Le Digital, ennemi de l’emploi ? Techno-optimistes contre techno-pessimistes, le débat sur DOCaufutur par Maud Laurent

Faut-il craindre un futur sans emploi comme conséquence inévitable des progrès permis par les nouvelles technologies ? Question complexe au regard de la vitesse des innovations dont personne ne peut réellement prédire les conséquences. Techno-optimistes contre techno-pessimistes, le débat sur une possible raréfaction du travail liée à l’accélération des mutations technologiques est ouvert. 

De nombreuses études ont été publiées sur le sujet mais les chiffres divergent. Une étude de l’université d’Oxford de 2014 considère que 47% des jobs actuels sont menacés au cours des 20 prochaines années. Toujours en 2014, le cabinet de conseil américain Gartner table lui sur un tiers des jobs qui seront convertis par un logiciel, un robot ou une machine intelligente en 2025. En France, le Conseil d’orientation des emplois est plus optimiste puis qu’il statue que seuls 10% des emplois actuels pourraient disparaître. La question que tout le monde se pose : ces destructions d’emplois présumées vont-elles être compensées par la création de nouveaux emplois ? Pourra t-on parler alors de destruction créatrice ?

Arturo Galindo Baquero, manager de système d’informations en Colombie et correspondant DOCaufutur en Amérique Latine, table sur un déséquilibre en défaveur de l’emploi, en citant le rapport du forum économique mondial de 2016. « Selon ce rapport, la numérisation éliminera 7,1 millions d’emplois pour en créer 2 millions d’ici 2020 dans les secteurs de l’informatique ou l’ingénierie au détriment des postes administratifs ». Yann Gourvennec CEO de Visionary Marketing ne s’attarde pas sur des chiffres prédictifs mais sur des données appartenant à la période 2007-2012, où l’on a effectivement constaté un changement de nature des emplois, sans en diminuer le nombre. Cette étude de Mc Kinsey France montre qu’il y a eu -34 000 emplois dans la fabrication, -17000 emplois dans la production -16000 dans les transports et + 63 000 dans les prestations intellectuelles. Sachant qu’aujourd’hui, dans l’hexagone, seuls 3% des salariés travaillent dans le numérique. « Il existe donc un fort déséquilibre au profit des emplois dits intellectuels jumelé à une explosion du nombre de freelances. Malheureusement, tout le monde n’est pas destiné à ce type de métiers, les politiques ont donc tout intérêt à s’occuper de cette problématique » estime t-il.

Dégager du temps de cerveau disponible pour se concentrer sur des tâches à forte valeur ajoutée

Pour Julien Etienne, Consultant et Digital Evangelist, il se peut que les robots ne remplacent que partiellement certaines tâches automatisables. « De nombreuses personnes ont des tâches quotidiennes rébarbatives et s’ennuient au travail; il faut voir la digitalisation comme une opportunité de se concentrer sur des tâches à forte valeur ajoutée et pourquoi pas de dégager plus de temps libre pour son épanouissement personnel ». Il cite l’exemple de la Suède où le temps de travail hebdomadaire légal est passé à 32 heures. Un candidat à la Présidentielle française, Benoit Hamon, propose une idée similaire selon laquelle chaque citoyen devrait avoir un revenu universel rémunéré entre autre par la taxation des robots. Julien Etienne juge que cette disposition permettrait aux gens d’oser entreprendre, et d’être plus créatifs. D’ailleurs « je vois de plus en plus de personnes qui combinent plusieurs jobs, en indépendant ou en salarié. On les appelle les slasheurs, ils peuvent être graphiste le jour, livreur de pizza en soirée et conseiller financier 3 heures par semaine ».

Marie Hélène Maurette, fondatrice d’amdo Coaching, confirme que la stabilité sur un job défini toute notre vie est bien révolue. « Il faut arrêter de dire que tous les emplois sont menacés. Le cerveau humain ne sera jamais remplaçable, cependant il faut accompagner les travailleurs pour évoluer dans un monde numérique et mouvant ».

 

En définissant les qualifications et les compétences qui seront nécessaires demain, nous formons une génération de travailleurs qui saura tirer parti des opportunités issues des nouvelles technologies

Cela se joue dès l’école. Marie Hélène Maurette imagine une école où la créativité des enfants est libérée, où la mixité sociale, le partage et l’échange sont légion. « Il ne s’agit pas de les faire entrer dans un moule, car demain ceux qui réussiront à s’adapter devront savoir jongler entre plusieurs jobs, pays ou tâches ». Les établissements scolaires doivent également s’équiper du parc informatique performant. Carine Matarin est manager e-commerce pour l’Europe du Sud chez Crucial, société spécialisée dans la vente de mémoire RAM et SSD pour les entreprises et les écoles. « Pour exercer les métiers de demain, nous pensons que les établissements scolaires doivent s’équiper de matériel performant pour permettre aux élèves de connaitre les bases en termes de logiciels, de code, de vidéos, etc » explique t-elle.

Vincent Ducrey, cofondateur & PDG de HUB Institute pense que « les entreprises, les RH, l’éducation et les politiques doivent ouvrir la voie et définir les normes et les règles qui s’appliqueront aux nouvelles technologies et aux industries futures ». Selon lui, en définissant les qualifications et les compétences qui seront particulièrement nécessaires demain, nous pourrons former une génération de travailleurs qui saura tirer parti des opportunités issues des nouvelles technologies. « Nous pourrions par exemple nous inspirer du modèle scandinave de flexi sécurité qui soutient un marché du travail flexible incitant à l’innovation et parallèlement qui dote les travailleurs d’un solide filet de sécurité sociale leur permettant, entre autre, de se former et de se qualifier aux métiers de demain. Le principal enjeu est de se rendre complémentaire de l’intelligence artificielle »  ajoute t-il.

Pour Arturo Galindo Baquero, les entreprises doivent définir le profil de la main d’œuvre dont elles auront besoin en termes de compétences mais aussi d’adaptabilité. « Les défis sont importants pour le recrutement, la formation, la gestion des talents mais aussi la politique et l’économie pour que le digital devienne une belle opportunité » conclut-il. 

Corinne
Depuis plus de 25 ans dans le métier de la communication et du marketing, Corinne a démarré sa carrière à la télévision avant de rejoindre une agence événementielle. Curieuse dans l’âme, elle poursuit sa carrière dans l’IT et intègre une société de conseil en éditique puis entre chez un éditeur de logiciels leader sur son marché, SEFAS. Elle est ensuite nommée Directrice Communication chez MGI Digital Graphic, constructeur de matériel d’impression numérique et de finition international coté en bourse. Revenue en 2008 chez SEFAS au poste de Directrice Marketing et Communication groupe, elle gère une équipe répartie sur 3 géographies (France, Etats-Unis et Angleterre), crée le groupe utilisateurs de l’entreprise et lance un projet de certification ISO 9001, ISO 14001 et ISO 26000 couronné de succès. Pendant 7 ans membre du conseil d’administration de l’association professionnelle Xplor France et 2 ans sa Présidente, Corinne a créé dès 2010 TiKibuzz, son agence de marketing et de communication. Elle devient Directrice de la Communication en charge des Relations Presse, du Lobbying et du marketing digital chez DOCAPOST, groupe La Poste, durant 3 ans avant de rejoindre la start-up FINTECH Limonetik, en 2013. C'est cette même année qu'elle crée votre média professionnel, DOCaufutur, l'avenir du document.

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