BLOCKCHAIN, une technologie aux multiples usages | Maud Laurent pour DOCaufutur

En 2016, le mot blockchain était dans tous les esprits et dans tous les médias. Même si à ce jour, aucune application s’appuyant sur la blockchain n’a révolutionné notre quotidien, les expérimentations ne manquent pas. La désintermédiation rendue possible par cette technologie pourrait bouleverser le monde bancaire, mais également la politique, la gestion des données personnelles, l’immobilier, etc. Certains parlent d’une révolution comparable à celle d’Internet. DOCaufutur a interrogé six experts pour nous parler des nombreuses possibilités qu’offre la blockchain.

Développée par un inconnu se présentant sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, la première blockchain est née en 2008 avec la monnaie numérique Bitcoin ; elle en est l’architecture sous-jacente. La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui a pour caractéristiques principales d’être transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle.

Antoine Ferron, fondateur de Czam, constate que la blockchain éveille la curiosité des entreprises et des particuliers. « Le fonctionnement d’Internet, du téléphone d’une voiture ou d’une colle forte n’intéresse pas forcément le grand public. Par contre, je suis très surpris de voir que les gens veulent comprendre ce qu’il y a derrière la blockchain. Ils souhaitent découvrir ses mystères et ne pas l’utiliser sans avoir de connaissances préalables ». Pour l’expert, « Internet a révolutionné la diffusion d’informations et la production de contenus; la blockchain révolutionnera le transfert de valeurs et la sécurité ».

A titre de comparaison, la blockchain peut s’apparenter à un très grand livre que tout le monde peut lire librement et gratuitement; sur lequel tout le monde peut écrire à une date certaine, mais qui est impossible à effacer et indestructible (définition du mathématicien Jean-Paul Delahaye). Si blockchain et Bitcoin ont été construits ensemble, aujourd’hui de nombreux acteurs envisagent l’utilisation de la technologie blockchain pour d’autres cas que la monnaie numérique.

Pour Laurent Henocque, fondateur de KeeeX, « l’année 2016 a montré à quel point toutefois la crypto monnaie associée à la preuve de travail constitue le seul moyen de sécuriser sa blockchain, en générant les ressources requises pour sa sécurisation, et en interdisant de façon définitive de réécrire l’histoire. Cela explique notamment l’importance centrale de Bitcoin aujourd’hui pour tous les services de notarisation blockchain. Il est apparu clairement également qu’il fallait relativiser à court terme l’importance industrielle des blockchains programmables comme celle d’Ethereum pour des processus complexes; celle de Bitcoin permettant de garantir intégrité des données, signatures et dates dans les processus existants, immédiatement opérationnels ».

La blockchain instaure la confiance dans les échanges entre tiers sans passer par un intermédiaire

Laurent Henocque prend un exemple concret pour nous expliquer que le tiers de confiance est la cryptographie elle-même, la blockchain dématérialisant en quelque sorte les tiers certificateurs de la chaîne du document. « L’enveloppe Soleau est un produit de l’INPI qui permet de dater de façon certaine la création de votre œuvre et de vous identifier comme auteur. C’était jusqu’à ce jour une opération lente et sélective, le créateur devant envoyer des enveloppes scellées de son texte à l’INPI pour preuve d’antériorité. Cette opération est d’ores et déjà possible instantanément d’un clic à tout moment et pour tout fichier, document ou signature avec KeeeX, sur la blockchain Bitcoin. L’empreinte du fichier est enregistrée sur la blockchain à une certaine date et cela fera foi de manière immuable. Sur cette base il devient possible de déployer jusqu’à des solutions de collaboration agiles et probantes, avec signatures, sans serveur de données centralisé».

Dans le même esprit, l’association américaine Arcade city tente d’uberiser Uber. Eric Levy Bencheton, blockchain strategist, nous explique le principe de cette plateforme « Via une blockchain, Arcade city présente une plateforme ouverte où conducteurs et passagers peuvent être mis en relation directement, sans intermédiaire. L’idée est de contrer la centralisation des prix fixés par Uber et les commissions prélevées sur chaque trajet ».

Se pose évidemment la question de l’importance (ou non) d’un organisme régulateur tel que Uber ou Air bNb par exemple. « En termes de litiges et de services après ventes, ces organismes restent parfois essentiels » relativise Alexandre Tabbakh, associé chez WIP Solutions. Pour lui, le modèle blockchain Uber nécessite encore un minimum d’autorité. Selon Frédéric Mazerati, Directeur conseil chez Keyrus, en fonction de ce que l’on attend et de la valeur que l’on donne à une transaction, le consommateur / citoyen choisira de passer par un système de blockchain, par une plateforme ou par une entreprise classique. « Je pense que ces trois modèles coexisteront et que la blockchain ne sera qu’une solution parmi d’autres ». Point de vue partagé par David Daoud consultant chez Maltem. « Le concept de la blockchain a été surmédiatisé et parfois surévalué et survendu. L’aspect technique n’est pas une révolution en soi, ce sont tous les cas d’usages qui sont novateurs ; ils représentent des alternatives à d’autres systèmes ».

Le citoyen reprend le pouvoir sur ses données numériques et sur le système économique 

Les données privées sont victimes de nombreuses brèches. La blockchain va permettre aux citoyens de gérer les droits d’accès à leurs données, à travers des services tels que onename ou KeeeX. Ils reprennent ainsi la main. Les marques qui souhaiteront conserver leur droit d’accès aux données clients devront proposer à ses derniers des services premiums et des avantages. On peut également imaginer des consommateurs qui monétiseront leurs données. « Le business to consumers / community se transforme alors en community to business » affirme Eric Levy Bencheton qui explique que « l’économie sera horizontalisée. Les consommateurs mèneront des actions de type Groupon sans Groupon, formeront des Groupements d’Intérêt Economique sans avoir besoin d’une structure lourde, complexe et coûteuse. La communauté d’intérêts suffit. Cela est valable pour une communauté de personnes mais aussi un regroupement de petits entrepreneurs pour, par exemple, peser commercialement sur les grands distributeurs ». Pour Alexandre Tabbakh, la Blockchain ouvre de nouvelles perspectives dans la manière d’analyser les données qui sont aujourd’hui éparpillées dans de multiples systèmes au sein d’une seule et même banque ou entreprise. « Pouvoir analyser des données proprement et en tirer des conclusions à des fins commerciales, ou pour répondre aux demandes des régulateurs est un avantage essentiel ». 

Le Bitcoin, c’est aussi …

On entend beaucoup parler de la blockchain pour le crowfunding ou le vote électronique. Elle s’applique dans d’autres domaines, moins connus mais tout aussi intéressants. David Daoud de Maltem évoque l’identity management via le KYC – Know Your Customer. « Au sein du consortium R3, 42 acteurs bancaires travaillent sur le KYC qui consiste à réunir des informations sur leurs clients et à les partager pour mieux les identifier et se prémunir des usurpations d’identité, de la fraude, du blanchiment d’argent ».

Autre domaine, autre fonctionnalité : l’ONG Bitland travaille à enregistrer les titres de propriété sur la blockchain au Ghana et ainsi résoudre les conflits fonciers. Près de 90 % des terres rurales ghanéennes ne sont pas enregistrées dans une base de données officielle, et de nombreux citadins n’ont pas encore d’adresse officielle.

La vie quotidienne pourrait également être bouleversée grâce à la blockchain et à l’Internet des objets. « Nous pilotons aujourd’hui nos objets connectés via nos smartphones. Demain, notre cerveau ne pourra pas gérer 50 applications à la fois : des robots logiciels géreront tous nos objets. Tout sera notifié dans une blockchain qui servira de registre et permettra aux robots d’anticiper toutes leurs actions » indique Frédéric Maserati.

Et au sein des entreprises, « nous observons un désir de montée en compétences sur le sujet blockchain des équipes innovations mais aussi des fonctions opérationnelles – métiers » confie Laurent Henocque.

Alexandre Tabbakh explique que « l’effet de mode veut que beaucoup d’acteurs se précipitent aujourd’hui pour développer leur propre blockchain et leur propre réseau de participants. Dans un futur proche, ils vont devoir travailler ensemble pour faire converger leurs technologies et leurs savoirs ».

Nos six experts s’accordent sur le fait que la blockchain sera à son apogée dans les années 2020-2025, affaire à suivre… 

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BLOCKCHAIN, une technologie aux multiples usages | Maud Laurent pour DOCaufutur

1st janvier, 2017

En 2016, le mot blockchain était dans tous les esprits et dans tous les médias. Même si à ce jour, aucune application s’appuyant sur la blockchain n’a révolutionné notre quotidien, les expérimentations ne manquent pas. La désintermédiation rendue possible par cette technologie pourrait bouleverser le monde bancaire, mais également la politique, la gestion des données personnelles, l’immobilier, etc. Certains parlent d’une révolution comparable à celle d’Internet. DOCaufutur a interrogé six experts pour nous parler des nombreuses possibilités qu’offre la blockchain.

Développée par un inconnu se présentant sous le pseudonyme Satoshi Nakamoto, la première blockchain est née en 2008 avec la monnaie numérique Bitcoin ; elle en est l’architecture sous-jacente. La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations qui a pour caractéristiques principales d’être transparente, sécurisée et fonctionnant sans organe central de contrôle.

Antoine Ferron, fondateur de Czam, constate que la blockchain éveille la curiosité des entreprises et des particuliers. « Le fonctionnement d’Internet, du téléphone d’une voiture ou d’une colle forte n’intéresse pas forcément le grand public. Par contre, je suis très surpris de voir que les gens veulent comprendre ce qu’il y a derrière la blockchain. Ils souhaitent découvrir ses mystères et ne pas l’utiliser sans avoir de connaissances préalables ». Pour l’expert, « Internet a révolutionné la diffusion d’informations et la production de contenus; la blockchain révolutionnera le transfert de valeurs et la sécurité ».

A titre de comparaison, la blockchain peut s’apparenter à un très grand livre que tout le monde peut lire librement et gratuitement; sur lequel tout le monde peut écrire à une date certaine, mais qui est impossible à effacer et indestructible (définition du mathématicien Jean-Paul Delahaye). Si blockchain et Bitcoin ont été construits ensemble, aujourd’hui de nombreux acteurs envisagent l’utilisation de la technologie blockchain pour d’autres cas que la monnaie numérique.

Pour Laurent Henocque, fondateur de KeeeX, « l’année 2016 a montré à quel point toutefois la crypto monnaie associée à la preuve de travail constitue le seul moyen de sécuriser sa blockchain, en générant les ressources requises pour sa sécurisation, et en interdisant de façon définitive de réécrire l’histoire. Cela explique notamment l’importance centrale de Bitcoin aujourd’hui pour tous les services de notarisation blockchain. Il est apparu clairement également qu’il fallait relativiser à court terme l’importance industrielle des blockchains programmables comme celle d’Ethereum pour des processus complexes; celle de Bitcoin permettant de garantir intégrité des données, signatures et dates dans les processus existants, immédiatement opérationnels ».

La blockchain instaure la confiance dans les échanges entre tiers sans passer par un intermédiaire

Laurent Henocque prend un exemple concret pour nous expliquer que le tiers de confiance est la cryptographie elle-même, la blockchain dématérialisant en quelque sorte les tiers certificateurs de la chaîne du document. « L’enveloppe Soleau est un produit de l’INPI qui permet de dater de façon certaine la création de votre œuvre et de vous identifier comme auteur. C’était jusqu’à ce jour une opération lente et sélective, le créateur devant envoyer des enveloppes scellées de son texte à l’INPI pour preuve d’antériorité. Cette opération est d’ores et déjà possible instantanément d’un clic à tout moment et pour tout fichier, document ou signature avec KeeeX, sur la blockchain Bitcoin. L’empreinte du fichier est enregistrée sur la blockchain à une certaine date et cela fera foi de manière immuable. Sur cette base il devient possible de déployer jusqu’à des solutions de collaboration agiles et probantes, avec signatures, sans serveur de données centralisé».

Dans le même esprit, l’association américaine Arcade city tente d’uberiser Uber. Eric Levy Bencheton, blockchain strategist, nous explique le principe de cette plateforme « Via une blockchain, Arcade city présente une plateforme ouverte où conducteurs et passagers peuvent être mis en relation directement, sans intermédiaire. L’idée est de contrer la centralisation des prix fixés par Uber et les commissions prélevées sur chaque trajet ».

Se pose évidemment la question de l’importance (ou non) d’un organisme régulateur tel que Uber ou Air bNb par exemple. « En termes de litiges et de services après ventes, ces organismes restent parfois essentiels » relativise Alexandre Tabbakh, associé chez WIP Solutions. Pour lui, le modèle blockchain Uber nécessite encore un minimum d’autorité. Selon Frédéric Mazerati, Directeur conseil chez Keyrus, en fonction de ce que l’on attend et de la valeur que l’on donne à une transaction, le consommateur / citoyen choisira de passer par un système de blockchain, par une plateforme ou par une entreprise classique. « Je pense que ces trois modèles coexisteront et que la blockchain ne sera qu’une solution parmi d’autres ». Point de vue partagé par David Daoud consultant chez Maltem. « Le concept de la blockchain a été surmédiatisé et parfois surévalué et survendu. L’aspect technique n’est pas une révolution en soi, ce sont tous les cas d’usages qui sont novateurs ; ils représentent des alternatives à d’autres systèmes ».

Le citoyen reprend le pouvoir sur ses données numériques et sur le système économique 

Les données privées sont victimes de nombreuses brèches. La blockchain va permettre aux citoyens de gérer les droits d’accès à leurs données, à travers des services tels que onename ou KeeeX. Ils reprennent ainsi la main. Les marques qui souhaiteront conserver leur droit d’accès aux données clients devront proposer à ses derniers des services premiums et des avantages. On peut également imaginer des consommateurs qui monétiseront leurs données. « Le business to consumers / community se transforme alors en community to business » affirme Eric Levy Bencheton qui explique que « l’économie sera horizontalisée. Les consommateurs mèneront des actions de type Groupon sans Groupon, formeront des Groupements d’Intérêt Economique sans avoir besoin d’une structure lourde, complexe et coûteuse. La communauté d’intérêts suffit. Cela est valable pour une communauté de personnes mais aussi un regroupement de petits entrepreneurs pour, par exemple, peser commercialement sur les grands distributeurs ». Pour Alexandre Tabbakh, la Blockchain ouvre de nouvelles perspectives dans la manière d’analyser les données qui sont aujourd’hui éparpillées dans de multiples systèmes au sein d’une seule et même banque ou entreprise. « Pouvoir analyser des données proprement et en tirer des conclusions à des fins commerciales, ou pour répondre aux demandes des régulateurs est un avantage essentiel ». 

Le Bitcoin, c’est aussi …

On entend beaucoup parler de la blockchain pour le crowfunding ou le vote électronique. Elle s’applique dans d’autres domaines, moins connus mais tout aussi intéressants. David Daoud de Maltem évoque l’identity management via le KYC – Know Your Customer. « Au sein du consortium R3, 42 acteurs bancaires travaillent sur le KYC qui consiste à réunir des informations sur leurs clients et à les partager pour mieux les identifier et se prémunir des usurpations d’identité, de la fraude, du blanchiment d’argent ».

Autre domaine, autre fonctionnalité : l’ONG Bitland travaille à enregistrer les titres de propriété sur la blockchain au Ghana et ainsi résoudre les conflits fonciers. Près de 90 % des terres rurales ghanéennes ne sont pas enregistrées dans une base de données officielle, et de nombreux citadins n’ont pas encore d’adresse officielle.

La vie quotidienne pourrait également être bouleversée grâce à la blockchain et à l’Internet des objets. « Nous pilotons aujourd’hui nos objets connectés via nos smartphones. Demain, notre cerveau ne pourra pas gérer 50 applications à la fois : des robots logiciels géreront tous nos objets. Tout sera notifié dans une blockchain qui servira de registre et permettra aux robots d’anticiper toutes leurs actions » indique Frédéric Maserati.

Et au sein des entreprises, « nous observons un désir de montée en compétences sur le sujet blockchain des équipes innovations mais aussi des fonctions opérationnelles – métiers » confie Laurent Henocque.

Alexandre Tabbakh explique que « l’effet de mode veut que beaucoup d’acteurs se précipitent aujourd’hui pour développer leur propre blockchain et leur propre réseau de participants. Dans un futur proche, ils vont devoir travailler ensemble pour faire converger leurs technologies et leurs savoirs ».

Nos six experts s’accordent sur le fait que la blockchain sera à son apogée dans les années 2020-2025, affaire à suivre… 

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