DELL rachète EMC. Quelques réflexions quant aux pépites du cloud et de la sécurité… Par Théodore-Michel Vrangos, cofondateur d’I-TRACING

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Avec ses 67Md$, en majorité en cash, c’est de loin la plus grosse opération de fusion-acquisition en informatique et technologie.

Au-delà de son activité dans le stockage (autour de 16Md$ de CA sur un total de 24Md$), notamment avec une forte présence dans les grands comptes, EMC possède deux ou trois pépites à fort potentiel : bien sûr et de loin VMware, RSA, Pivotal. Elles sont présentes dans le cloud et la sécurité, gisements de la croissance actuelle et à venir.

L’avenir de l’IT corporate s’oriente en effet à grande vitesse vers une ‘’cloudisation sécurisée’’ des infrastructures, réseaux, systèmes-serveurs, applications partagées, données des utilisateurs, bref de presque tout. Posséder ses machines chez soi, alourdir encore les processus internes d’exploitation, de déploiements, etc. n’est pas l’avenir. Et le monde du cloud repose sur des solutions complexes de virtualisation, de stockage, de provisioning, de facturation-billing, mais aussi d’une nouvelle génération d’outils de sécurité adaptés à ces modes de partage, d’opération et de stockage des données. Derrière l’acquisition EMC on retrouve exactement ces richesses.

VMware, le bijou de la couronne, est un des leaders mondiaux de la virtualisation des systèmes, composante fondamentale des infrastructures de cloud. VMware a un statut particulier chez EMC : entité totalement autonome, cotée avec une valorisation de 30Md$ (soit quasiment la moitié de la valeur de l’acquisition). Pour DELL, confronté au cloud et au désengagement des majeurs de l’IT du hardware, VMware est un excellent investissement.

RSA est une ancienne pépite de la sécurité. Précurseur de l’authentification forte (quelle grande ou moyenne  entreprise n’a pas été utilisatrice des fameuses clés SecurID ?), RSA réalise environ 1Md$ en cryptographie, authentification, gouvernance SSI, fraude management et notamment en security event & log management, cœur des SOC (Security Operation Center). Et les SOC seront un enjeu clé des entreprises utilisatrices. Valorisation et management opérationnel d’événements, de traces et de logs, le pas suivant est le big data sécurité.  Certes RSA nécessite un important effort d’investissement en R&D, mais une base importante existe ainsi qu’une reconnaissance et une image de marque mondiale.

Les solutions et applications big data sécurité sont le domaine d’une vrai pépite, partagée capitalistiquement entre EMC, VMware et GE. Il s’agit de Pivotal, formée de Pivotal Labs acquis en 2012 par EMC et Pivotal Software crée en 2013 (sic), qui est en très forte croissance. 100% de croissance sont prévus cette année (les revenus de la dernière année fiscale étant de 227M$). L’offre de Pivotal couvre HDFS, Hadoop, Cloud foundry, open source, etc. Mais aussi, et cela est un plus, une vrai offre de services (consulting, ingénierie, formation, etc.) répondant au plus fort segment de croissance actuelle en IT : l’expertise de pointe, l’ingénierie, le support, etc.

EMC a d’autres participations, mais on voit clairement que le cloud et la sécurité sont l’attrait principal pour DELL. Il faudra cependant continuer à investir, notamment en sécurité, car RSA doit investir pour répondre aux besoins de sécurité du cloud. Les concurrents sont nombreux et actifs. Pourtant, certains analystes parlent d’une possible vente de RSA et même de participations dans Pivotal !

Pour compliquer encore un peu la donne, DELL possède une filiale dans la sécurité, SecureWorks. Société de service de type MSSP (managed-security service provider), elle a été acquise par DELL en 2011 pour 612 M$. Malgré différentes tentatives de développement, elle est peu présente en France où le marché de la sécurité des entreprises est probablement plus exigeant et plus complexe. Les analystes soupçonnent un IPO imminent, mené en secret (la loi US le permet) mais sans forcément sortir du groupe DELL, (sympa pour DELL qui a fait le chemin inverse). L’objectif semble être plus une levée de fonds pour de la croissance externe (SecureWorks serait valorisée 2Md$) que le désengagement de DELL. A suivre.

Très clairement, nous assistons à une accélération du mouvement des majeurs de l’IT vers les technologies de pointe, combinant services et solutions dans les domaines du cloud, de la performance, de la sécurité. Une voie de rentabilité remplaçant celle du matériel (et du stockage) de moins en moins valorisés et proposés à des coûts en diminution constante par les acteurs de l’hébergement comme Amazon ou Google.

 

Théodore-Michel VRANGOS

Cofondateur et président d’I-TRACING, entreprise de conseil et ingénierie entièrement dédiée à la traçabilité de l’information et à la gestion de la preuve. Ancien Président de Cyber Networks, aujourd’hui BT France, qu’il avait fondée avec Laurent Charvériat, Théodore-Michel Vrangos a démarré sa carrière en tant que IT Business Manager au sein du Groupe Générale des Eaux (Vivendi) à Paris. 

Master of Science en technologie de l‘information de l‘Université de Manchester (UK) et diplômé du Groupe ESIEE.

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DELL rachète EMC. Quelques réflexions quant aux pépites du cloud et de la sécurité… Par Théodore-Michel Vrangos, cofondateur d’I-TRACING

bee7e8a1-ae5c-40e3-9eb9-3b9634ad0858 20th octobre, 2015

Avec ses 67Md$, en majorité en cash, c’est de loin la plus grosse opération de fusion-acquisition en informatique et technologie.

Au-delà de son activité dans le stockage (autour de 16Md$ de CA sur un total de 24Md$), notamment avec une forte présence dans les grands comptes, EMC possède deux ou trois pépites à fort potentiel : bien sûr et de loin VMware, RSA, Pivotal. Elles sont présentes dans le cloud et la sécurité, gisements de la croissance actuelle et à venir.

L’avenir de l’IT corporate s’oriente en effet à grande vitesse vers une ‘’cloudisation sécurisée’’ des infrastructures, réseaux, systèmes-serveurs, applications partagées, données des utilisateurs, bref de presque tout. Posséder ses machines chez soi, alourdir encore les processus internes d’exploitation, de déploiements, etc. n’est pas l’avenir. Et le monde du cloud repose sur des solutions complexes de virtualisation, de stockage, de provisioning, de facturation-billing, mais aussi d’une nouvelle génération d’outils de sécurité adaptés à ces modes de partage, d’opération et de stockage des données. Derrière l’acquisition EMC on retrouve exactement ces richesses.

VMware, le bijou de la couronne, est un des leaders mondiaux de la virtualisation des systèmes, composante fondamentale des infrastructures de cloud. VMware a un statut particulier chez EMC : entité totalement autonome, cotée avec une valorisation de 30Md$ (soit quasiment la moitié de la valeur de l’acquisition). Pour DELL, confronté au cloud et au désengagement des majeurs de l’IT du hardware, VMware est un excellent investissement.

RSA est une ancienne pépite de la sécurité. Précurseur de l’authentification forte (quelle grande ou moyenne  entreprise n’a pas été utilisatrice des fameuses clés SecurID ?), RSA réalise environ 1Md$ en cryptographie, authentification, gouvernance SSI, fraude management et notamment en security event & log management, cœur des SOC (Security Operation Center). Et les SOC seront un enjeu clé des entreprises utilisatrices. Valorisation et management opérationnel d’événements, de traces et de logs, le pas suivant est le big data sécurité.  Certes RSA nécessite un important effort d’investissement en R&D, mais une base importante existe ainsi qu’une reconnaissance et une image de marque mondiale.

Les solutions et applications big data sécurité sont le domaine d’une vrai pépite, partagée capitalistiquement entre EMC, VMware et GE. Il s’agit de Pivotal, formée de Pivotal Labs acquis en 2012 par EMC et Pivotal Software crée en 2013 (sic), qui est en très forte croissance. 100% de croissance sont prévus cette année (les revenus de la dernière année fiscale étant de 227M$). L’offre de Pivotal couvre HDFS, Hadoop, Cloud foundry, open source, etc. Mais aussi, et cela est un plus, une vrai offre de services (consulting, ingénierie, formation, etc.) répondant au plus fort segment de croissance actuelle en IT : l’expertise de pointe, l’ingénierie, le support, etc.

EMC a d’autres participations, mais on voit clairement que le cloud et la sécurité sont l’attrait principal pour DELL. Il faudra cependant continuer à investir, notamment en sécurité, car RSA doit investir pour répondre aux besoins de sécurité du cloud. Les concurrents sont nombreux et actifs. Pourtant, certains analystes parlent d’une possible vente de RSA et même de participations dans Pivotal !

Pour compliquer encore un peu la donne, DELL possède une filiale dans la sécurité, SecureWorks. Société de service de type MSSP (managed-security service provider), elle a été acquise par DELL en 2011 pour 612 M$. Malgré différentes tentatives de développement, elle est peu présente en France où le marché de la sécurité des entreprises est probablement plus exigeant et plus complexe. Les analystes soupçonnent un IPO imminent, mené en secret (la loi US le permet) mais sans forcément sortir du groupe DELL, (sympa pour DELL qui a fait le chemin inverse). L’objectif semble être plus une levée de fonds pour de la croissance externe (SecureWorks serait valorisée 2Md$) que le désengagement de DELL. A suivre.

Très clairement, nous assistons à une accélération du mouvement des majeurs de l’IT vers les technologies de pointe, combinant services et solutions dans les domaines du cloud, de la performance, de la sécurité. Une voie de rentabilité remplaçant celle du matériel (et du stockage) de moins en moins valorisés et proposés à des coûts en diminution constante par les acteurs de l’hébergement comme Amazon ou Google.

 

Théodore-Michel VRANGOS

Cofondateur et président d’I-TRACING, entreprise de conseil et ingénierie entièrement dédiée à la traçabilité de l’information et à la gestion de la preuve. Ancien Président de Cyber Networks, aujourd’hui BT France, qu’il avait fondée avec Laurent Charvériat, Théodore-Michel Vrangos a démarré sa carrière en tant que IT Business Manager au sein du Groupe Générale des Eaux (Vivendi) à Paris. 

Master of Science en technologie de l‘information de l‘Université de Manchester (UK) et diplômé du Groupe ESIEE.

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