Économie vocale : somme-nous voués à travailler avec les GAFA ? – Par Manon Philippe, Voice tech Paris

VOICE TECH 2019 – 26 & 27 novembre à Paris, Salons de l’Aveyron

Chaque semaine et jusqu’à la veille du salon, nous vous proposons un focus éditorial pour décrypter les coulisses du développement de l’économie vocale à la française.

En plein boom, les interfaces vocales promettent de révolutionner la relation client. A tel point que la voix pourrait bien prendre le pas sur nos interfaces visuelles habituelles. Au-delà des bénéfices attendus et du discours promotionnel ; une machine intelligente capable de converser avec les consommateurs, de les comprendre et de répondre à leurs demandes ; l’essor de ces technologies, en particulier des assistants vocaux soulève bien des questions. En première ligne l’éternelle problématique de la protection des données, mais aussi la prise de position des GAFA sur ce marché, qui dominent aujourd’hui largement la filière. Manon PHILIPPE, Responsable Conférences de VOICE TECH PARIS a accepté de décrypter pour nous les coulisses de cette révolution en cours.

Les marques face à l’hégémonie des GAFA

Amazon, Google, Apple… Les géants américains sont les premiers à s’être lancés dans la bataille vocale pour conquérir un marché estimé à plusieurs milliards d’euros. Ainsi, sur la seule année 2018, ces dernières ont augmenté leurs prises de participation au sein de start up positionnées dans le vocal de 80% (1) ! A l’heure actuelle, le duopole Amazon Alexa / Google Home semble inévitable :  leurs assistants sont les plus démocratisés auprès du grand public et constituent une porte d’entrée inédite auprès des consommateurs, non sans contrepartie.

« À l’heure actuelle, le duopole Amazon Alexa – Google Home semble inévitable »

Nombre d’entreprises françaises et européennes s’interrogent quant à la sécurité et la confidentialité des données vocales collectées par les enceintes. Le risque d’une désintermédiation est bien présent. En permettant aux géants de l’internet de devenir un canal de vente de leurs produits, elles leur partagent également des données précieuses sur les préférences et le parcours achat de leurs clients. Si les achats réalisés via des assistants vocaux représentent actuellement 3 % du volume total des dépenses de leurs utilisateurs, ce chiffre devrait s’élever à 18% dans les trois années à venir (2). Difficile dans ce contexte pour les marques de bouder les assistants vocaux. Ces dernières se tournent aujourd’hui vers les enceintes connectées, sans en connaître l’avenir mais souhaite d’ores et déjà y déployer des applications. Effectivement, si les marques veulent maintenir leur présence, elles n’ont d’autre choix que de se familiariser et de s’adapter à ce nouveau canal de distribution et de communication. Aujourd’hui il existerait déjà plus de 35 000 applications vocales dans le monde, comprenant d’importants retailerscomme Sephora, Monoprix, Carrefour ou encore Accor, Oui SNCF(3)

« Nombre d’entreprises françaises et européennes s’interrogent quant à la sécurité et la confidentialité des données vocales collectées par les enceintes »

Le référencement vocal, un nouvel enjeu 

Google et Amazon seront aux premières loges pour recommander aux consommateurs leurs achats ou pour pousser certains contenus plutôt que d’autres. Aux marques donc de s’emparer du sujet, notamment du référencement vocal afin de figurer parmi les premières propositions présentées par les assistants vocaux. A terme, cela pourrait bien provoquer un modèle où seules quelques marques dominantes seraient recommandées (sous réserve d’accords commerciaux ?). Au-delà de l’enjeu démocratique pour les utilisateurs, celui du choix, il en résulte un dilemme et une dépendance inquiétante auprès des GAFA pour les marques.  Celles-ci devront décider entre intérêt de court terme, celui d’exploiter un nouveau canal en essor pour se rapprocher de leurs clients et risque de désintermédiation.

L’essor d’une économie vocale à la française

Les interfaces vocales demeureront-elles la chasse gardée des GAFA ? Pas si sûr. Des acteurs français et européens surfent sur ces problématiques (défiance à l’égard des GAFA, confidentialité des données) et se sont positionnés très tôt sur le champ de la protection des données. C’est notamment le cas de SNIPS qui traite localement l’ensemble des requêtes, et se refuse à envoyer les données des utilisateurs dans le cloud. L’entreprise promet la création d’un écosystème alternatif et confidentiel, luttant contre le « cheval de Troie » que représentent les GAFA. La start up Vivoka a également industrialisé un assistant vocal 100% français compatible et intégrable à tous les objets connectés.

« Des acteurs français et européens se sont positionnés très tôt  sur le champ de la protection des données. »

 

Objectif ? Créer des technologies vocales de confiance françaises. Mais les entreprises disposent d’un volume de données vocales très pauvre, pourtant indispensable à l’entrainement de leurs algorithmes d’intelligence artificielle et au travail sur la voix.

La création du Voice Lab, rassemblant tous les acteurs français et européen de la voix, pourrait justement répondre à ce besoin du marché en permettant la collecte et le stockage de données vocales.  Dans la même lignée, les scientifiques de l’INRIA promettent de créer « la prochaine génération d’outils d’interaction vocale », plus sûrs, plus inclusifs et plus respectueux de la vie privée, dans le cadre du projet européen COMPRISE.

Une chose est sûre, le rassemblement pour une alternative aux GAFA est en marche… Et les acteurs français et européens présents à la toute première édition du congrès VOICE TECH PARIS, qui aura lieu les 26 et 27 Novembre prochains, comptent bien faire entendre leurs voix… En serez-vous ?

(1)     Etude menée par Roland Berger et VISEO, la voix monte le son  https://www.rolandberger.com/fr/Publications/La-r%C3%A9volution-naissante-des-assistants-vocaux.html

(2)     Etude Capegimini , Digital Transformation Institute, 2018 :  Conversational Commerce : Why Consumers Are Embracing Voice Assistants in Their Lives »

(3)     Ebook GS1 France : Comment les assistants vocaux se préparent à révolutionner le commerce

 

LES CONFERENCES VOICE TECH POUR ALLER PLUS LOIN SUR CETTE THEMATIQUE :

Discours d’ouverture

Philippe DALY General Manager- Alexa Skills and Voice Service AMAZON
Mardi 26 novembre / 9H10 – 9H40

Présentation de l’écosystème vocal

Karel BOURGOIS Voice Chapter Pilot, HUB FRANCE IA, Fondateur VOICE LAB
[Point technique] – Mardi 26 novembre / 10H10 – 10H40

 

Interface vocales : nouvel Eldorado et interface transactionnelle ultime ?

Yann LECHELLE COO SNIPS
[KEYNOTE] Mardi 26 novembre / 11H10-11H40

 

Assistants vocaux : comment construire votre stratégie vocale ?

Yann LECHELLE COO SNIPS
[TABLE RONDE] Mardi 26 novembre / 11H40-12H30

 

Grands défis scientifiques et technologiques en traitement de la parole : quelles initiatives chez Inria et au niveau européen ?

Emmanuel VINCENT Directeur de recherche INRIA
[KEYNOTE D’OUVERTURE] Mercredi 27 novembre / 9H00-9H30

 

Réglementation et cadre légal de l’écosystème vocal

Alain BENSOUSSAN Avocat ALAIN BENSOUSSAN AVOCATS
[POINT JURIDIQUE] Mercredi 27 novembre / 10H00-10H30

Morgane Palomo
Diplômée d'un master un brand management marketing, sa curiosité et sa soif de savoir ne sont étanchées. De nature créative, elle a su diversifier ses expériences. De la création graphique, à l'événementiel en passant par la communication interne et le marketing digital, elle s’est construit un savoir pluriel et avant tout polyvalent.

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