Yahoo! le rachat qui fait mal – Par Frédéric Ichay, avocat associé Pinsent Masons

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Depuis plusieurs mois, la disparition programmée de Yahoo a attiré au total la curiosité d’une quarantaine de sociétés -AT&T, Time Inc., Disney, la filiale de Google Alphabet, Bain Capital – ayant manifesté leur intérêt dans la reprise du pionnier d’internet, encore troisième service en ligne le plus populaire après Google et Facebook.

Finalement, seul le numéro un américain des télécoms Verizon déposera une offre. Du côté de Yahoo, tout doit disparaître, depuis ses immeubles, ses brevets, sa régie publicitaire, son moteur de recherche et réseau social Tumblr jusqu’aux fondamentaux comme le portail internet, ou le site mail.

La cause de cette braderie n’est autre qu’un chiffre d’affaires à la baisse. En effet, la PDG Marissa Mayers était attendue pour redresser la société mais la chute est sévère : en 2016, l’entreprise anticipe une baisse de 15% de son chiffre d’affaires. Malgré ce danger, l’intérêt des racheteurs est au rendez-vous car le potentiel de Yahoo, avec ses 200 millions de visiteurs uniques par mois, n’est pas négligeable.

Depuis le début, Verizon partait favori pour deux raisons: d’une part, l’opérateur américain exerce dans un domaine distinct et en conséquence risque peu d’être bridé par les autorités de la concurrence. D’autre part, ce géant possède la capacité financière d’assumer un tel rachat, comme cela a été évalué par un analyste de la firme Suntrust à 8 milliards de dollars. Si l’opération devait avoir lieu, 40% des effectifs devraient disparaitre – en particulier chez les commerciaux et l’administratif – pour économiser 2 milliards d’euros.

L’an dernier déjà, la société avait acheté AOL, autre pilier d’internet déchu, pour 4,4 milliards d’euros. L’essentiel à retenir de cette opération est donc que le rachat de Yahoo marque une nouvelle étape de la politique de renouvellement qu’adopte Verizon: son cœur de métier– la téléphonie fixe est mobile- n’est plus suffisante, les profits se réduisent et la société souhaite prendre le tournant du digital, de la publicité et du contenu numérique.

Ce même tournant aurait dû être adopté par AOL et Yahoo, mais Verizon possède un avantage grâce à son accès aux données sur les consommateurs au travers de leur activité de téléphonie mobile. En conséquence, Verizon peut espérer bénéficier de ces informations pour améliorer son ciblage publicitaire et augmenter ses tarifs. Ce ciblage publicitaire fait partie du succès de Google et Facebook. Verizon, devra donc faire face à de nouveaux compétiteurs, dont l’activité est plus précise, dont les technologies sont plus avancées, et dont la dominance est indubitable. Le pari est audacieux mais pas irréaliste : les données de nos téléphones pourraient donner l’avantage à Verizon, un avantage qu’AOL et Yahoo n’avaient pas.

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Yahoo! le rachat qui fait mal – Par Frédéric Ichay, avocat associé Pinsent Masons

tower-414037_640 21st avril, 2016

Depuis plusieurs mois, la disparition programmée de Yahoo a attiré au total la curiosité d’une quarantaine de sociétés -AT&T, Time Inc., Disney, la filiale de Google Alphabet, Bain Capital – ayant manifesté leur intérêt dans la reprise du pionnier d’internet, encore troisième service en ligne le plus populaire après Google et Facebook.

Finalement, seul le numéro un américain des télécoms Verizon déposera une offre. Du côté de Yahoo, tout doit disparaître, depuis ses immeubles, ses brevets, sa régie publicitaire, son moteur de recherche et réseau social Tumblr jusqu’aux fondamentaux comme le portail internet, ou le site mail.

La cause de cette braderie n’est autre qu’un chiffre d’affaires à la baisse. En effet, la PDG Marissa Mayers était attendue pour redresser la société mais la chute est sévère : en 2016, l’entreprise anticipe une baisse de 15% de son chiffre d’affaires. Malgré ce danger, l’intérêt des racheteurs est au rendez-vous car le potentiel de Yahoo, avec ses 200 millions de visiteurs uniques par mois, n’est pas négligeable.

Depuis le début, Verizon partait favori pour deux raisons: d’une part, l’opérateur américain exerce dans un domaine distinct et en conséquence risque peu d’être bridé par les autorités de la concurrence. D’autre part, ce géant possède la capacité financière d’assumer un tel rachat, comme cela a été évalué par un analyste de la firme Suntrust à 8 milliards de dollars. Si l’opération devait avoir lieu, 40% des effectifs devraient disparaitre – en particulier chez les commerciaux et l’administratif – pour économiser 2 milliards d’euros.

L’an dernier déjà, la société avait acheté AOL, autre pilier d’internet déchu, pour 4,4 milliards d’euros. L’essentiel à retenir de cette opération est donc que le rachat de Yahoo marque une nouvelle étape de la politique de renouvellement qu’adopte Verizon: son cœur de métier– la téléphonie fixe est mobile- n’est plus suffisante, les profits se réduisent et la société souhaite prendre le tournant du digital, de la publicité et du contenu numérique.

Ce même tournant aurait dû être adopté par AOL et Yahoo, mais Verizon possède un avantage grâce à son accès aux données sur les consommateurs au travers de leur activité de téléphonie mobile. En conséquence, Verizon peut espérer bénéficier de ces informations pour améliorer son ciblage publicitaire et augmenter ses tarifs. Ce ciblage publicitaire fait partie du succès de Google et Facebook. Verizon, devra donc faire face à de nouveaux compétiteurs, dont l’activité est plus précise, dont les technologies sont plus avancées, et dont la dominance est indubitable. Le pari est audacieux mais pas irréaliste : les données de nos téléphones pourraient donner l’avantage à Verizon, un avantage qu’AOL et Yahoo n’avaient pas.

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