La mémoire par l’écrit : un devoir pour l’humanité | Nathalie MIOSSEC, Secrétaire Générale de Xplor France

Various note papers on computer monitor, on white background

Qu’allons-nous transmettre aux générations futures, quelles informations, sur quel support, dans quel format ? Il semble important de se poser la question de la transmission, de la mémoire, de notre histoire.

L’art de l’écrit est-il encore le bon « format » ?

Car il s’agit bien d’un art. L’art de communiquer. Lien essentiel entre les hommes. Transmettre, au commencement, par la parole, puis pour les besoins de diffusion de la mémoire, par l’écrit.

L’histoire, l’art de la communication, ont mis plus de 5 000 ans pour passer des parois des cavernes  (il est vrai peu adaptées à la mobilité) aux écrans… Mais l’essentiel n’est-il pas de transmette un message écrit ? Et finalement, peu importe le support tant que le contenu est conservé et préservé intacte. L’essentiel pour les générations d’aujourd’hui et à venir c’est bien l’accès à la mémoire, au message transmis. Notre génération a vécu la naissance de l’écran, et avec lui un nouveau monde « des possibles » dont l’exploration continue encore aujourd’hui.

Souvenez-vous ! Il y a quelques siècles une autre génération avait vu naître le papier, et avec lui un nouveau monde des possibles… Alors même que certains imaginaient le remplacement total du papier par l’écran, d’autres lui prédisaient une fin funeste. Mais le papier résiste !

Do not forget memo in a office

Transmission, histoire ; nos racines, nos origines… La mémoire un devoir pour l’humanité

Pourquoi cherchons-nous à préserver Lascaux en la copiant ? Pourquoi numérisons-nous, enluminures, livres, encyclopédies, pour conserver les originaux dans des lieux préservés et sécurisés ?

Tout simplement pour construire l’avenir, pour transmettre à chacun une mémoire. Nous avançons en capitalisant sur les connaissances acquises par ceux qui nous ont précédés. Nos générations ont acquis le savoir-faire, l’art de l’écrit, l’art de la communication. Acquérir ces connaissances, se fait à partir de l’accès aux textes et dessins laissés par les anciens. Cet accès est rendu possible par les nouvelles technologies au fil du temps.  La numérisation a enfin ouvert au plus grand nombre ce qui était jusque-là réservé à de petits cercles d’experts. Nous avons appris à stocker et gérer des données, à les sécuriser, nous avons développé des moyens d’échanges, bref, à transformer pour mémoriser et transmettre.

Le monde à portée de « clic », facile !

Facile, l’accès aux livres précieux. Facile, l’accès aux écrits et dessins des anciens. Facile, l’accès aux écrits de chacun… Mais, pour rendre « facile » l’accès aux écrits nous avons développé des systèmes complexes. Et pour rendre cette accessibilité « facile », nous avons déplacé les coûts. Ils sont passés du support à la gestion de l’écrit, des données. Les coûts jusque-là portés par le seul support, le papier, sont désormais déportés, tout ou partie, sur le digital.

Le document devient un assemblage dynamique de composants (textes, données, images, etc.) fixes ou issus du système d’information, stockés dans un dictionnaire unique. Il doit être adapté au média dans sa forme et son contenu pour profiter des fonctionnalités disponibles selon le média du lecteur (PC, tablette, smartphone, papier, etc.). L’objectif est la personnalisation de la relation utilisateur. Le document doit pouvoir être produit immédiatement, sur mesure, et sans augmentation de coût. Le producteur de l’information supporte le coût de la complexité du système d’information qui génère la présentation de l’information en fonction du média.

Les technologies actuelles de lien entre un support papier et un support écran, reposent essentiellement sur les QR codes. Demain, la gestion d’index et chaines de données (Hot Spot) permettront de les remplacer, tout en offrant plus de possibilités d’affichages et/ou d’enrichissements. Aujourd’hui encore, nous concevons le papier pour son format définitif, avec des éléments textes, des graphes, des images et de la couleur. Ne devrions-nous pas envisager la mise en page de la donnée enrichie du service ? A chaque information, une action associée. Que dois-je faire avec cette information ? Que puis-je faire de cette information ? Il s’agit non plus de concevoir une information statique figée, mais une information dynamique, enrichie, bref « augmentée ». Autrement dit, les moyens de conception et de composition internes ou déportés, permettront de concevoir des documents personnalisés, en fonction des choix du lecteur (applications en mode VRM – Vendor Relationship Management).

Le Numérique conduit des connaissances et savoir-faire différents. Nos ainés avaient acquis la maîtrise de la communication sur un support stabilisé, le papier, notre génération est en passe de maîtriser la transmission, la communication.

Ce sont ces savoir-faire différents qui sont les principaux sujets traités par l’association Xplor au cours de ces petits déjeuners et ces ‘Afters’ et qui seront traités les 5 et 6 avril 2016 au cours de quatre conférences animés par les experts du domaine.

Pour autant, le risque, ou le piège, serait de laisser croire aux générations futures que l’écrit est « facile », car l’accès via écran est simple. L’art de la communication écrite n’est pas « facile », et plus les supports (media de restitution) sont multiples, plus cet art est difficile.

Les coûts de transmission semblent dans un premier temps plus faibles, car ils sont récurrents dans le temps. Lorsqu’il s’agissait d’imprimer un texte sur un papier et de le conserver sur une étagère même bien protégée, le coût était unique, certes important et visible, mais unique. Désormais les coûts d’enregistrement et de sauvegarde des contenus textuels semblent moins importants car on ne voit que les coûts initiaux, mais les coûts de conservation, de stockage, de gestion des migrations de support et/ou des conversions de format des objets dans le temps, ne doivent pas être pour autant négligés, car ils ne sont et ne seront pas négligeables.

Revenons un tout petit instant sur la COP21. L’énergie nécessaire à la conservation des données imprimées sur le papier, intervient au moment de la création, mais l’énergie nécessaire à la conservation des données digitalisées, intervient aussi longtemps que la données doit être conservée, pendant des années.

Nous transmettons, certes, une information « facile » d’accès, mais à quel prix partageons nous cette mémoire ?

Au début de ce texte nous évoquions l’écrit comme un moyen de communication entre les hommes, mais également un moyen d’échanges. Comment imaginer que l’avenir ne réserve pas une place au papier, une place, de fait, différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Nos générations ont appris à maîtriser l’art de composition sur papier, pour preuve la quantité incroyable d’images TIFF ou PDF A4 publiées, échangées et stockées. L’art de la composition nous amène aujourd’hui à élargir nos compétences vers la composition numérique, avec ses règles et ses normes.

Il ne s’agit plus de remplacer, mais d’élargir l’univers des possibles. Les besoins de transmission, de mémoire, semblent croître avec les nouvelles possibilités. Le papier ne suffirait plus aujourd’hui à répondre à cette demande, l’écran vient donc compléter, et donc renforcer le besoin de connaissance.

Le papier valorise l’écran, et inversement. Le papier comme support du texte « précieux », important, des valeurs à transmettre. Au commencement le papier était le support précieux des textes importants, et si nous faisions un retour aux sources ?

 

A travers ces quelques lignes, il s’agissait de transmettre une certaine idée sur l’avenir de l’écrit, dont la forme et le support restent à imaginer. Le message transmis reste et restera au cœur de la transmission de la mémoire.

C’est difficile pour certains (comme moi) de faire passer une émotion à travers un clavier et un écran. Les mots me semblent bien trop sérieux dans cet article, un jour peut-être nous retrouverons le moyen de transcrire nos émotions via le numérique !

Pour toutes ces raisons, j’ai envie de vous dire : « Ne brûlons pas trop vite nos papiers… »

NathalieMiossecNathalie MIOSSEC, Secrétaire Générale de Xplor France

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La mémoire par l’écrit : un devoir pour l’humanité | Nathalie MIOSSEC, Secrétaire Générale de Xplor France

Various note papers on computer monitor, on white background 6th mars, 2016

Qu’allons-nous transmettre aux générations futures, quelles informations, sur quel support, dans quel format ? Il semble important de se poser la question de la transmission, de la mémoire, de notre histoire.

L’art de l’écrit est-il encore le bon « format » ?

Car il s’agit bien d’un art. L’art de communiquer. Lien essentiel entre les hommes. Transmettre, au commencement, par la parole, puis pour les besoins de diffusion de la mémoire, par l’écrit.

L’histoire, l’art de la communication, ont mis plus de 5 000 ans pour passer des parois des cavernes  (il est vrai peu adaptées à la mobilité) aux écrans… Mais l’essentiel n’est-il pas de transmette un message écrit ? Et finalement, peu importe le support tant que le contenu est conservé et préservé intacte. L’essentiel pour les générations d’aujourd’hui et à venir c’est bien l’accès à la mémoire, au message transmis. Notre génération a vécu la naissance de l’écran, et avec lui un nouveau monde « des possibles » dont l’exploration continue encore aujourd’hui.

Souvenez-vous ! Il y a quelques siècles une autre génération avait vu naître le papier, et avec lui un nouveau monde des possibles… Alors même que certains imaginaient le remplacement total du papier par l’écran, d’autres lui prédisaient une fin funeste. Mais le papier résiste !

Do not forget memo in a office

Transmission, histoire ; nos racines, nos origines… La mémoire un devoir pour l’humanité

Pourquoi cherchons-nous à préserver Lascaux en la copiant ? Pourquoi numérisons-nous, enluminures, livres, encyclopédies, pour conserver les originaux dans des lieux préservés et sécurisés ?

Tout simplement pour construire l’avenir, pour transmettre à chacun une mémoire. Nous avançons en capitalisant sur les connaissances acquises par ceux qui nous ont précédés. Nos générations ont acquis le savoir-faire, l’art de l’écrit, l’art de la communication. Acquérir ces connaissances, se fait à partir de l’accès aux textes et dessins laissés par les anciens. Cet accès est rendu possible par les nouvelles technologies au fil du temps.  La numérisation a enfin ouvert au plus grand nombre ce qui était jusque-là réservé à de petits cercles d’experts. Nous avons appris à stocker et gérer des données, à les sécuriser, nous avons développé des moyens d’échanges, bref, à transformer pour mémoriser et transmettre.

Le monde à portée de « clic », facile !

Facile, l’accès aux livres précieux. Facile, l’accès aux écrits et dessins des anciens. Facile, l’accès aux écrits de chacun… Mais, pour rendre « facile » l’accès aux écrits nous avons développé des systèmes complexes. Et pour rendre cette accessibilité « facile », nous avons déplacé les coûts. Ils sont passés du support à la gestion de l’écrit, des données. Les coûts jusque-là portés par le seul support, le papier, sont désormais déportés, tout ou partie, sur le digital.

Le document devient un assemblage dynamique de composants (textes, données, images, etc.) fixes ou issus du système d’information, stockés dans un dictionnaire unique. Il doit être adapté au média dans sa forme et son contenu pour profiter des fonctionnalités disponibles selon le média du lecteur (PC, tablette, smartphone, papier, etc.). L’objectif est la personnalisation de la relation utilisateur. Le document doit pouvoir être produit immédiatement, sur mesure, et sans augmentation de coût. Le producteur de l’information supporte le coût de la complexité du système d’information qui génère la présentation de l’information en fonction du média.

Les technologies actuelles de lien entre un support papier et un support écran, reposent essentiellement sur les QR codes. Demain, la gestion d’index et chaines de données (Hot Spot) permettront de les remplacer, tout en offrant plus de possibilités d’affichages et/ou d’enrichissements. Aujourd’hui encore, nous concevons le papier pour son format définitif, avec des éléments textes, des graphes, des images et de la couleur. Ne devrions-nous pas envisager la mise en page de la donnée enrichie du service ? A chaque information, une action associée. Que dois-je faire avec cette information ? Que puis-je faire de cette information ? Il s’agit non plus de concevoir une information statique figée, mais une information dynamique, enrichie, bref « augmentée ». Autrement dit, les moyens de conception et de composition internes ou déportés, permettront de concevoir des documents personnalisés, en fonction des choix du lecteur (applications en mode VRM – Vendor Relationship Management).

Le Numérique conduit des connaissances et savoir-faire différents. Nos ainés avaient acquis la maîtrise de la communication sur un support stabilisé, le papier, notre génération est en passe de maîtriser la transmission, la communication.

Ce sont ces savoir-faire différents qui sont les principaux sujets traités par l’association Xplor au cours de ces petits déjeuners et ces ‘Afters’ et qui seront traités les 5 et 6 avril 2016 au cours de quatre conférences animés par les experts du domaine.

Pour autant, le risque, ou le piège, serait de laisser croire aux générations futures que l’écrit est « facile », car l’accès via écran est simple. L’art de la communication écrite n’est pas « facile », et plus les supports (media de restitution) sont multiples, plus cet art est difficile.

Les coûts de transmission semblent dans un premier temps plus faibles, car ils sont récurrents dans le temps. Lorsqu’il s’agissait d’imprimer un texte sur un papier et de le conserver sur une étagère même bien protégée, le coût était unique, certes important et visible, mais unique. Désormais les coûts d’enregistrement et de sauvegarde des contenus textuels semblent moins importants car on ne voit que les coûts initiaux, mais les coûts de conservation, de stockage, de gestion des migrations de support et/ou des conversions de format des objets dans le temps, ne doivent pas être pour autant négligés, car ils ne sont et ne seront pas négligeables.

Revenons un tout petit instant sur la COP21. L’énergie nécessaire à la conservation des données imprimées sur le papier, intervient au moment de la création, mais l’énergie nécessaire à la conservation des données digitalisées, intervient aussi longtemps que la données doit être conservée, pendant des années.

Nous transmettons, certes, une information « facile » d’accès, mais à quel prix partageons nous cette mémoire ?

Au début de ce texte nous évoquions l’écrit comme un moyen de communication entre les hommes, mais également un moyen d’échanges. Comment imaginer que l’avenir ne réserve pas une place au papier, une place, de fait, différente de celle que nous connaissons aujourd’hui. Nos générations ont appris à maîtriser l’art de composition sur papier, pour preuve la quantité incroyable d’images TIFF ou PDF A4 publiées, échangées et stockées. L’art de la composition nous amène aujourd’hui à élargir nos compétences vers la composition numérique, avec ses règles et ses normes.

Il ne s’agit plus de remplacer, mais d’élargir l’univers des possibles. Les besoins de transmission, de mémoire, semblent croître avec les nouvelles possibilités. Le papier ne suffirait plus aujourd’hui à répondre à cette demande, l’écran vient donc compléter, et donc renforcer le besoin de connaissance.

Le papier valorise l’écran, et inversement. Le papier comme support du texte « précieux », important, des valeurs à transmettre. Au commencement le papier était le support précieux des textes importants, et si nous faisions un retour aux sources ?

 

A travers ces quelques lignes, il s’agissait de transmettre une certaine idée sur l’avenir de l’écrit, dont la forme et le support restent à imaginer. Le message transmis reste et restera au cœur de la transmission de la mémoire.

C’est difficile pour certains (comme moi) de faire passer une émotion à travers un clavier et un écran. Les mots me semblent bien trop sérieux dans cet article, un jour peut-être nous retrouverons le moyen de transcrire nos émotions via le numérique !

Pour toutes ces raisons, j’ai envie de vous dire : « Ne brûlons pas trop vite nos papiers… »

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