La France, nouveau berceau des entrepreneurs numériques ! Eric Cohen, Fondateur & PDG de Keyrus

Nairobi, the capital city of Kenya. Afrcia.

A l’époque des grands explorateurs, la préparation d’une expédition était parsemée d’obstacles et de raisons objectives pour renoncer au projet. La traversée d’un océan s’avérait toujours incertaine, mouvementée, chaotique mais la promesse de territoires inexplorés décuplait les forces et fédérait les énergies. L’acceptation du risque par un petit nombre d’aventuriers visionnaires faisait de cette période l’une des plus fécondes en termes de découvertes, de création de richesses et de valeur. Nous vivons aujourd’hui une situation très similaire avec de nouveaux territoires à conquérir, virtuels, abstraits ou numériques, à la croisée de l’homme, de la machine et de son évolution. Si les risques ne sont plus les mêmes, les enjeux de cette exploration conservent une dimension universelle.

Les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives) offrent autant de territoires vierges à découvrir dont on ne perçoit aujourd’hui que les premiers rivages. Désormais, les nouveaux explorateurs sont les inventeurs, les chercheurs et les entrepreneurs. Cinq siècles après l’époque des grandes découvertes de Christophe Colomb, de Vasco de Gama, et de Fernand de Magellan, ce sont finalement la même audace, le même esprit d’aventure et une certaine soif de conquête qui permettent de conduire un projet, de construire une entreprise et de la pérenniser.

Notre siècle sera celui de la maitrise de l’Information et de l’Intelligence Artificielle. Nous ressentons dès à présent les effets de cette innovation numérique qui marque une rupture darwinienne sur notre échelle évolutive. La convergence des technologies NBIC nous procure de nouvelles clés pour maitriser notre destin et pour augmenter nos capacités d’actions et de compréhension du réel. Elle réduit également la part d’aléatoire qui a jusqu’à présent dirigé l’évolution d’Homo Sapiens. En impactant tous les secteurs de l’activité humaine, la transformation numérique bouleverse les équilibres économiques, sociologiques et géopolitiques. La médecine, l’enseignement, le secteur juridique, la défense et la sécurité, la finance, le marketing ou le journalisme… vont connaitre de profondes mutations sous l’effet conjugué de la robotisation et de la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Les systèmes de collecte et d’analyse des données massives et multi-structurées permettent d’ores et déjà d’optimiser des processus complexes et de construire des prévisions très fiables. En se généralisant, ces systèmes vont élargir leur spectre fonctionnel et vont devenir accessibles à toutes les entreprises, quel que soit leur taille et leur secteur. Il n’existera plus de domaine réservé à la seule expertise humaine. Les études prospectives affirment que plus de la moitié des métiers des années 2030 n’existent pas encore mais qu’ils devraient privilégier la créativité et l’intelligence collective ou émotionnelle (*).

Les grands acteurs de l’économie numérique occupent désormais des positions stratégiques sur l’échiquier mondial. En termes d’influence, ils sont en mesure de concurrencer très directement les Etats dans leurs politiques publiques et industrielles. Si l’on additionne les valeurs de capitalisations boursières des quinze premières sociétés du numérique (**), dans le classement mondial, on obtient exactement la valeur du PIB-2015 de la France, soit 2400 milliards de dollars. Cette puissance financière transforme la texture économique mondiale. Elle agit aussi comme un moteur de l’innovation et du progrès scientifique lorsque les bénéfices sont redirigés vers les départements de recherche et développement de ces grands groupes ou vers des laboratoires publics partenaires.

Les dispositifs nationaux d’accompagnement à la création d’entreprise ont montré toute leur efficacité. Ainsi, la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) soutient une FrenchTech particulièrement dynamique et reconnue à l’international. Sa devise « Servir l’avenir » s’inscrit dans une volonté affirmée de faire émerger les champions de demain, de l’amorçage jusqu’à la cotation en bourse. La cuvée 2016 des innovateurs de moins de 35 ans décernée par le MIT Technology Review*** vient de récompenser, dans la catégorie France, dix créateurs de startups extrêmement prometteuses, confirmant une fois de plus l’excellence de l’innovation à la française.

De nouveaux écosystèmes à très haut potentiel technologique émergent sur tous les continents, depuis la Silicon Valley californienne, la Start-up nation israélienne, la Fintech Londonienne ou la Health Valley en Suisse Romande. Ces îlots d’intense innovation agissent comme de véritables réacteurs, producteurs de croissance et de richesse pour les Etats qui les hébergent. La France a souhaité la création en 2014 du pôle technologique Paris Saclay et de l’Université Paris Saclay, réunissant au sein d’un grand hub deux universités, une dizaine de grandes écoles et sept organismes de recherche. Cette construction devrait atteindre une taille critique suffisante pour concurrencer des structures de recherche et de formation de haut niveau comme l’Université de Stanford, le Caltech ou le MIT.

De grandes sociétés françaises contribuent à la construction et au rayonnement du pôle Paris Saclay, notamment en tant que partenaires de la Chaire « Data Scientist » créée en octobre 2014 à l’Ecole polytechnique et qui forme aujourd’hui les nouveaux bataillons d’experts de l’analyse des données (Data & Computer Sciences). De la même façon, la Chaire « Machine Learning for Big Data » créée par Télécom ParisTech répond aux besoins des entreprises en Big Data avec une offre de formation très large. A l’international, ces mêmes sociétés ont su s’associer avec les plus grands centres de recherche (comme l’Université de Cambridge), pour proposer à leurs clients des modèles prédictifs d’analyse des données émotionnelles (Feel Data Sciences) et comportementales (Computational Behavioural Sciences) toujours plus pertinents.

Ce type de coopération entre le secteur privé et des centres de recherche et d’enseignement académique représente aujourd’hui pour la France le meilleur vecteur d’innovation, d’incubation et d’entreprenariat. C’est le modèle le plus pertinent pour réussir sa transformation numérique et relever ainsi les défis complexes de la convergence NBIC.

 

 

(*) Rapport Wagepoint  (infographie) , « Jobs in the Future – The Career Path of Generation Y & Z » , Canada, 2013 ; 

http://blog.wagepoint.com/h/i/70994661-jobs-in-the-future-the-career-path-of-generation-y-z-infographic

(**) Global Top 100 Companies by market capitalisation – Pwc, 31 march 2015 update, pp 40

https://www.pwc.com/gx/en/audit-services/capital-market/publications/assets/document/pwc-global-top-100-march-update.pdf

(***) MIT Technology Review – Innovators under 35

http://www.innovatorsunder35.com/innovators-under-35-france

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La France, nouveau berceau des entrepreneurs numériques ! Eric Cohen, Fondateur & PDG de Keyrus

Nairobi, the capital city of Kenya. Afrcia. 30th mai, 2016

A l’époque des grands explorateurs, la préparation d’une expédition était parsemée d’obstacles et de raisons objectives pour renoncer au projet. La traversée d’un océan s’avérait toujours incertaine, mouvementée, chaotique mais la promesse de territoires inexplorés décuplait les forces et fédérait les énergies. L’acceptation du risque par un petit nombre d’aventuriers visionnaires faisait de cette période l’une des plus fécondes en termes de découvertes, de création de richesses et de valeur. Nous vivons aujourd’hui une situation très similaire avec de nouveaux territoires à conquérir, virtuels, abstraits ou numériques, à la croisée de l’homme, de la machine et de son évolution. Si les risques ne sont plus les mêmes, les enjeux de cette exploration conservent une dimension universelle.

Les NBIC (Nanotechnologies, Biotechnologies, Informatique, sciences Cognitives) offrent autant de territoires vierges à découvrir dont on ne perçoit aujourd’hui que les premiers rivages. Désormais, les nouveaux explorateurs sont les inventeurs, les chercheurs et les entrepreneurs. Cinq siècles après l’époque des grandes découvertes de Christophe Colomb, de Vasco de Gama, et de Fernand de Magellan, ce sont finalement la même audace, le même esprit d’aventure et une certaine soif de conquête qui permettent de conduire un projet, de construire une entreprise et de la pérenniser.

Notre siècle sera celui de la maitrise de l’Information et de l’Intelligence Artificielle. Nous ressentons dès à présent les effets de cette innovation numérique qui marque une rupture darwinienne sur notre échelle évolutive. La convergence des technologies NBIC nous procure de nouvelles clés pour maitriser notre destin et pour augmenter nos capacités d’actions et de compréhension du réel. Elle réduit également la part d’aléatoire qui a jusqu’à présent dirigé l’évolution d’Homo Sapiens. En impactant tous les secteurs de l’activité humaine, la transformation numérique bouleverse les équilibres économiques, sociologiques et géopolitiques. La médecine, l’enseignement, le secteur juridique, la défense et la sécurité, la finance, le marketing ou le journalisme… vont connaitre de profondes mutations sous l’effet conjugué de la robotisation et de la montée en puissance de l’intelligence artificielle.

Les systèmes de collecte et d’analyse des données massives et multi-structurées permettent d’ores et déjà d’optimiser des processus complexes et de construire des prévisions très fiables. En se généralisant, ces systèmes vont élargir leur spectre fonctionnel et vont devenir accessibles à toutes les entreprises, quel que soit leur taille et leur secteur. Il n’existera plus de domaine réservé à la seule expertise humaine. Les études prospectives affirment que plus de la moitié des métiers des années 2030 n’existent pas encore mais qu’ils devraient privilégier la créativité et l’intelligence collective ou émotionnelle (*).

Les grands acteurs de l’économie numérique occupent désormais des positions stratégiques sur l’échiquier mondial. En termes d’influence, ils sont en mesure de concurrencer très directement les Etats dans leurs politiques publiques et industrielles. Si l’on additionne les valeurs de capitalisations boursières des quinze premières sociétés du numérique (**), dans le classement mondial, on obtient exactement la valeur du PIB-2015 de la France, soit 2400 milliards de dollars. Cette puissance financière transforme la texture économique mondiale. Elle agit aussi comme un moteur de l’innovation et du progrès scientifique lorsque les bénéfices sont redirigés vers les départements de recherche et développement de ces grands groupes ou vers des laboratoires publics partenaires.

Les dispositifs nationaux d’accompagnement à la création d’entreprise ont montré toute leur efficacité. Ainsi, la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance) soutient une FrenchTech particulièrement dynamique et reconnue à l’international. Sa devise « Servir l’avenir » s’inscrit dans une volonté affirmée de faire émerger les champions de demain, de l’amorçage jusqu’à la cotation en bourse. La cuvée 2016 des innovateurs de moins de 35 ans décernée par le MIT Technology Review*** vient de récompenser, dans la catégorie France, dix créateurs de startups extrêmement prometteuses, confirmant une fois de plus l’excellence de l’innovation à la française.

De nouveaux écosystèmes à très haut potentiel technologique émergent sur tous les continents, depuis la Silicon Valley californienne, la Start-up nation israélienne, la Fintech Londonienne ou la Health Valley en Suisse Romande. Ces îlots d’intense innovation agissent comme de véritables réacteurs, producteurs de croissance et de richesse pour les Etats qui les hébergent. La France a souhaité la création en 2014 du pôle technologique Paris Saclay et de l’Université Paris Saclay, réunissant au sein d’un grand hub deux universités, une dizaine de grandes écoles et sept organismes de recherche. Cette construction devrait atteindre une taille critique suffisante pour concurrencer des structures de recherche et de formation de haut niveau comme l’Université de Stanford, le Caltech ou le MIT.

De grandes sociétés françaises contribuent à la construction et au rayonnement du pôle Paris Saclay, notamment en tant que partenaires de la Chaire « Data Scientist » créée en octobre 2014 à l’Ecole polytechnique et qui forme aujourd’hui les nouveaux bataillons d’experts de l’analyse des données (Data & Computer Sciences). De la même façon, la Chaire « Machine Learning for Big Data » créée par Télécom ParisTech répond aux besoins des entreprises en Big Data avec une offre de formation très large. A l’international, ces mêmes sociétés ont su s’associer avec les plus grands centres de recherche (comme l’Université de Cambridge), pour proposer à leurs clients des modèles prédictifs d’analyse des données émotionnelles (Feel Data Sciences) et comportementales (Computational Behavioural Sciences) toujours plus pertinents.

Ce type de coopération entre le secteur privé et des centres de recherche et d’enseignement académique représente aujourd’hui pour la France le meilleur vecteur d’innovation, d’incubation et d’entreprenariat. C’est le modèle le plus pertinent pour réussir sa transformation numérique et relever ainsi les défis complexes de la convergence NBIC.

 

 

(*) Rapport Wagepoint  (infographie) , « Jobs in the Future – The Career Path of Generation Y & Z » , Canada, 2013 ; 

http://blog.wagepoint.com/h/i/70994661-jobs-in-the-future-the-career-path-of-generation-y-z-infographic

(**) Global Top 100 Companies by market capitalisation – Pwc, 31 march 2015 update, pp 40

https://www.pwc.com/gx/en/audit-services/capital-market/publications/assets/document/pwc-global-top-100-march-update.pdf

(***) MIT Technology Review – Innovators under 35

http://www.innovatorsunder35.com/innovators-under-35-france

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