Etat de la dématérialisation dans le milieu hospitalier : où en sommes-nous aujourd’hui ? Enquête de Valentine Levacque pour DOCaufutur

Saviez-vous qu’une des premières causes d’erreur médicamenteuse en France est l’absence de dossier médical unifié ? Les erreurs médicamenteuses coûtent la vie à des centaines de patients chaque année. Comment se fait-il qu’un pays aussi développé et industrialisé que la France n’est pas de solution pour enrayer un circuit patient aussi complexe et vulnérable ? Intéressons-nous plus précisément au milieu hospitalier. Où en sommes-nous en termes d’optimisation des parcours patient ? Quel est l’état de la dématérialisation dans le milieu hospitalier actuel en France ?

Flux de documents dans l’hôpital : toujours voir double

Tout d’abord, précisons que dans le milieu hospitalier, il y a deux sources de production de documents. Les documents peuvent être émis :

  • Par la branche administrative de l’hôpital
  • Par le corps médical

Les documents administratifs, majoritairement de facturation ne dépendent pas des mêmes institutions que les documents de nature strictement médicale. Les ordonnances, comptes rendus de consultation, prescriptions pour un autre confrère ont un traitement différent.

Il n’existe pas en France d’uniformisation de la production de document au niveau national. Chaque établissement est indépendant quant au traitement qu’il applique. De manière générale, on remarque une production de documents en constante évolution, majoritairement du côté administratif. Les systèmes d’informations (SI) tendent à évoluer notamment sous l’impulsion de l’Etat. Celui-ci vise la simplification d’un monde encore souvent archaïque et non-automatisé.

Et concrètement, en France, ça donne quoi « en vrai » ?

Comme nous l’avons mentionné : il n’existe aucune forme d’harmonisation des pratiques en France : chaque établissement hospitalier est indépendant. Cette absence de norme à l’échelle nationale peut être un frein dans la fluidité et l’optimisation d’un parcours patient. Mais cela permet aussi à certains d’être pionniers dans l’accélération de la transformation numérique. En effet, l’indépendance de chaque entité médicale permet à chacun de gérer l’organisation et l’optimisation de ses flux documentaires.

Nous avons pris contact avec le groupe Konica Minolta Business Solutions France qui accompagne les hôpitaux, dans la gestion et le traitement de l’information. Eliane Faivre-Richard, responsable du développement du secteur santé, a partagé avec nous le rôle primordial du contexte juridique quant à la conservation du document. En effet les établissements de santé constituent un ensemble de structures qui se différencie en autre par leur statut juridique.

Ainsi d’une part :

  • Depuis le 1erjanvier 2017 : les grandes entreprises et les personnes publiques sont obligées d’émettre leurs factures de manière dématérialisée à destination des Etablissements Publics de Santé (EPS). Cette obligation impose par conséquences aux EPS d’en assurer le traitement en mode dématérialisé.

Et d’autre part :

  • Grâce à l’arrêté du 22 mars 2017 : les modalités de numérisation des factures papier permettent d’aller plus loin dans le stockage et la conservation.

C’est à ce titre qu’un des piliers de la démarche de dématérialisation d’un hôpital est l’archivage électronique. Le défi du centre hospitalier aujourd’hui est de conserver les bonnes données pendant la bonne durée dans des conditions de sécurité adaptées. Il en va de même pour la deuxième branche des flux documentaires : le dossier médical (défini par l’article L. 1111-7). La loi du 4 mars 2002, aussi appelée loi Kouchner vise à assurer la sécurité, la confidentialité et la disponibilité des données santé à caractère personnel. La dématérialisation demande une sécurité maximale d’où une liste de critères drastiques pour pouvoir être hébergeur de données médicales.

L’efficience promise par le zéro papier peut être vitale : avoir une information disponible immédiatement cela peut avoir un réel impact sur la vie du patient (cas d’allergies, de complications…). Pourtant le passage au numérique reste bien souvent une histoire de moyens, surtout que la plupart des solutions se font sur mesure dans chaque cas.

« Les bonnes pratiques, les établissements les appliquent en fonction de leurs moyens » – Eliane Faivre

Le cas d’école de l’AP-HP

Un exemple d’évolution est le rapport d’activité de l’année 2017 de la direction spécialisée des Finances Publiques pour l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui annonce le déploiement d’un nouveau logiciel de facturation de l’AP-HP (GAM) sur un groupe hospitalier pilote.

« Cette bascule informatique est le préalable indispensable au déploiement de la facturation électronique non seulement de la part de l’assurance maladie obligatoire (CPAM) et de la part complémentaire (mutuelles, sociétés d’assurance et institutions de prévoyance), mais aussi du reste à charge du patient (futur portail dédié aux patients de l’AP-HP et espace numérique sécurisé unifié de la DGFiP). »

Motivé par la volonté d’atteindre une gestion « zéro papier » à l’horizon 2019, déjà près d’un tiers des factures de l’AP-HP sont traitées sous forme dématérialisée. Pourtant, cette évolution n’est pour l’instant visible que pour la partie administrative. De plus, le groupe ne semble pas appliqué la transformation numérique dans chaque service médical de l’AP-HP. Jean-Luc Brenner, directeur spécialisé des finances publiques pour l’AP-HP, précise la difficulté du changement d’habitude de travail, pourtant nécessaire afin de renforcer la performance de la gestion de l’établissement.

Un autre problème se pose au niveau des canaux de communication autour du patient. Quand un patient va dans un hôpital, il a à faire avec différentes entités : son médecin traitant, l’administration, le médecin spécialiste… il y a au moins trois destinataires différents. Sans compter que les méthodes de communication actuellement appliquées ne sont pas forcément adaptées au contexte et à la personne. Mais le multi canal est très dur à mettre en place car chaque outil appelle un système de règles. Alors imaginez quand la communication doit s’effectuer entre différents centres médicaux…

Un exemple d’innovation française

Pourtant si la dématérialisation des systèmes d’information du secteur médical est soumise à l’évolution du monde juridique et au « bon vouloir » des DSI, les innovations et initiatives dans le secteur de la e-santé peuvent être plus nombreuses. Ces innovations ont pour but de faciliter les activités du personnel médical. Prenons l’exemple du médecin; il a deux objectifs : diagnostiquer et prescrire.

C’est dans ce cadre que le CHU de Rennes a mis en place la reconnaissance vocale. Au CHU de Rennes, 500 praticiens utilisent Dragon Medical Direct de Nuance. Il s’agit de simplifier et d’accélérer la création de compte rendu par reconnaissance vocale. Ce qui permet de respecter le délai à J-0 de remise de la lettre de liaison. Ce projet est porté par la direction générale et la DSI dans le cadre de leur dématérialisation et les résultats sont déjà là. Au service urologie, les médecins passent désormais moins de 2min à dicter le compte rendu de la consultation. Aujourd’hui cette technologie facilite l’exercice du métier des professionnels de santé. Nous sommes ainsi face à une technologie au service du métier.

Bilan à l’heure actuelle :

Aujourd’hui on note deux branches de dématérialisation dans le milieu hospitalier :

  • L’axe administratif

La partie facturation et dématérialisation de la fonction RH est plutôt bien engagée en France. Les avancées législatives motivent l’accélération de la dématérialisation. Gardons cependant en tête le poids d’une telle transformation. Le secteur hospitalier est une institution lourde en organisation et en hiérarchie, le changement prend du temps…  La formation et l’accompagnement du personnel sont-ils suffisants en France ?

  • L’axe médical

Le dossier patient présente diverses complexités du fait des nombreux acteurs qui y interagissent. La difficulté est la création d’un tout cohérent accessible au personnel de santé concerné. Pourtant il est temps d’opérer ce changement d’échelle et passer à plus de numérique.

Aujourd’hui l’objectif est de penser des innovations pour plus de lisibilité, de traçabilité, de connectivité. En effet le challenge de la dématérialisation dans le milieu hospitalier participe à une amélioration de la qualité de service pour le patient.

Valentine
Arrivée sur terre il y a quelques lustres, Valentine entre aujourd’hui dans le métier de la communication. C’est non sans intrépidité qu’elle a intégré la Sorbonne en philosophie après une classe préparatoire littéraire (A/L). Après un mémoire sur la place de l’éthique dans la société actuelle à partir d’Aristote, Valentine poursuit son cursus en éthique appliquée. Autrement dit elle s’intéresse aux actions des entreprises et des institutions publiques, proposant alors des solutions de conseil afin d’accompagner leurs prises de décision. Au coeur de l’économie numérique, les rouages de la communication autour de l’innovation la passionnent. C’est pour cela que Valentine a rejoint l’équipe de Tikibuzz, une agence de communication et de marketing, en 2018. Aujourd’hui, elle a le plaisir de s’aventurer sur le terrain de l’éditique et de la gestion de la communication client, afin de vous proposer chers lecteurs, des reportages et des témoignages pour votre média DOCaufutur.

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