Cybercriminalité : L’Afrique, le nouveau Far-West – par Jean-François Beuze, Fondateur et Président de SIFARIS

Internet Theft Concept

Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication en Afrique n’a pas que du bon. Internet a changé nos vies, et dans une certaine mesure, nous a fait vivre un bond de civilisation. La sécurité des réseaux informatiques en Afrique est menacée par une cybercriminalité grandissante et de plus en plus sophistiquée. Parce que nous vivons dans un monde de globalisation, les systèmes informatiques sont au cœur d’enjeux de souveraineté nationale, et leur sécurisation doit être traitée comme telle.

Ces dernières années, la sophistication des cyberattaques a connu une progression exponentielle. La criminalité a ainsi pris une forme difficile à combattre tant elle échappe aux dispositions juridiques, et ses conséquences les plus lourdes économiquement restent celles engendrées par les logiciels malveillants et les dénis de services. L’Afrique s’est forgée une réputation de « Cybercriminelle », or la cybercriminalité requiert une réponse globalisée. Dans un rapport publié par la société Trend Micro en 2012, les cybercrimes en provenance de l’Afrique sont classés parmi les dix principales menaces qui pèseront sur les entreprises et le grand public dans les années à venir, car comme le cyberespace, la cyberescroquerie n’a pas de frontières. Les Etats-Unis, inquiets des attaques venant d’Afrique, ont dressé un classement des dix premières sources mondiales de cyberarnaques : le Nigéria arrive en 3ème position, le Ghana en 7ème, et le Cameroun est 9ème du classement.

Depuis le cybercafé, avec des escroqueries basées sur le chantage à la webcam, jusqu’à l’envoi en masse de mails d’une « personne affirmant posséder une très forte somme d’argent », ou encore l’arnaque à la fausse loterie, la Côte d’Ivoire et le Nigéria sont les pays les plus actifs dans le domaine de la cyberescroquerie. Ce phénomène touche tous les pays et toutes les classes sociales, quel que soit leur importance ou leur niveau de culture. Selon un récent rapport de l’ONU, le Nigéria fait partie de la liste noire établie par les organismes de lutte contre la cybercriminalité et concentre à lui seul 7,5% des cybercriminels à l’échelle mondial. Les arnaques régulièrement utilisées en Afrique se basent sur la naïveté des internautes. De manière générale, ce sont les escroqueries en ligne qui prédominent en Afrique et non les attaques de type DDOS, ou contenu ajouté, menées plutôt par les pays du Maghreb dans un but politique ou idéologique.

Avec l’avènement des nouvelles technologies et du tout numérique au sein des entreprises et des foyers, les cybercriminels en viendront naturellement à s’attaquer aux services Cloud. En effet, ces services s’annoncent beaucoup plus porteurs dans les prochaines années, car les solutions de sécurité classiques ne permettront pas de protéger les données de manière efficace. Nous vivons dans un monde marqué par la concurrence et la compétitivité, et la protection des données sensibles, comme les informations de R&D ou de cartes bancaires, sont très prisées par les cybercriminels.

L’augmentation du nombre d’utilisateurs d’internet constitue la principale tendance qui favorise l’accroissement de la cybercriminalité. C’est le cas également de l’expansion du mobile, avec le déploiement des réseaux 3G/4G, laissant présager qu’un nombre plus important d’africains seront bientôt connectés au monde. Il est essentiel que l’Afrique profite de ces mutations – le très haut débit grâce au développement de la fibre optique, et l’expansion de la mobilité avec la 3G/4G – pour que les acteurs de la sécurité conçoivent une approche et une vision différentes de la sécurité : « The Think Different about Cybersecurity » définissant une stratégie basée sur une appréhension globale des risques, des processus et des enjeux, associée à des solutions innovantes qui mettront à mal les activités des cybercriminels.

Si la répression peut être un moyen de dissuader les cybercriminels, elle n’a pas d’effets sur les causes qui les incitent à commettre leurs méfaits. L’anonymat que procure internet, combiné aux moyens d’investigations limités des pouvoirs publics, jette de sérieux doutes sur l’efficacité de la solution juridique limitée aux frontières du territoire national. L’initiative de l’Union Africaine pour l’adoption d’une convention de lutte contre la cybercriminalité par les Etats Africains, et permettant la mise en place d’un cadre juridique pour cette lutte, est une très bonne chose. L’Union Européenne s’est également organisée, et depuis l’adoption des premières lois sur l’informatique et les libertés, poursuit la mise en œuvre de mesures de régulation. Les Etats publient des stratégies nationales en matière de cybersécurité, et les institutions internationales, en premier lieu le Conseil de l’Europe, font avancer la législation sur la cybercriminalité. N’oublions pas que la cybercriminalité représente aujourd’hui un coût de plus de 350 milliards de dollars par an.

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Cybercriminalité : L’Afrique, le nouveau Far-West – par Jean-François Beuze, Fondateur et Président de SIFARIS

Internet Theft Concept 9th octobre, 2014

Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication en Afrique n’a pas que du bon. Internet a changé nos vies, et dans une certaine mesure, nous a fait vivre un bond de civilisation. La sécurité des réseaux informatiques en Afrique est menacée par une cybercriminalité grandissante et de plus en plus sophistiquée. Parce que nous vivons dans un monde de globalisation, les systèmes informatiques sont au cœur d’enjeux de souveraineté nationale, et leur sécurisation doit être traitée comme telle.

Ces dernières années, la sophistication des cyberattaques a connu une progression exponentielle. La criminalité a ainsi pris une forme difficile à combattre tant elle échappe aux dispositions juridiques, et ses conséquences les plus lourdes économiquement restent celles engendrées par les logiciels malveillants et les dénis de services. L’Afrique s’est forgée une réputation de « Cybercriminelle », or la cybercriminalité requiert une réponse globalisée. Dans un rapport publié par la société Trend Micro en 2012, les cybercrimes en provenance de l’Afrique sont classés parmi les dix principales menaces qui pèseront sur les entreprises et le grand public dans les années à venir, car comme le cyberespace, la cyberescroquerie n’a pas de frontières. Les Etats-Unis, inquiets des attaques venant d’Afrique, ont dressé un classement des dix premières sources mondiales de cyberarnaques : le Nigéria arrive en 3ème position, le Ghana en 7ème, et le Cameroun est 9ème du classement.

Depuis le cybercafé, avec des escroqueries basées sur le chantage à la webcam, jusqu’à l’envoi en masse de mails d’une « personne affirmant posséder une très forte somme d’argent », ou encore l’arnaque à la fausse loterie, la Côte d’Ivoire et le Nigéria sont les pays les plus actifs dans le domaine de la cyberescroquerie. Ce phénomène touche tous les pays et toutes les classes sociales, quel que soit leur importance ou leur niveau de culture. Selon un récent rapport de l’ONU, le Nigéria fait partie de la liste noire établie par les organismes de lutte contre la cybercriminalité et concentre à lui seul 7,5% des cybercriminels à l’échelle mondial. Les arnaques régulièrement utilisées en Afrique se basent sur la naïveté des internautes. De manière générale, ce sont les escroqueries en ligne qui prédominent en Afrique et non les attaques de type DDOS, ou contenu ajouté, menées plutôt par les pays du Maghreb dans un but politique ou idéologique.

Avec l’avènement des nouvelles technologies et du tout numérique au sein des entreprises et des foyers, les cybercriminels en viendront naturellement à s’attaquer aux services Cloud. En effet, ces services s’annoncent beaucoup plus porteurs dans les prochaines années, car les solutions de sécurité classiques ne permettront pas de protéger les données de manière efficace. Nous vivons dans un monde marqué par la concurrence et la compétitivité, et la protection des données sensibles, comme les informations de R&D ou de cartes bancaires, sont très prisées par les cybercriminels.

L’augmentation du nombre d’utilisateurs d’internet constitue la principale tendance qui favorise l’accroissement de la cybercriminalité. C’est le cas également de l’expansion du mobile, avec le déploiement des réseaux 3G/4G, laissant présager qu’un nombre plus important d’africains seront bientôt connectés au monde. Il est essentiel que l’Afrique profite de ces mutations – le très haut débit grâce au développement de la fibre optique, et l’expansion de la mobilité avec la 3G/4G – pour que les acteurs de la sécurité conçoivent une approche et une vision différentes de la sécurité : « The Think Different about Cybersecurity » définissant une stratégie basée sur une appréhension globale des risques, des processus et des enjeux, associée à des solutions innovantes qui mettront à mal les activités des cybercriminels.

Si la répression peut être un moyen de dissuader les cybercriminels, elle n’a pas d’effets sur les causes qui les incitent à commettre leurs méfaits. L’anonymat que procure internet, combiné aux moyens d’investigations limités des pouvoirs publics, jette de sérieux doutes sur l’efficacité de la solution juridique limitée aux frontières du territoire national. L’initiative de l’Union Africaine pour l’adoption d’une convention de lutte contre la cybercriminalité par les Etats Africains, et permettant la mise en place d’un cadre juridique pour cette lutte, est une très bonne chose. L’Union Européenne s’est également organisée, et depuis l’adoption des premières lois sur l’informatique et les libertés, poursuit la mise en œuvre de mesures de régulation. Les Etats publient des stratégies nationales en matière de cybersécurité, et les institutions internationales, en premier lieu le Conseil de l’Europe, font avancer la législation sur la cybercriminalité. N’oublions pas que la cybercriminalité représente aujourd’hui un coût de plus de 350 milliards de dollars par an.

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