numérique est un vecteur de désintermédiation

Benjamin m’a notamment parlé d’un cas tout à fait particulier, mais qui illustre une tendance industrielle. Nous avons pris l’exemple d’un patient qui souffrirait de problèmes respiratoires aigus. Après une consultation auprès d’un pneumologue, le patient se voit prescrit d’utiliser une machine. Pour faire fonctionner la machine, un dosage particulier doit être respecté étant donné la condition pulmonaire du patient. Après une rencontre avec un pneumologue, une fois le dispositif installé et l’examen passé, le patient retourne voir le spécialiste. Ce dernier constatant que l’état de santé s’améliore, il prescrit une diminution des doses.

Pour changer les doses, le patient doit faire appel à un prestataire dont l’une des missions est de moduler les doses en fonction des recommandations du spécialiste, mais aussi d’accompagner le patient de façon plus générale. La modification du dosage nécessite donc de faire appel à un troisième intervenant, ce qui suppose de l’appeler, de prendre rendez-vous avec lui et d’être présent où les modifications de dosage sont réalisées.

Or, les technologies numériques ont ceci de particulier qu’elles redéfinissent complètement les flux de communication entre les différentes parties prenantes. En quelque sorte, les technologies numériques, pour reprendre la formulation de Thomas Friedmann, sont un facteur qui permet « d’aplanir le monde ».

Dans le cas présent, les technologies numériques permettent de modifier et de simplifier le parcours du patient.

  • Le patient consulte un spécialiste
  • Une maladie respiratoire est diagnostiquée
  • Un dispositif respiratoire est mis en place
  • Un prestataire vient installer le dispositif au domicile du patient et lui explique le mode de fonctionnement du dispositif

II/ La digitalisation des appareils de santé est producteur des données

Les médecins accèdent directement aux données de leurs patients

Mais ensuite, comme le dispositif respiratoire est connecté, il génère des données de santé, lesquelles sont envoyées au spécialiste. Celui-ci n’a plus besoin de planifier nécessairement une nouvelle consultation. En consultant les données de santé, le pneumologue peut prendre la décision de modifier les doses qui sont administrées au patient. Il organise alors une téléconsultation et informe le patient des changements de dosage. Ensuite, le prestataire peut modifier les doses à distance, il n’a plus besoin de se déplacer au domicile du patient. Ce dernier n’a plus besoin de se déplacer chez le médecin. Enfin, compte tenu des télétransmissions quotidiennes des données de santé, le médecin dispose d’un suivi médical beaucoup plus rigoureux, que ce qui existe actuellement.

III/ Enseignements pour l’avenir

Cet exemple permet d’illustrer deux choses différentes :

  • D’une part, le numérique, en redéfinissant les flux de communication, modifie profondément la chaîne de valeur. Le fabricant du dispositif de respiration devient non seulement fabricant d’objets, mais plus encore, prestataire de service. Il vient dans certains cas offrir un service complémentaire aux prestataires existant et, dans une certaine mesure, certains des services qu’il offre peuvent cannibaliser les services existants des prestataires établis. D’où une reconfiguration de la chaîne de valeur. Cet exemple peut sembler anecdotique, mais il ouvre la voie vers une médecine totalement différente. Il s’agit d’une médecine où le bien-être et la santé du patient deviennent un objectif en soi. Les prestations d’un professionnel de santé ne sont plus rémunérées à l’acte, mais selon le résultat. Au Portugal, ainsi qu’aux États-Unis, un certain nombre d’organismes, dans le cas de pathologies très particulières, rémunèrent désormais les professionnels de santé selon le résultat final.

La médecine de guérison devient une médecine de bien-être

  • D’autre part, cet exemple montre l’importance critique des données de santé. Pour que l’ensemble numérique fonctionne, il faut un accès aux données. Or, aujourd’hui, il est très difficile d’accéder aux données de santé pour diverses raisons, certaines relevant de la confidentialité et du secret médical. À titre d’exemple, Benjamin m’informait qu’il connait une startup qui a mis au point un programme de machine learning pour lire des électrocardiogrammes. L’algorithme parvient à identifier environ 130 conditions différentes. Mais, pour poursuivre dans l’amélioration de l’algorithme, les créateurs ont besoin d’accéder à des données de santé. On aurait pu croire que des universitaires, des chercheurs, des médecins, leur auraient transféré des données anonymisées de façon volontaire, or ce n’est pas le cas. Les fondateurs sont donc lésés en raison d’un manque d’accès aux données.

 

Lectures complémentaires :

  • Pour une autre analyse le manque d’accès aux données, veuillez vous référer à mon échange avec Guillaume Sarkozy, ici
  • Pour une autre vision des enjeux de l’innovation de la santé, veuillez vous référer à cet échange avec Merv Turner, investisseurs dans la e-santé et anciennement directeur de la stratégie de MSD

 

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