Internet des objets : les tendances du marché analysées par 6 experts | Enquête de Maud Laurent pour DOCaufutur

L’Internet des Objets (IoT) fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause ! Selon Gartner, près de 20 milliards d’appareils seront connectés à l’IoT d’ici 2020 ; le secteur des objets connectés et des fournisseurs de services IoT représentera un marché de 300 milliards de dollars US. Nous avons interrogé 6 experts pour nous parler de ce marché en plein boom et de ses tendances. 

L’IoT arrive sur le marché à un rythme de développement exponentiel. Il semble que presque tout, des appareils électroménagers aux véhicules, en passant par les jouets, deviendront connectés. Ces objets qui captent, stockent, traitent et transmettent des données, peuvent recevoir et donner des instructions en se connectant à un réseau d’information.

Pour Vanessa Chocteau, Directrice du programme French IoT chez Docapost (Groupe La Poste), « nous avons aujourd’hui dépassé le stade des objets gadgets! » En d’autres termes les objets à l’effet WOW qui finissent dans notre placard faute de réelle utilité. Les deux branches qui se développent le plus rapidement sont la Smarthome et les Wearables.

« Concernant la smarthome, les objets connectés qui permettent des économies d’énergie dans les habitations sont les plus demandés. Ce marché de la smarthome est impulsé en France par de nombreux appels à projets des métropoles. Ils visent à transformer un quartier en un lieu où la vie des citoyens est simplifiée. L’IoT est prépondérant dans les outils utilisés » indique la Directrice.

Les wearables sont les objets que l’on porte sur soi, tels que des bracelets. C’est notamment dans le parcours de soins que les wearables sont utiles et les établissements de santé l’ont bien compris. Le suivi des patients à distance au retour d’opération est extrêmement pratique. Ces deux segments (smart home/smart city  et e-santé) sont privilégiés par le Groupe La Poste. Ils sont un prolongement et un enrichissement de son offre de services.

« Nous travaillons dans l’IoT via des partenariats avec des grands groupes et des start-up. Ils peuvent développer leur offre sur notre plate-forme baptisée Hub numérique. La Poste joue un rôle de tiers de confiance dans l’hébergement des données collectées par l’IoT, en particulier les données de santé ».

De l’économie traditionnelle à l’expérience économique

Houssem Ben Abderrahman, Directeur commercial EMEA pour la partie SWM chez Flexera nous explique le modèle de monétisation de l’IoT aujourd’hui : « nous ne vendons plus un objet mais nous vendons un service. Les clients ne paient pas un objet en une fois mais ils souscrivent à un abonnement mensuel, trimestriel ou annuel basé sur les usages. Cela peut être au temps passé, au nombre de gigas ou au nombre de fonctions utilisées. Un système de climatisation connectée par exemple sera payé pendant les 3 mois d’été; le reste de l’année on basculera sur un paiement à l’heure ».

Le self service devient très important. Grâce au cloud, les clients peuvent changer et configurer leurs options à tout moment. Houssem Ben Abderrahman parle de « Elastic Monetization ».

Caroline Guillaume, Vice -Présidente Europe du Sud, Monétisation des Logiciels chez Gemalto confirme cette tendance en terme de monétisation des logiciels. Grâce aux objets connectés, les clients ont une offre plus flexible.

« Toutes les fonctions peuvent être disponibles à tout moment. Par exemple, un client qui a un objet connecté avec un accès aux fonctions 1, 2, 3, 4, peut décider de tester les options 5 et 6 pendant 3 mois grâce à une mise à jour de sa licence ».

Nous passons d’une économie traditionnelle où on vend un produit à une économie où on vend un service. « Nous devons offrir un service autour de l’objet connecté. Les fonctionnalités sont contrôlées à distance et monétisées selon la durée ou le nombre d’utilisations ».

Proposer une solution et pas seulement une technologie

MyDevices, filiale de Claranova, a bien intégré cette notion de service. Elle développe des offres packagées pour faciliter la mise en œuvre de l’IoT. Les solutions « IoT in a box » – www.iotinabox.com permettent ainsi de déployer des solutions immédiatement opérationnelles pour des segments comme les hôpitaux, les chaines de restauration, les immeubles, l’éducation… de la connectivité, à la gestion des passerelles et des capteurs jusqu’à l’application finale. L’installation est extrêmement simple. Pour Alain Pénault, responsable du business développement Europe, nous sommes actuellement en phase d’évangélisation de l’IoT : les solutions sont là, on peut maintenant les déployer. Aujourd’hui, les PME sont prêtes à investir dans l’IoT au même titre que les grands groupes.

« Les premiers acteurs seront de vrais guides pour démystifier la technique et répondre à des cas d’usage précis. L’IoT ne doit pas être juste une technologie à la mode mais bien une réponse à des problématiques quotidiennes ».

Eric Cariou, CEO chez Uwinloc, évoque également cette différence entre simple technologie et solution.

« On remarque que les acteurs de l’IoT, et notamment les start-ups, n’ont pas forcément anticipé le haut niveau d’exigence des entreprises clientes. Ces strartups se sont concentrées sur l’innovation technologique mais pas forcément sur le pilotage de projets industriels et le déploiement chez le client ».

Eric Cariou pense que la logique de partenariats entre tous les acteurs de l’IoT est très importante pour pouvoir régler ces problématiques, dues notamment au fait que le marché est très neuf.

20 satellites d’ici 2022 pour couvrir l’ensemble du globe 

90% de la surface du globe est non connectée. Pour offrir une couverture mondiale à ces objets connectés, CLS (opérateur du système satellitaire ARGOS, dont les balises Argos sont les éléments les plus connues), avec le soutien du Cnes, vient d’annoncer la création de Kinéis. Cette spin-off française va permettre à tous ces objets d’être connectés, de dialoguer ou d’échanger des données en réalisant une constellation de nanosatellites inédite.

« Nous pourrons connecter des zones aujourd’hui inaccessibles/blanches telles que les déserts, les montagnes ou les océans. Nous nous étions concentrés sur la migration des animaux mais grâce aux 6 satellites ARGOS actuellement en orbite et aux 20 nanosatellites qui arrivent en 2021, nous adresserons de nouveaux marchés comme le tracking des randonneurs, la logisitique au long court, le smartfarming ou encore la plaisance avec des balises de sécurité et bien d’autres car les possibilités sont infinies !» raconte Nelly Lachaud, ingénieur d’affaires chez Kinéis.

Pour elle, l’avenir est un mix entre réseaux terrestres et satellitaires en fonction des lieux et des fonctions requises par les clients.

Quelle est la place de la France et de l’Europe sur le marché de l’IoT ?

Tous les experts sont unanimes pour dire que l’Europe et la France ne sont pas en retard par rapport à d’autres pays. Vanessa Chocteau pense que les spécificités européennes dues notamment aux réglementations comme la RGPD, offrent un avantage au vieux continent.

« Nous nous positionnons comme un tiers de confiance en redonnant le pouvoir aux utilisateurs finaux qui ont la garantie que leurs données ne sont pas utilisées sans leur accord ».

Alain Pénault rappelle aussi que la France peut se targuer d’avoir créé des réseaux LoRa nationaux : « déployés par Bouygues et Orange, ils permettent aux objets connectés d’échanger des données sur tout le territoire, y compris à l’intérieur des bâtiments et au moindre coût »

 Eric Cariou explique qu’en tant qu’acteur de l’IoT français ou européen, pour passer de la strartup au grand groupe – il faut obligatoirement se faire racheter à l’international, et particulièrement aux USA.

« En Europe, il y a de nombreux investisseurs pour le software et malheureusement beaucoup moins pour le hardware. Ajouté à cela un marché européen très fragmenté avec 27 pays et autant de réglementations et taxes différentes, il s’avère difficile de grandir en restant made in France ».

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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