[Focus #2] Les assistants vocaux sont-ils sexistes ? Par Manon Philippe, Voice Paris Tech

VOICE TECH 2019 – 26 & 27 novembre à Paris, Salons de l’Aveyron

haque semaine et jusqu’à la veille du salon, VOICE TECH PARIS vous propose un focus éditorial pour décrypter l’une des facettes du développement de l’économie vocale à la française.

Aujourd’hui, plongeon dans les coulisses d’un sujet particulièrement polémique avec Manon Philippe, Responsable des conférences VOICE TECH PARIS

Un rapport publié par l’UNESCO en mai dernier accuse ouvertement les assistants vocaux de véhiculer des stéréotypes sexistes.Suite à cette étude le débat est lancé : Alexa, Cortana, Siri, ces intelligences artificielles sont toutes des entités féminines dotées d’une la voix douce. Le titre du rapport est éloquent « I’d blush if I could », Je rougirais si je le pouvais, et trouve son origine dans la réponse initialement donnée par Siri lorsque l’utilisateur lui adressait des insultes sexistes ou des sollicitations sexuelles.

La féminisation des assistants vocaux sous le feu des projecteurs

D’après les spécialistes de l’égalité des genres de l’Unesco, en donnant aux « assistantes vocales » serviles et obéissantes, des voix féminines par défaut, l’image de la femme docile continue d’être véhiculée. Cela influe sur la perception que les hommes ont des femmes, la façon dont ils s’adressent à elles et la manière dont ces dernières répondent à leurs demandes. L’impact sociétal pourrait être énorme : les assistants vocaux les plus connus du grand public détiennent à eux seuls 90% des parts de marché et sont paramétrés par défaut avec des voix féminines dans la quasi-totalité des langues disponibles.

« En donnant aux « assistantes vocales » serviles et obéissantes des voix féminines par défaut, l’image de la femme docile continue n’être véhiculée. »

Les créateurs de ces technologies justifient de tels biais par des intérêts business : des études réalisées en amont auraient prouvé la préférence du grand public pour les voix féminines aux voix masculines. Mais les chercheurs et sociologues assertent que cette préférence est plus liée à l’association entre femme et assistance qu’à des paramètres objectifs, comme le tempo, le son ou encore le rythme.

Pire encore, le titre de l’étude dénonce des intelligences artificielles conçues pour être tolérantes à la violence verbale et au harcèlement sexuel, phénomène illustré par des requêtes déplacées de la part de certains utilisateurs, et l’absence de réponse adaptée (flirt, humour), voire la passivité de ces machines intelligentes.

L’inégalité des sexes dans les métiers du numérique

Si les enceintes connectées tiennent aussi peu compte de ces éléments, c’est que ses concepteurs sont essentiellement de genre masculin. D’ailleurs, les biais sexistes dans la sphère numérique sont présents bien au-delà de la création d’assistants personnels. En cause ? La sous-représentation des femmes dans le domaine de l’intelligence artificielle et du numérique : on estime qu’en 2018,  seules 10% des femmes suivent un cursus en informatique. L’enjeu sera donc bien comme le souligne l’UNESCO dans ses recommandations de « doter les filles et les femmes des compétences techniques nécessaires pour qu’elles puissent concevoir de nouvelles technologies au même titre que les hommes » (2) et de rendre l’enseignement des filières technologiques plus inclusif pour y rétablir une parité homme femme.

« Les biais sexistes dans la sphère numérique sont présents bien au-delà de la création d’assistants personnels. »

Vers des assistants vocaux non genrés ?

Cette polémique n’a pas été prise à la légère : récemment une équipe de chercheurs danois a travaillé sur le premier assistant vocal à la voix neutre, ni féminine, ni masculine.

« L’élaboration d’intelligences artificielles à la voix non genrée fait partie des recommandations phares de l’Unesco. »

De leur côté les géants technologiques, après une pétition rassemblant plus de 15 000 signataires en 2017, n’ont eu d’autres choix que de modifier certaines réponses données par leurs assistants vocaux mais semblent malgré tout déterminés à conserver des voix féminines par défaut pour les incarner. L’étude menée par l’UNESCO ouvrira peut-être de nouveau et plus durablement ce débat.

En se faisant porte-parole d’une économie vocale à la française, éthique et durable, l’ensemble des participants du congrès VOICE TECH PARIS, qui aura lieu les 26 et 27 Novembre prochains, ne peuvent se permettre d’ignorer leurs rôles et responsabilités dans la construction de notre nouveau monde. A la fois parties prenantes et prescripteurs, ils portent en leur sein un rôle sociétal clé en définissant, influençant et façonnant l’image que nous nous faisons de la société et de la perception des genres… En serez-vous ?

 

(1)    https://digital-society-forum.orange.com/fr/les-actus/1195-les-biais-sexistes-de-l39intelligence-artificielle

(2)    https://fr.unesco.org/news/ameliorer-legalite-genres-numerique-eliminer-stereotypes-lintelligence-artificielle

-> LES CONFERENCES VOICE TECH POUR ALLER PLUS LOIN SUR CETTE THEMATIQUE :

Comment définir et mieux encadrer la relation Homme-Machine dans le contexte de l’essor de l’économie vocale ?

  • Julia VELKOVSKA Sociologue ORANGE LABS
  • Serge TISSERON Psychiatre, Membre de l’Académie des technologies, chercheur associé UNIVERSITE PARIS VII DENIS DIDEROT
  • Thomas BAUDEL Directeur de recherche IBM FRANCE LAB

[TABLE RONDE] Mercredi 27 novembre / 11H30 – 12H20

 

Assistants vocaux : comment construire votre stratégie vocale ?

  • Karine DEL MEDICO Responsable Performance & Expérience Client EDF
  • Stéphane DOINEL Responsable de projet Stratégie et Innovation SOCIETE GENERALE
  • Yannick COMBOURIEU Head of Product Management OUI SNCF

[TABLE RONDE] Mercredi 27 novembre / 11H40 – 12H30

 

Comment la personnification de la voix révolutionne l’image de la BNP Paribas et lui permet d’asseoir son identité de marque

  • Philippe VINCI CEO VOXYGEN
  • Vincent PICOT Responsable nouveaux usages BNP PARIBAS / HELLO BANK

[RETOUR D’EXPÉRIENCE] – Mercredi 27 novembre / 14H00 – 14H30

 

Morgane Palomo
Diplômée d'un master un brand management marketing, sa curiosité et sa soif de savoir ne sont étanchées. De nature créative, elle a su diversifier ses expériences. De la création graphique, à l'événementiel en passant par la communication interne et le marketing digital, elle s’est construit un savoir pluriel et avant tout polyvalent.

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