Responsable éditique: vers un nouveau métier? Emmanuel Mayega, Rédacteur en chef d’Assurance & Banque 2.0 pour DocauFutur

Choices of a businessman

Sous l’impulsion du numérique, le métier de responsable éditique connaît des changements importants. Comment se transforme-t-il ? Docaufutur a enquêté auprès de quelques intéressés. Ils sont tous sur la même longueur d’onde : pas de révolution mais une véritable mutation. De là à parler de courtier du document, il est un pas que personne ne franchit.

Éditique. Une fonction au sein de l’entreprise. Mieux, tout un univers désormais haut en couleur. Sans jeu de mots. Des environnements de production bruyants traditionnels aux espaces feutrés des directions du courrier, le temps a passé, les hommes changé. Le courrier évolué. Tout comme sa fabrication et sa présentation. Songez-y ! Un logo peut être apposé sur une enveloppe. Inimaginable quelques années plus tôt, l’utopie est devenue réalité. Le bleu de l’atelier n’est plus de rigueur. On parle de composition, brefs de mots plus conceptuels. Que devient le responsable éditique dans cet univers où le transpromo le dispute au multicanal, l’égrené à la production centralisée ?

La faute aux contrats d’industrialisation de La Poste

Si Nathalie Miossec, une des ferventes artisanes de cet univers de l’éditique considère le numérique comme structurant pour ce métier, elle l’évacue quand il s’agit d’identifier la première impulsion de l’évolution de la fonction de responsable éditique. Non, messieurs et mesdames attachés aux digits, le changement vient d’ailleurs. Oui ! Elle repositionne le débat, d’entrée de jeu, sur un autre terrain : « les contrats d’industrialisation de La Poste et les normes associées. Cette innovation, alliée à de nouveaux outils intelligents, a changé notre mode opératoire et fait évoluer notre métier. L’arrivée de ce tiers de service change la donne », estime-t-elle. Longtemps fermé sur lui même, le responsable éditique doit s’ouvrir et s’ouvre sur son environnement. Du coup, il s’implique toujours dans les processus de fabrication. Et de production. Mais les appels d’offres sont désormais là, tout comme les SLA ou contrats de qualité de service. Il doit organiser les premiers, contrôler le respect des seconds, puis les faire appliquer, y compris des pénalités, quand cela est nécessaire. Sa mission évolue. Se professionnalise davantage. Moins de production donc, mais davantage d’encadrement et de suivi. En fait ce métier gagne en qualité.

Panneau QUALITE-FIABILITE-SERVICE-EFFICACITE (garantie client)Posant son regard sur cette dynamique fonctionnelle, Didier Menay, directeur de la logistique de l’Information au sein de la Maif, confirme le glissement de l’éditique, d’un univers de production à celui de services. « Finie la fabrication stricto-sensu. La plus-value du responsable éditique est ailleurs : il définit les besoins des utilisateurs avec eux, les qualifie et garde l’œil sur le bon déroulement des opérations ». Auparavant, l’éditique relevait de la direction informatique qui la contrôlait en amont. Désormais, la donne a changé, sous les coups de boutoirs sans cesse répétés de l’utilisateur qui a son mot dire sur le choix du document. Ce dernier prend de la valeur car il sert de support d’échange avec le client. Pour autant, les compétences techniques ont-elles disparu du profil du responsable éditique ? Que nenni ! « Notre technicité doit être de mise, même si elle n’est plus notre force première là où notre rôle est devenu celui d’un prestataire de services. Nous devons enrichir nos compétences sur le contenu même si nous ne sommes pas des graphistes. Nous devons être capables de juger, de choisir parmi les options qui nous sont proposées », indique Didier Menay.

Pour autant, l’éditique constitue toujours un poste de coûts lourd à supporter malgré le recours à une logique de service. La rationalisation des chaines pointe le bout de son nez Les cahiers des charges deviennent plus rigoureux.

Avec la dématérialisation des flux et les échanges distants avec les centres de production et les utilisateurs, la traçabilité est à l’œuvre. Le responsable éditique devient moins producteur et plus concepteur. Il délègue davantage une partie de ses missions à faible valeur ajoutée. Sous-traitance.

Arrivé il y a quelques années dans ce métier, Sylvain Gaume, longtemps présent dans le monde de l’informatique et actuellement responsable éditique de l’un des leaders de l’assurance en Suisse, pointe du doigt la place et le poids croissant du document dans certains métiers. « C’est le cas dans la banque et l’assurance où il est à la fois support juridique, d’information et financier. De ce point de vue, le responsable de l’éditique qui le fabrique joue un rôle central dans l’entreprise. Il est la clé de voûte du système dans une logique de service désormais actée. Pour autant, ce modèle ne suffit pas car il montre parfois ses limites en termes de manque de réactivité. Nous savons l’être pour des sujets récurrents et le sommes moins pour les le reste».

Au-delà de cette remarque, Sylvain Gaume reconnaît la possibilité de déléguer aujourd’hui à un groupe de personnes la production d’une partie de l’éditique. Ce qui soulage le service éditique pris par ailleurs très tôt dans la chaîne de conception du document. « Nos services sont désormais très impliqués en amont de la conception d’un document », observe Nathalie Miossec. Cette mobilisation devrait professionnaliser davantage la spécification des besoins, parent pauvre d’un projet éditique : « Pour l’heure, très peu d’efforts de spécifications sont réalisés par les utilisateurs ».

Clairement, ce métier évolue, à l’image du document. Pour autant, le responsable éditique deviendra-t-il un demain un courtier du document négociant la production de celui-ci au milieu d’une poignée de prestataires de services sélectionnés sur la base d’un cahier des charges ? Une telle figure est rejetée à bloc. « Il me semble que le changement viendra plutôt de nouvelles opportunités parmi lesquelles la capacité de mettre à la disposition de quelque groupe d’utilisateurs des métadonnées permettant de procéder à des envois structurés. Mais pour Sylvain Gaume, « le plus grand changement sera notre capacité à proposer du multicanal à nos utilisateurs. Une approche qui change notre façon de concevoir notre métier également ».

Et Didier Menay de confirmer cette plongée dans le multicanal tout en soulignant la prégnance du document papier à l’heure du virtuel. Dans un tel univers, « le client recevra l’information qu’il attendra et non celle que l’on lui doit. Et pour terminer, l’information sera croisée. L’opportunité de recevoir par exemple plusieurs relevés sur un document unique : facture EDF, relevé de compte, etc. », pronostique Nathalie Miossec pour relancer le débat.

Emmanuel MayegaEmmanuel Mayega, Rédacteur en chef d’Assurance & Banque 2.0 pour DocauFutur

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Responsable éditique: vers un nouveau métier? Emmanuel Mayega, Rédacteur en chef d’Assurance & Banque 2.0 pour DocauFutur

Choices of a businessman 6th janvier, 2014

Sous l’impulsion du numérique, le métier de responsable éditique connaît des changements importants. Comment se transforme-t-il ? Docaufutur a enquêté auprès de quelques intéressés. Ils sont tous sur la même longueur d’onde : pas de révolution mais une véritable mutation. De là à parler de courtier du document, il est un pas que personne ne franchit.

Éditique. Une fonction au sein de l’entreprise. Mieux, tout un univers désormais haut en couleur. Sans jeu de mots. Des environnements de production bruyants traditionnels aux espaces feutrés des directions du courrier, le temps a passé, les hommes changé. Le courrier évolué. Tout comme sa fabrication et sa présentation. Songez-y ! Un logo peut être apposé sur une enveloppe. Inimaginable quelques années plus tôt, l’utopie est devenue réalité. Le bleu de l’atelier n’est plus de rigueur. On parle de composition, brefs de mots plus conceptuels. Que devient le responsable éditique dans cet univers où le transpromo le dispute au multicanal, l’égrené à la production centralisée ?

La faute aux contrats d’industrialisation de La Poste

Si Nathalie Miossec, une des ferventes artisanes de cet univers de l’éditique considère le numérique comme structurant pour ce métier, elle l’évacue quand il s’agit d’identifier la première impulsion de l’évolution de la fonction de responsable éditique. Non, messieurs et mesdames attachés aux digits, le changement vient d’ailleurs. Oui ! Elle repositionne le débat, d’entrée de jeu, sur un autre terrain : « les contrats d’industrialisation de La Poste et les normes associées. Cette innovation, alliée à de nouveaux outils intelligents, a changé notre mode opératoire et fait évoluer notre métier. L’arrivée de ce tiers de service change la donne », estime-t-elle. Longtemps fermé sur lui même, le responsable éditique doit s’ouvrir et s’ouvre sur son environnement. Du coup, il s’implique toujours dans les processus de fabrication. Et de production. Mais les appels d’offres sont désormais là, tout comme les SLA ou contrats de qualité de service. Il doit organiser les premiers, contrôler le respect des seconds, puis les faire appliquer, y compris des pénalités, quand cela est nécessaire. Sa mission évolue. Se professionnalise davantage. Moins de production donc, mais davantage d’encadrement et de suivi. En fait ce métier gagne en qualité.

Panneau QUALITE-FIABILITE-SERVICE-EFFICACITE (garantie client)Posant son regard sur cette dynamique fonctionnelle, Didier Menay, directeur de la logistique de l’Information au sein de la Maif, confirme le glissement de l’éditique, d’un univers de production à celui de services. « Finie la fabrication stricto-sensu. La plus-value du responsable éditique est ailleurs : il définit les besoins des utilisateurs avec eux, les qualifie et garde l’œil sur le bon déroulement des opérations ». Auparavant, l’éditique relevait de la direction informatique qui la contrôlait en amont. Désormais, la donne a changé, sous les coups de boutoirs sans cesse répétés de l’utilisateur qui a son mot dire sur le choix du document. Ce dernier prend de la valeur car il sert de support d’échange avec le client. Pour autant, les compétences techniques ont-elles disparu du profil du responsable éditique ? Que nenni ! « Notre technicité doit être de mise, même si elle n’est plus notre force première là où notre rôle est devenu celui d’un prestataire de services. Nous devons enrichir nos compétences sur le contenu même si nous ne sommes pas des graphistes. Nous devons être capables de juger, de choisir parmi les options qui nous sont proposées », indique Didier Menay.

Pour autant, l’éditique constitue toujours un poste de coûts lourd à supporter malgré le recours à une logique de service. La rationalisation des chaines pointe le bout de son nez Les cahiers des charges deviennent plus rigoureux.

Avec la dématérialisation des flux et les échanges distants avec les centres de production et les utilisateurs, la traçabilité est à l’œuvre. Le responsable éditique devient moins producteur et plus concepteur. Il délègue davantage une partie de ses missions à faible valeur ajoutée. Sous-traitance.

Arrivé il y a quelques années dans ce métier, Sylvain Gaume, longtemps présent dans le monde de l’informatique et actuellement responsable éditique de l’un des leaders de l’assurance en Suisse, pointe du doigt la place et le poids croissant du document dans certains métiers. « C’est le cas dans la banque et l’assurance où il est à la fois support juridique, d’information et financier. De ce point de vue, le responsable de l’éditique qui le fabrique joue un rôle central dans l’entreprise. Il est la clé de voûte du système dans une logique de service désormais actée. Pour autant, ce modèle ne suffit pas car il montre parfois ses limites en termes de manque de réactivité. Nous savons l’être pour des sujets récurrents et le sommes moins pour les le reste».

Au-delà de cette remarque, Sylvain Gaume reconnaît la possibilité de déléguer aujourd’hui à un groupe de personnes la production d’une partie de l’éditique. Ce qui soulage le service éditique pris par ailleurs très tôt dans la chaîne de conception du document. « Nos services sont désormais très impliqués en amont de la conception d’un document », observe Nathalie Miossec. Cette mobilisation devrait professionnaliser davantage la spécification des besoins, parent pauvre d’un projet éditique : « Pour l’heure, très peu d’efforts de spécifications sont réalisés par les utilisateurs ».

Clairement, ce métier évolue, à l’image du document. Pour autant, le responsable éditique deviendra-t-il un demain un courtier du document négociant la production de celui-ci au milieu d’une poignée de prestataires de services sélectionnés sur la base d’un cahier des charges ? Une telle figure est rejetée à bloc. « Il me semble que le changement viendra plutôt de nouvelles opportunités parmi lesquelles la capacité de mettre à la disposition de quelque groupe d’utilisateurs des métadonnées permettant de procéder à des envois structurés. Mais pour Sylvain Gaume, « le plus grand changement sera notre capacité à proposer du multicanal à nos utilisateurs. Une approche qui change notre façon de concevoir notre métier également ».

Et Didier Menay de confirmer cette plongée dans le multicanal tout en soulignant la prégnance du document papier à l’heure du virtuel. Dans un tel univers, « le client recevra l’information qu’il attendra et non celle que l’on lui doit. Et pour terminer, l’information sera croisée. L’opportunité de recevoir par exemple plusieurs relevés sur un document unique : facture EDF, relevé de compte, etc. », pronostique Nathalie Miossec pour relancer le débat.

Emmanuel MayegaEmmanuel Mayega, Rédacteur en chef d’Assurance & Banque 2.0 pour DocauFutur

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