Mettre en œuvre la Loi de Santé sans attraper la migraine|Par Gilles Lavalou, président de NQI, et Paul Maître, consultant associé chez Easis Consulting

La loi de Santé qui nous a tant mobilisés a été votée en décembre et, le 1ier janvier,  la France est passée de 30 à 13 Agences Régionales de Santé (ARS). Cela implique des changements majeurs. Malheureusement, contraints par des budgets considérés comme de véritables « ressources rares », les acteurs des Systèmes d’Information (SI) dans la Santé disposent de faibles marges de manœuvre pour élaborer leurs projets et suivre les grandes transitions en cours.

Santé : de lourds changements entamés 

La Santé vit une transition organisationnelle majeure.

L’un des objectifs de la nouvelle loi est de voir apparaître une médecine de parcours imposant aux structures de ne plus rester isolées mais de fonctionner en synergie grâce au support de structures dédiées à la coordination des parcours.

Le 1ier janvier 2016,  résultat de la naissance des grandes régions, les Agences Régionales de Santé (ARS) sont passées de 30 à 13 dans tout le pays. Une seule ARS supervise désormais le système de santé d’une super région. A partir de mi 2016, seront créés des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) dans tout l’Hexagone. Ces derniers sont le fruit de la réorganisation territoriale orchestrée par l’Etat. Ces nouvelles entités regroupent chacune plusieurs hôpitaux publics en leur sein et font par conséquent face à un réel enjeu de mutualisation.  Ces évolutions majeures engendreront de multiples changements qui devront être étalés sur plusieurs années pour être correctement « digérés » et orchestrés.

La digitalisation : maître-mot d’évolutions structurantes à venir

La mise en place des parcours de Santé s’accompagne de SI capables de faciliter une version « digitale » du parcours incluant  la coopération entre acteurs, la relation entre professionnels et usagers et la supervision de l’ensemble. L’exploitation des données dans la prise de décisions fait l’objet d’une attention toute particulière. Pour innover, l’assurance maladie, les mutualistes et le Ministère de la Santé désirent par exemple partager davantage d’informations concernant la santé publique : consommation de médicaments, volume d’actes médicaux pratiqués,…

Quels impacts concrets aura la Loi de Santé sur le SI et les GHT ? 

1. La coopération entre établissements au cœur des GHT

Dans un premier temps, les acteurs composant chacun des GHT doivent partager un schéma directeur commun en rapprochant les outils semblables et en mettant en place des gouvernances communes sur les projets et le portefeuille de projets. Plus tard, il sera stratégique de rapprocher les équipes pour des raisons propres aux ressources humaines et à la ventilation des compétences. La convergence des outils en tant que telle peut ensuite se faire sur trois ou quatre ans.

2. La mutualisation des SI

Des milliers d’établissements publics seront regroupés en quelques 300 GHT ce qui signifie que les SI de 2, 3 voire 4 établissements devront fusionner pour fonctionner uniformément ensemble. Et cela nécessite une organisation et une coopération rigoureuse…

Chaque grande région devra créer des outils SI communs pour harmoniser le parcours de soin, le portail d’accès aux services etc. Le 1ier janvier 2016, 13 ARS de grandes tailles sont nées de la fusion des agences régionales. Ce changement d’échelle va inciter ces dernières à mettre en commun le portefeuille de projets et à réviser leur stratégie SI pour lancer une nouvelle dynamique à horizon 2017. A l’échelle nationale, l’assurance maladie mènera le déploiement du dossier médical partagé (DMP). La Loi de Santé promeut aujourd’hui cette approche parcours et la télémédecine.

3. L’interopérabilité des SI

La coopération entre établissements ne sera possible et développée que si les SI peuvent échanger et partager des informations de manière fluide pour les utilisateurs. Il s’agit donc de redoubler d’efforts pour assurer l’interopérabilité des systèmes tant d’un point de vue sémantique que d’un point de vue technique.

Du temps et des moyens pour une intégration sans douleur

L’Etat présente une loi clé. Cette dernière exige une déclinaison stratégique non seulement de la part des ARS mais aussi des futurs GHT, déclinaison stratégique qu’il sera nécessaire de synchroniser. Avant d’engager de nouvelles démarches, la première étape à ne pas négliger est celle de l’alignement des projets avec les objectifs stratégiques définis dans les plans. Il est vital de concentrer les ressources budgétaires et humaines sur les projets clés afin de maximiser les chances de réussite.

En termes d’outils et d’accompagnement, l’Etat travaille avec des agences sur la déclinaison des stratégies de l’Etat auprès des régions et des établissements de santé et avec des entités privées sur la partie propre au SI. C’est l’un des challenges majeurs de ces changements fondamentaux : trouver des compétences en conception de systèmes d’informations, en conduite du changement, en conduite de projet et en gestion de portefeuille projets.

Et ensuite ?

La Loi de Santé marque le début d’une révolution. Compte-tenu des orientations récemment prises par les acteurs du secteur, il est probable que la prochaine étape soit une implication plus forte des individus sur leur santé et sur le système de santé. Comme dans le secteur bancaire, ces derniers pourraient avoir accès à leurs données et recevoir directement des préconisations sur ce qu’ils doivent faire. Le patient de demain sera réellement acteur de sa santé.

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Mettre en œuvre la Loi de Santé sans attraper la migraine|Par Gilles Lavalou, président de NQI, et Paul Maître, consultant associé chez Easis Consulting

7th janvier, 2016

La loi de Santé qui nous a tant mobilisés a été votée en décembre et, le 1ier janvier,  la France est passée de 30 à 13 Agences Régionales de Santé (ARS). Cela implique des changements majeurs. Malheureusement, contraints par des budgets considérés comme de véritables « ressources rares », les acteurs des Systèmes d’Information (SI) dans la Santé disposent de faibles marges de manœuvre pour élaborer leurs projets et suivre les grandes transitions en cours.

Santé : de lourds changements entamés 

La Santé vit une transition organisationnelle majeure.

L’un des objectifs de la nouvelle loi est de voir apparaître une médecine de parcours imposant aux structures de ne plus rester isolées mais de fonctionner en synergie grâce au support de structures dédiées à la coordination des parcours.

Le 1ier janvier 2016,  résultat de la naissance des grandes régions, les Agences Régionales de Santé (ARS) sont passées de 30 à 13 dans tout le pays. Une seule ARS supervise désormais le système de santé d’une super région. A partir de mi 2016, seront créés des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) dans tout l’Hexagone. Ces derniers sont le fruit de la réorganisation territoriale orchestrée par l’Etat. Ces nouvelles entités regroupent chacune plusieurs hôpitaux publics en leur sein et font par conséquent face à un réel enjeu de mutualisation.  Ces évolutions majeures engendreront de multiples changements qui devront être étalés sur plusieurs années pour être correctement « digérés » et orchestrés.

La digitalisation : maître-mot d’évolutions structurantes à venir

La mise en place des parcours de Santé s’accompagne de SI capables de faciliter une version « digitale » du parcours incluant  la coopération entre acteurs, la relation entre professionnels et usagers et la supervision de l’ensemble. L’exploitation des données dans la prise de décisions fait l’objet d’une attention toute particulière. Pour innover, l’assurance maladie, les mutualistes et le Ministère de la Santé désirent par exemple partager davantage d’informations concernant la santé publique : consommation de médicaments, volume d’actes médicaux pratiqués,…

Quels impacts concrets aura la Loi de Santé sur le SI et les GHT ? 

1. La coopération entre établissements au cœur des GHT

Dans un premier temps, les acteurs composant chacun des GHT doivent partager un schéma directeur commun en rapprochant les outils semblables et en mettant en place des gouvernances communes sur les projets et le portefeuille de projets. Plus tard, il sera stratégique de rapprocher les équipes pour des raisons propres aux ressources humaines et à la ventilation des compétences. La convergence des outils en tant que telle peut ensuite se faire sur trois ou quatre ans.

2. La mutualisation des SI

Des milliers d’établissements publics seront regroupés en quelques 300 GHT ce qui signifie que les SI de 2, 3 voire 4 établissements devront fusionner pour fonctionner uniformément ensemble. Et cela nécessite une organisation et une coopération rigoureuse…

Chaque grande région devra créer des outils SI communs pour harmoniser le parcours de soin, le portail d’accès aux services etc. Le 1ier janvier 2016, 13 ARS de grandes tailles sont nées de la fusion des agences régionales. Ce changement d’échelle va inciter ces dernières à mettre en commun le portefeuille de projets et à réviser leur stratégie SI pour lancer une nouvelle dynamique à horizon 2017. A l’échelle nationale, l’assurance maladie mènera le déploiement du dossier médical partagé (DMP). La Loi de Santé promeut aujourd’hui cette approche parcours et la télémédecine.

3. L’interopérabilité des SI

La coopération entre établissements ne sera possible et développée que si les SI peuvent échanger et partager des informations de manière fluide pour les utilisateurs. Il s’agit donc de redoubler d’efforts pour assurer l’interopérabilité des systèmes tant d’un point de vue sémantique que d’un point de vue technique.

Du temps et des moyens pour une intégration sans douleur

L’Etat présente une loi clé. Cette dernière exige une déclinaison stratégique non seulement de la part des ARS mais aussi des futurs GHT, déclinaison stratégique qu’il sera nécessaire de synchroniser. Avant d’engager de nouvelles démarches, la première étape à ne pas négliger est celle de l’alignement des projets avec les objectifs stratégiques définis dans les plans. Il est vital de concentrer les ressources budgétaires et humaines sur les projets clés afin de maximiser les chances de réussite.

En termes d’outils et d’accompagnement, l’Etat travaille avec des agences sur la déclinaison des stratégies de l’Etat auprès des régions et des établissements de santé et avec des entités privées sur la partie propre au SI. C’est l’un des challenges majeurs de ces changements fondamentaux : trouver des compétences en conception de systèmes d’informations, en conduite du changement, en conduite de projet et en gestion de portefeuille projets.

Et ensuite ?

La Loi de Santé marque le début d’une révolution. Compte-tenu des orientations récemment prises par les acteurs du secteur, il est probable que la prochaine étape soit une implication plus forte des individus sur leur santé et sur le système de santé. Comme dans le secteur bancaire, ces derniers pourraient avoir accès à leurs données et recevoir directement des préconisations sur ce qu’ils doivent faire. Le patient de demain sera réellement acteur de sa santé.

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