Obsolescence programmée : une réalité ? Epson à sec ? Investigation de Valentine Levacque pour DOCaufutur

Le 26 juin 2018, le groupe Epson tenait une conférence de presse au Centre de compétences et de support européen de Clichy, réunissant tout l’état-major de la compagnie. Les visages sont tendus et un mot est sur toutes les lèvres : l’obsolescence programmée.

Kazuyoshi Yamamoto (Président Epson Europe), Rob Clark (Vice-Président Epson Europe), Junkichi Yoshida (General Manager printer Strategic Planning) et Henning Ohlsson (Directeur CSR Epson Europe) sont présents et vont prendre la parole. Un tel événement n’est pas anodin et Epson l’a organisé !

Retour sur l’enquête préliminaire visant Epson, une première en France

L’enquête pour obsolescence programmée est ouverte 

Depuis la loi n°2015-992 d’août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte, l’obsolescence programmée est punie par la loi en France.

En effet, l’article 99 de la loi de transition énergétique est clair : « l’obsolescence programmée se définit par l’ensemble des techniques par lesquelles un metteur sur le marché vise à réduire délibérément la durée de vie d’un produit pour en augmenter le taux de remplacement ». D’autant que cette loi n’est pas à valeur symbolique. L’amende peut être salée et s’élever à 5 % du chiffre d’affaires moyen annuel de l’entreprise accusée, calculé sur les trois derniers chiffres d’affaires annuels connus à la date des faits. Autant dire que l’obsolescence programmée en France est aujourd’hui prise au sérieux. Il existe une volonté pour lutter contre le gaspillage et promouvoir l’économie circulaire.

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le couperet tombe : le parquet de Nanterre a ouvert une enquête préliminaire, le 24 novembre 2017 contre la société Epson pour des faits d’obsolescence programmée et de tromperie. Cette enquête fait suite à la plainte déposée en septembre 2017 par l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP). Dans le viseur de l’association des fabricants d’imprimantes tels que HP, Canon et Epson. Seul Epson est pour l’instant concerné par l’enquête qui est aujourd’hui entre les mains des agents de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF).

Un cas d’école : Epson fait verser de l’encre

« Imprimantes : le coût de la panne » ? Anne-Charlotte Hinet et Swanny Thiébaut mènent l’investigation pour « Envoyé spécial » diffusé le 29 mars 2018 avec Elise Lucet. France 2 n’y va pas par quatre chemins : les imprimantes sont-elles conçues pour tomber en panne ? A l’appui, un cas d’étude : Epson, le géant japonais.

Avec cent millions d’imprimantes et un milliard de cartouches vendues dans le monde chaque année, la colère des utilisateurs d’imprimantes commence à gronder. L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP), créée en 2015, pointe du doigt :

  • Le blocage des impressions au prétexte que les cartouches d’encre seraient vides alors qu’il reste encore de l’encre
  • Des éléments des imprimantes, tel que le tampon absorbeur d’encre, qui seraient faussement indiqués en fin de vie

En d’autres termes, HOP représente les consommateurs, agacés de la faible durée de vie des imprimantes et des cartouches. Ils l’affirment, leur mission est de lutter contre le prêt-à-jeter, auquel Epson contribuerait. En plus de l’augmentation constante du coût financier et écologiques des imprimantes et de leurs cartouches HOP dénonce le blocage des impressions au prétexte que les cartouches seraient vides alors qu’il reste de l’encre à l’intérieur. Rappelons que l’encre est le liquide le plus cher au monde ! Par exemple Epson vend ses cartouches Multipack 5-colours 33XL Claria Prenium Ink EasyMail à 2062€ le litre « soit deux fois plus cher que le parfum Chanel N°5 » précise Emile Meunier, avocat de l’association HOP.

Le reportage d’Envoyé Spécial met en avant cette étonnante révélation, perçue comme « du vol ou de la tromperie » pour les utilisateurs. D’autant plus que les journalistes montrent que le niveau d’encre restant dans les cartouches n’est pas mesuré par une sonde ou un capteur mais par une puce qui compte le nombre de copies et de nettoyages de têtes d’impression. S’agirait-il d’une supercherie ? Les cartouches d’encre annoncées vides le sont-elles vraiment ? D’après le reportage, la puce sert de compteur, plus que d’indicateur, elle serait déterminée pour un nombre prédéfini de copies. Alors qu’il reste encore une quantité importante d’encre (entre 20% et 50% de la quantité totale de la cartouche).

Un second problème surgit alors : le tampon absorbeur d’encre qui serait faussement annoncé en fin de vie. Le tampon absorbeur d’encre est une éponge encastrée parmi les pièces de l’imprimante qui a pour rôle d’absorber les gouttes d’encres usagées à chaque impression ou nettoyage de têtes d’impression. Or même si le tampon n’est pas plein, l’imprimante se bloque préventivement. De plus, la réparation et le changement du dit tampon couterait aussi cher que le rachat d’une nouvelle imprimante.

Le fabricant d’imprimante est ainsi mis en cause. Pourtant s’il s’agit d’une arnaque du côté des consommateur, Epson affirme bien que c’est une question de sécurité.

Epson contre-attaque

Le 26 juin 2018, Epson décidait de répondre aux critiques lors d’un événement dynamique.  Le but était de lever le voile sur ce qu’est une imprimante jet d’encre et avoir une vision 360 de l’équipement : technologie, fabrication, matériaux. Epson a ainsi pu mettre en avant son engagement écologique et environnemental.

De fait, Epson ne nie pas l’existence d’encre restante dans les cartouches mais décide de mettre à nu l’imprimante pour nous en faire connaitre ses composants dans leur intégralité. Avec la technologie Micro Piezo, les gouttelettes d’encre sont propulsées à travers chaque buse à une fréquence de 40 000 fois/seconde. Cette technologie permet une grande précision et qualité. Pourtant elle connait un ennemi : l’air!

Epson dissèque devant nous une imprimante et une cartouche d’encre et nous montre pourquoi il est nécessaire qu’il reste toujours de l’encre. L’absence totale d’air est impératif pour ne pas boucher les buses des têtes d’impression. Ainsi l’encre restante n’est pas comptabilisée dans l’encre utile mais est bien là pour protéger les têtes d’impression. De plus, les porte-parole d’Epson l’affirment, la qualité d’impression exige que près d’un quart de l’encre ne soit pas utilisé dans chaque cartouche.

Rob Clark nous explique alors que du point de vue de l’entreprise, du point de vue du client et du point de vue de l’environnement, il n’y a aucun intérêt à l’obsolescence programmée. L’environnement est pour l’entreprise une réelle préoccupation. D’où la technologie de tête d’impression Micro Piezo présente dans toutes les imprimantes Epson. L’entreprise est d’ailleurs propriétaire de cette technologie. Par ailleurs, Canon et HP utilisent une technologie de têtes d’impression basée sur un procédé thermique émettant de la chaleur.

Grâce à cette technologie, les équipements jets d’encre Epson consomment 92% d’énergie en moins et émettent 92% de CO2 en moins qu’un produit laser équivalent. Epson se prévaut ainsi de sauver 88 743 507€ en 2017 et 168 032 002 kg de CO2 par rapport aux impressions laser majoritaires sur le marché.

Finalement

Certes, pour Epson cette technologie Micro Piezo demande de laisser de l’encre dans les cartouches au risque de mécontenter les consommateurs qui se sentent spoliés, mais elle reste la plus avantageuse pour l’environnement. En attestant bien que l’obsolescence programmée n’est pas dans sa philosophie, Epson espère bien mettre fin à ce préjudice d’image.

D’ailleurs, Henning Ohlsson conclut cette conférence de presse en rappelant la politique de responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) du groupe. Epson s’est vu décerner la certification « gold » EcoVadis en 2017 pour attester l’engament d’Epson à se conformer aux normes internationales de RSE. Epson adhère aussi au Global Reporting Initiative, au Pacte mondial des Nations unies et a mis en place la norme ISO 26 000.

Difficile d’imaginer dans ces conditions que le constructeur japonais permettrait le gaspillage avec un tel engagement social et environnemental.

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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