Bien préparer son introduction dans l’économie collaborative – Avis d’expert par Guillaume Ponsard, Directeur Associé de NordPay Financial

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Le modèle économique collaboratif est en passe d’impacter durablement les formes traditionnelles de prestations de services et de ventes de biens. Le développement des plateformes collaboratives est porté par un récent mais très complet cadre réglementaire européen, qu’il faut connaître pour faire les bons choix.

Bienvenue dans l’ère de l’économie collaborative

L’économie collaborative se dit aussi économie du partage. Voilà pourquoi elle a d’abord pris son essor dans son acception primaire. Partage de l’information, partage des modes de consommation comme le covoiturage, partage du financement avec le crowdfunding… mais c’est au travers du partage des moyens de production que l’économie collaborative a définitivement démontré la force de son business model.

Les plateformes collaboratives disposent en effet de plusieurs atouts majeurs et, en premier lieu, le déplacement de la charge des moyens de production vers ceux qui collaborent au modèle. Appartements et maisons de vacances, véhicules, stocks de marchandises, ne pèsent plus dans les charges d’une seule entreprise mais sont répartis sur des milliers, voire des millions, de « collaborateurs ». Avec en outre une offre user centric, un coût attractif pour les commerçants et une zone de chalandise internationale, on ne s’étonne plus d’apprendre que deux NATU sur quatre sont des places de marché (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber).

Les tendances laissent présager que 95 % des ventes en ligne se feront via des marketplaces d’ici 10 ans. C’est un mouvement mondial de désintermédiation qui s’est amplifié et accéléré en seulement 3 ans et dont les impacts sur l’économie traditionnelle ne se mesurent encore qu’à l’aune d’estimations. Mais avec un modèle collaboratif en voie d’être massivement adopté, les entreprises qui cherchent à se challenger y réfléchissent activement.

L’impulsion européenne en réponse aux grands enjeux du modèle collaboratif

Une plateforme collaborative reste une mécanique complexe à organiser. D’un point de vue technique, il faut évidemment une infrastructure informatique fiable, souple et capable de résister aux pics de charge. Le modèle implique de repenser sa gestion cross canal, d’intégrer pleinement la réglementation e-commerce et d’orienter son marketing en direction de ses futurs utilisateurs aussi.

Au-delà de ces aspects qui sont aujourd’hui sommes toutes maîtrisés, la plateforme collaborative doit prendre la mesure de ce qu’elle devient au regard de la régulation bancaire et financière. Pour l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), elle est un tiers de confiance, dont le rôle d’encaissement pour compte de tiers suppose de se conformer aux règles de la régulation financière, ce qui impose notamment sa conformité.

Une doctrine française qui a trouvé son écho dans la toute récente directive sur les services de paiement 2, adoptée définitivement par le Conseil et le Parlement européens fin 2015. La DSP2 encourage l’agilité autour des paiements, reconnaît et accompagne les innovations technologiques qui œuvrent à l’essor du commerce en ligne et cherche à clarifier le rôle de tiers de confiance en l’encadrant formellement.

La mise en conformité financière devient un prérequis et passe par l’adoption du statut d’agent d’établissement de paiement. A moins de faire appel à un prestataire technique de paiement qui assume la responsabilité du tiers de confiance. Un choix à ne pas faire à la légère tant les implications qu’il suppose, diffèrent.

Le degré d’autonomie : un critère à ne pas négliger

Le portefeuille électronique, en tant que prestataire de paiement, se charge pour le compte de la plateforme de l’ensemble du processus et garantit le respect de la réglementation financière. Il assume à ce titre les contrôles KYC et due diligence, veille dans le cadre de la conformité financière au respect des règles anti-blanchiment de capitaux, surveille les transactions, détecte les fraudes, assure la tenue des comptes marchands et les reversements.

C’est un service clé en main, séduisant par sa facilité d’adoption et dont le coût permet de se lancer rapidement. La grande contrepartie repose sur le transfert de la base clients au portefeuille électronique. Les clients de la plateforme s’enrôlent auprès du tiers de confiance, qui détient de ce fait la propriété des données. La place de marché perd, dans l’échange, la maîtrise de ses relations commerciales et n’exerce aucun contrôle sur une éventuelle exploitation des données qu’elle génère par l’effet de son activité.

Pour une marketplace dont les flux vont croissant ou disposant déjà d’une importante base commerciale, c’est une situation rapidement inconfortable et qui limite les possibilités d’extension.

C’est pourquoi beaucoup choisissent la licence d’agent d’établissement de paiement, pour le haut degré d’autonomie qu’elle confère et la garantie de conserver la pleine propriété de sa base client. Si la conformité peut en effrayer certains, les établissements de paiement mettent à disposition des marketplaces, toute leur expertise et leur assistance sur les enjeux réglementaires, mais également techniques. Il en va en outre de leur propre responsabilité. Les marketplaces gagnent en savoir-faire sur ces aspects de la régulation, et exploitent sous marque blanche de leur établissement le résultat de leurs efforts commerciaux, pourquoi pas vers de nouvelles activités. Car en fin de compte, le propre de l’économie collaborative est de porter l’innovation, pas de la brider.

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Bien préparer son introduction dans l’économie collaborative – Avis d’expert par Guillaume Ponsard, Directeur Associé de NordPay Financial

children-516340_640 30th mars, 2016

Le modèle économique collaboratif est en passe d’impacter durablement les formes traditionnelles de prestations de services et de ventes de biens. Le développement des plateformes collaboratives est porté par un récent mais très complet cadre réglementaire européen, qu’il faut connaître pour faire les bons choix.

Bienvenue dans l’ère de l’économie collaborative

L’économie collaborative se dit aussi économie du partage. Voilà pourquoi elle a d’abord pris son essor dans son acception primaire. Partage de l’information, partage des modes de consommation comme le covoiturage, partage du financement avec le crowdfunding… mais c’est au travers du partage des moyens de production que l’économie collaborative a définitivement démontré la force de son business model.

Les plateformes collaboratives disposent en effet de plusieurs atouts majeurs et, en premier lieu, le déplacement de la charge des moyens de production vers ceux qui collaborent au modèle. Appartements et maisons de vacances, véhicules, stocks de marchandises, ne pèsent plus dans les charges d’une seule entreprise mais sont répartis sur des milliers, voire des millions, de « collaborateurs ». Avec en outre une offre user centric, un coût attractif pour les commerçants et une zone de chalandise internationale, on ne s’étonne plus d’apprendre que deux NATU sur quatre sont des places de marché (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber).

Les tendances laissent présager que 95 % des ventes en ligne se feront via des marketplaces d’ici 10 ans. C’est un mouvement mondial de désintermédiation qui s’est amplifié et accéléré en seulement 3 ans et dont les impacts sur l’économie traditionnelle ne se mesurent encore qu’à l’aune d’estimations. Mais avec un modèle collaboratif en voie d’être massivement adopté, les entreprises qui cherchent à se challenger y réfléchissent activement.

L’impulsion européenne en réponse aux grands enjeux du modèle collaboratif

Une plateforme collaborative reste une mécanique complexe à organiser. D’un point de vue technique, il faut évidemment une infrastructure informatique fiable, souple et capable de résister aux pics de charge. Le modèle implique de repenser sa gestion cross canal, d’intégrer pleinement la réglementation e-commerce et d’orienter son marketing en direction de ses futurs utilisateurs aussi.

Au-delà de ces aspects qui sont aujourd’hui sommes toutes maîtrisés, la plateforme collaborative doit prendre la mesure de ce qu’elle devient au regard de la régulation bancaire et financière. Pour l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution), elle est un tiers de confiance, dont le rôle d’encaissement pour compte de tiers suppose de se conformer aux règles de la régulation financière, ce qui impose notamment sa conformité.

Une doctrine française qui a trouvé son écho dans la toute récente directive sur les services de paiement 2, adoptée définitivement par le Conseil et le Parlement européens fin 2015. La DSP2 encourage l’agilité autour des paiements, reconnaît et accompagne les innovations technologiques qui œuvrent à l’essor du commerce en ligne et cherche à clarifier le rôle de tiers de confiance en l’encadrant formellement.

La mise en conformité financière devient un prérequis et passe par l’adoption du statut d’agent d’établissement de paiement. A moins de faire appel à un prestataire technique de paiement qui assume la responsabilité du tiers de confiance. Un choix à ne pas faire à la légère tant les implications qu’il suppose, diffèrent.

Le degré d’autonomie : un critère à ne pas négliger

Le portefeuille électronique, en tant que prestataire de paiement, se charge pour le compte de la plateforme de l’ensemble du processus et garantit le respect de la réglementation financière. Il assume à ce titre les contrôles KYC et due diligence, veille dans le cadre de la conformité financière au respect des règles anti-blanchiment de capitaux, surveille les transactions, détecte les fraudes, assure la tenue des comptes marchands et les reversements.

C’est un service clé en main, séduisant par sa facilité d’adoption et dont le coût permet de se lancer rapidement. La grande contrepartie repose sur le transfert de la base clients au portefeuille électronique. Les clients de la plateforme s’enrôlent auprès du tiers de confiance, qui détient de ce fait la propriété des données. La place de marché perd, dans l’échange, la maîtrise de ses relations commerciales et n’exerce aucun contrôle sur une éventuelle exploitation des données qu’elle génère par l’effet de son activité.

Pour une marketplace dont les flux vont croissant ou disposant déjà d’une importante base commerciale, c’est une situation rapidement inconfortable et qui limite les possibilités d’extension.

C’est pourquoi beaucoup choisissent la licence d’agent d’établissement de paiement, pour le haut degré d’autonomie qu’elle confère et la garantie de conserver la pleine propriété de sa base client. Si la conformité peut en effrayer certains, les établissements de paiement mettent à disposition des marketplaces, toute leur expertise et leur assistance sur les enjeux réglementaires, mais également techniques. Il en va en outre de leur propre responsabilité. Les marketplaces gagnent en savoir-faire sur ces aspects de la régulation, et exploitent sous marque blanche de leur établissement le résultat de leurs efforts commerciaux, pourquoi pas vers de nouvelles activités. Car en fin de compte, le propre de l’économie collaborative est de porter l’innovation, pas de la brider.

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