Comment l’Intelligence artificielle va t-elle transformer les entreprises ?

Souvent évoquée dans les films et livres de science-fiction, l’intelligence artificielle devient de plus en plus réelle – le monde du travail ne faisant pas exception à la règle : agent virtuel, aide à la décision, automatisation robotisée, reconnaissance vocale, etc. Quels impacts aura l’IA sur les entreprises ? Réponse avec six experts contactés par DOCaufutur.

Avec l’intelligence artificielle, l’homme touche du doigt l’un de ses rêves: fabriquer des machines dotées d’un « esprit » semblable au sien. Parmi les dizaines de définitions différentes attribuées à l’IA, nous avons sélectionné celle du Larousse encyclopédie, « elle représente l’ensemble des théories et des techniques mises en œuvre en vue de réaliser des machines capables de simuler l’intelligence humaine ».

Flora Fischer est chargée de Programme de Recherche au CIGREF, association qui s’est donnée pour mission de développer la capacité des grandes entreprises à intégrer et maîtriser le numérique. « D’après les retours d’expérience que nous avons pu avoir des entreprises sur l’intelligence artificielle, nous constatons que depuis 2016/2017, elles commencent à réfléchir à des stratégies à 5 ans sur l’Internet des objets, la robotisation, le machine learning et la réalité augmentée ; alors qu’en 2015 c’était seulement une prise de conscience de l’intérêt de l’IA mais sans réelle initiative ». Pour elle, nous entrons dans une ère d’automatisation inéluctable où les tâches répétitives et fastidieuses seront confiées au robot pour laisser aux humains des missions plus complexes et intéressantes. « Il faut dès à présent anticiper les changements pour rester maître de ce qui va se passer » précise t-elle.

Un accompagnement au changement indispensable

Si l’on en croit une étude d’Infosys , la peur du changement reste présente et est l’un des principaux obstacles à l’adoption de l’IA en entreprise, citée juste devant le manque de compétences en interne et le coût des solutions « Pour que les salariés s’approprient ces nouveaux outils, il est important d’utiliser la méthode agile / design thinking qui permet d’inclure les équipes dans le développement de l’IA, de prendre en compte chacune de leur remarque pour qu’elle corresponde à une vraie aide et un vrai gain de performance » explique Monika Orlowska, associée chez Infosys consulting.

Les consultants en accompagnement au changement ont un rôle important à jouer, « nous expliquons à nos clients que l’IA est un outil qui peut servir à automatiser les tâches répétitives et à améliorer les performances d’un process, mais qui n’a pas pour vocation de remplacer l’homme » commente Valérie Perhirin, qui pilote les activités analytiques et IA au sein de l’entité Application Services chez Capgemini. Elle voit quatre grandes fonctions de l’IA en entreprise : offrir une nouvelle vision de l’expérience client, augmenter la performance opérationnelle, assurer une meilleure détection des fraudes et les risques et élaborer de nouveaux services parfaitement en phase avec la demande. Un nouveau métier est d’ailleurs en train d’exploser, c’est celui de datascientist, spécialiste de la science des données. Généralement docteurs en mathématiques, les datascientists maîtrisent les algorithmes complexes d’apprentissage associés à une curiosité naturelle, une veille technologique active et de l’empathie. A terme, certains métiers partiellement automatisables vont disparaître. Pour Valérie Perhirin, c’est un sujet dont doivent vite se préoccuper les gouvernements et les organisations afin de faire face au défi de la formation de ces nouveaux profils et ainsi accompagner la transformation du marché du travail.

Les risques que peuvent engendrer l’IA se situent également en termes de droit et d’éthique. Alexiane Wyns est avocate en droit des nouvelles technologies. Selon elle, « le droit doit être le garant d’un juste équilibre entre la porte ouverte à l’innovation et les droits de l’homme. Il serait sans doute utile de légiférer pour encadrer les buts poursuivis par l’IA en limitant, par exemple, les secteurs d’activités, les informations confidentielles, limiter certains accès aux robots, etc. On peut aussi constater que le droit est assez systématiquement en retard face à l’innovation ». Aujourd’hui, il n’existe encore aucun cadre juridique propre à l’intelligence artificielle et ses spécificités sur les algorithmes, les capacités décisionnelles, d’apprentissage, d’autonomie et de coopération avec l’être humain.

Pour William Theaux, fondateur d’Apso, l’autre chemin serait de laisser l’IA libre et autonome – et de développer à son contact, l’art de l’interprétation. Pour lui, « L’Inconscient, « sans norme ni morale », se révèle analogue à l’IA. C’est de cette manière que le psychanalyste traite l’Inconscient, et ce sera de cette manière que l’être humain pourrait traiter l’IA ».

Vers une fin du salariat ?

Selon le fondateur d’APSO, nous sommes en train d’assister à la fin de la structure hiérarchique pyramidale et du principe selon lequel c’est celui qui détient le pouvoir qui dicte sa conduite à tous les autres, logique qui nous a façonnés. « Il suffit d’aller voir du côté des cryptomonnaies par exemple. Dans ce domaine, on peut sentir qu’une logique va finir par trouver sa voie presque d’elle-même. Logique qui est celle de la transparence, du partage, de la mise en commun du code à travers l’open source et d’un développement aléatoire des idées et des productions qui va être guidé de plus en plus par l’expression de la volonté collective. Le mode d’économie qui va en résulter n’aura plus rien à voir avec nos repères actuels » explique t-il.

Sébastien Descours, cofondateur de Spectre Intelligence & Associates, pense que l’intelligence artificielle va éradiquer le salariat. Il prédit que « les entreprises vont converger pour créer des sociétés de plus en plus grandes où l’IA prendra toute sa puissance. Les hommes exerceront des missions très transverses et jongleront de projet en projet en freelancing ». Sébastien Descours estime qu’avec l’avènement de l’IA, l’homme devra se concentrer sur 3 types de secteurs que les robots ne peuvent / pourront pas gérer : les métiers de l’artisanat, les métiers créatifs et les métiers où le lien d’humain à humain est indispensable.

L’évolution de l’IA est inévitable et va transformer notre manière de travailler et même de vivre. A l’homme d’en faire bon usage et de s’adapter à cette nouvelle donne.

 

  Maud Laurent pour DOCaufutur

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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