La blockchain expliquée par Olivier Senot, Directeur du Développement des Nouveaux Services Dématérialisation, Docaposte pour DOCaufutur

« La blockchain répond à la crise de confiance dans les institutions »

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de la blockchain ? Comment est-elle apparue ?

La blockchain a été conçue en 2008. Et le premier bloc a été miné en Janvier 2009 à l’initiative de Satoshi Nakamoto, l’inventeur du bitcoin. Plusieurs personnes ont prétendu être Satoshi Nakamoto; cependant encore aujourd’hui son identité reste inconnue. Rappelons-nous le contexte de 2009 : le monde venait d’essuyer la crise des subprimes. Les institutions et les banques vivaient une véritable crise de confiance. La BlockChain permet de répondre à ce problème de confiance dans les tiers … en les supprimant !

La technologie blockchain intègre par construction l’impossibilité de réaliser une double dépense. Par exemple, si un utilisateur mal intentionné essaie de dépenser ses bitcoins auprès de deux destinataires différents au même moment, la chaîne de blocs ne validera q’une seule transaction. En apportant par la technologie la confiance directe entre les individus, la blockchain répond donc à la crise de confiance dans les institutions.

Concrètement, quel est son rôle et son but ? Avez-vous des exemples concrets d’utilisation de la blockchain ?

Comme nous l’avons évoqué, son but initial était de supprimer les tiers de confiance. De 2009 à 2015, la thèse principale est d’échanger des valeurs au travers de la blockchain sans tiers de confiance. A partir de 2015, et l’apparition d’Ethereum l’utilisation de la technologie blockchain change de paradigme. Ethereum (BlockChain concurrente de Bitcoin) est un protocole d’échanges décentralisés permettant la création par les utilisateurs de contrats intelligents, appelés « Smart Contracts » qui autorisent l’automatisation de tâches en fonction d’événements ou de paramètres internes ou externes.

Par ailleurs, en mettant de côté l’aspect monétaire de la blockchain, son cœur technique permet d’enregistrer toutes les transactions entre 1 ou n contreparties. Je pense notamment à l’initiative du distributeur américain Walmart s’appuyant sur la BlockChain Hyperledger qui, suite à un incident sanitaire survenu dans la filière porcine a fédéré au sein d’un consortium (IBM Food Trust) l’ensemble des parties prenantes de la filière porcine. En cas de problème sanitaire, la blockchain permet par la lecture du registre d’identifier immédiatement l’origine de l’incident. Cette information précieuse permet de limiter l’abattage des porcs aux seuls élevages concernés au lieu, au nom du principe de précaution de détruire l’intégralité des élevages limitant ainsi les répercussions économiques.

L’utilisation de la BlockChain offre une méthode de travail plus efficace dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, y compris les producteurs, les transformateurs, les expéditeurs, les détaillants, les organismes de réglementation et les consommateurs.

Dans un autre domaine, le transport maritime, l’utilisation de la blockchain promet de gagner du temps et de l’argent en automatisant les taches back office. Par exemple, lors de l’arrivée des bateaux au port, la filière maritime utilise la technologie blockchain pour automatiser le traitement documentaire du chargement en confiant aux smart contracts les innombrables échanges documentaires entre les protagonistes comme l’affréteur, le chargeur, le client, les douanes, etc.

Aujourd’hui, nous voyons apparaître d’autres applications de la blockchain dans la production documentaire. Par exemple, dans le domaine de bâtiment et de l’immobilier, la blockchain permet de recueillir avec certitude les documents à jour pour la signature des contrats.

De manière plus générale, comment réussir l’intégration de nouvelles technologies dans une grande entreprise ?

La question de l’intégration de nouvelles technologies dans une entreprise est en effet un point majeur. Il est facile d’aller jusqu’au POC (proof of concept). Ou encore de démontrer que telle ou telle technologie a un intérêt dans le processus de l’entreprise. Mais il ne faut pas sous-estimer la marche à franchir entre un produit minimum viable (MVP) et un environnement industriel.

Cette marche se franchit au cas par cas. Dans l’exemple de la filière porcine, tout le monde avait intérêt à se doter d’un outil de traçabilité. En cas de crise sanitaire, la blockchain localisait et isolait le problème. La gouvernance de cette innovation s’est faite assez naturellement.

Dans d’autres secteurs, la blockchain représente une innovation de rupture vis-à-vis des processus déjà en place. Le changement peut alors passer par la création ad hoc d’une entité qui va s’appuyer sur les atouts existants de la maison mère, pour déployer la technologie pas à pas. Le but est d’éviter la mise en œuvre frontale; fondre l’approche blockchain, petit à petit, dans les processus existants de l’entreprise.

Cette technologie est-elle pertinente pour les professionnels de l’archivage électronique ?

La blockchain est à la fois un atout et un élément disruptif pour l’archivage électronique. Disruptif d’abord, certaines sociétés proposent d’ « ancrer » le hash d’un document dans une blockchain pour prouver son existence et son antériorité. Ce procédé techniquement opérationnel n’a, à ce jour, aucune opposabilité juridique en Europe. Il ne constitue qu’une infime partie des attendus de l’archivage électronique dont le spectre fonctionnel est beaucoup plus large.

La blockchain présente également un atout technologique pour l’archivage électronique. Son registre peut être utilisé pour le chaînage des journaux internes au SAE, c’est une piste à explorer.

Enfin, comment aborder la question de la confiance dans les organisations à partir de la blockchain ?

Chaque organisation repose sur la confiance. Prenons l’exemple de la santé, un de nos quatre piliers stratégiques chez Docaposte :o). Nous avons mis sur le marché en 2018 l’application mobile La Poste eSanté. Nous savons que s’il y a bien une donnée à protéger, c’est la data de santé dont le coût d’acquisition sur le Black Market est 20 à 40 fois plus élevé qu’une donnée bancaire.

Protéger les données de santé est une des priorités du dossier médical partagé (DMP). Mais sa faiblesse réside dans la centralisation des données qui la rend vulnérable. L’idée serait d’imaginer un réseau décentralisé reposant sur la blockchain dans lequel le patient serait propriétaire de ses données et disposerait de toute latitude pour les partager avec les organismes de soin ou de recherche. Un tel réseau rendrait impossible le piratage de données de masse.

 

La blockchain est une technologie encore jeune qui suscite autant de méfiance que d’espoir et nous sommes tous concernés. Les initiatives comme Libra ou le discours du plus fervent défenseur du pouvoir centralisé Xi Jinping en faveur de la blockchain sont des indicateurs forts des évolutions des usages à venir de cette technologie prometteuse.

 

Olivier Senot, Directeur du Développement des Nouveaux Services Dématérialisation, Docaposte
Valentine
Arrivée sur terre il y a quelques lustres, Valentine entre aujourd’hui dans le métier de la communication. C’est non sans intrépidité qu’elle a intégré la Sorbonne en philosophie après une classe préparatoire littéraire (A/L). Après un mémoire sur la place de l’éthique dans la société actuelle à partir d’Aristote, Valentine poursuit son cursus en éthique appliquée. Autrement dit elle s’intéresse aux actions des entreprises et des institutions publiques, proposant alors des solutions de conseil afin d’accompagner leurs prises de décision. Au coeur de l’économie numérique, les rouages de la communication autour de l’innovation la passionnent. C’est pour cela que Valentine a rejoint l’équipe de Tikibuzz, une agence de communication et de marketing, en 2018. Aujourd’hui, elle a le plaisir de s’aventurer sur le terrain de l’éditique et de la gestion de la communication client, afin de vous proposer chers lecteurs, des reportages et des témoignages pour votre média DOCaufutur.

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