9ème Université d’été de la e-santé : des innovations au service du patient et un patient contributeur d’innovations

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Pour sa 9ème édition, l’Université d’été de la e-santé qui se tient les 1er, 2 et 3 juillet prochains à Castres sur le campus de l’école d’ingénieurs ISIS, attend 600 participants, nationaux et internationaux. Ceux qui font la santé d’aujourd’hui et de demain auront l’occasion de s’informer, d’échanger et de débattre au cours de conférences, ateliers, tables rondes, plateaux TV…

Tel un grand laboratoire d’idées favorisant l’émulation autour des enjeux clés de la e-santé, la programmation 2015 confirme la transversalité des contenus de l’Université d’été et de son public. Chercheurs, industriels, ingénieurs, startuppers, médecins, juristes, financeurs, représentants des pouvoirs publics et des associations de patients… mèneront ensemble une réflexion sur les nouveaux contours de la santé de demain.

Une ambition commune : améliorer la qualité de vie de tous les patients « Favorisant les connexions internationales et la collaboration interdisciplinaire, l’Université d’été de la e-santé ouvre les voies de nouveaux horizons d’une santé méga connectée », indique Virginia Doan, Directrice de Castres-Mazamet Technopole. Tous partagent une ambition commune : améliorer la qualité de vie des patients, quel que soient leur profil et leur territoire.

Au cœur de toutes les attentions, le patient est lui-même acteur, devenant à travers sa propre participation, pierre angulaire de toute innovation. Emmanuel Dumont, Directeur de recherche au Jacobs Technion-Cornell Institute à New York et Président-Directeur Général d’une startup de biotechnologies, voit dans la e-santé un enjeu majeur de personnalisation : « l’époque où un médicament fonctionnait pour tous est révolue. Nous nous orientons vers une offre de santé adaptée au profil de chaque sous-population de patients avec l’arrivée massive de données permettant de mieux contrôler les maladies ». Pour Thierry Escudier, Directeur des Opérations Cliniques de l’Institut de Recherche Pierre Fabre : « plus que jamais la science doit être au service des malades afin d’accéder plus rapidement à des traitements plus efficaces, mettant ainsi au service des patients et citoyens des moyens encore plus performants pour soigner des maladies qui retentissent malheureusement aujourd’hui encore sur la qualité de vie ».

Engagement des patients, partage d’expériences, innovations et financements, opportunités business… Zoom sur quatre sujets-phares illustrant « la santé de demain », abordés trois jours durant dans le cadre de rendez-vous dédiés et commentés par des intervenants-clés.

  • Comment l’e-santé transforme les essais cliniques ?
  • Observatoire de l’e-santé dans les pays du Sud
  • Start-up santé : faut-il quitter l’Europe pour réussir ?
  • E-santé : ces industriels qu’on n’attendait pas

La e-santé, génératrice de transformations majeures

Quand la e-santé transforme l’essai : études cliniques, des patients toujours plus engagés

Phase déterminante de tout processus de mise sur le marché, les essais cliniques ne cessent d’évoluer et mettent aujourd’hui en jeu échanges de données et rôle déterminant des patients. « L’apport des nouvelles technologies, des applications et objets connectés du quotidien change la donne », déclare Thierry Escudier. « Avec la dématérialisation des contacts et la démultiplication des données, les études cliniques prennent une nouvelle dimension laissant espérer de meilleures chances de performances ». En constante mutation, les essais cliniques vivent un tournant majeur de leur histoire, s’orientant vers le “patient centricity”. « On change le paradigme », poursuit Thierry Escudier, « passant d’un duo équipe hospitalière/laboratoire encadrant un patient passif exécutant un strict protocole, à un trio intégrant les patients dans la vie de l’étude avec un rôle plus actif et participatif. Eux-mêmes expriment le souhait de recueillir et communiquer des données aux médecins et laboratoires en charge de l’étude. L’implication des patients peut faire avancer la recherche plus rapidement, à condition de trouver le bon canal et le bon cadre juridique qui permettent d’exploiter les données ».

La tendance est encouragée par les autorités réglementaires qui apprécient disposer du point de vue du patient afin de mieux juger de la pertinence des résultats. Thierry Escudier évoque enfin le contexte de la e-santé dans lequel les études progresseront encore. « La croissance démographique mondiale a pour conséquence de nouveaux enjeux de santé publique, notamment dans de nombreux états des pays émergents, et en particulier, vis-à-vis des maladies tropicales. Une partie de la population se traite sans problèmes, l’autre n’a pas accès à des services de soins normaux ou de qualité ».

Echanges et initiatives en e-santé : un tremplin pour les pays du sud

Améliorer l’accès aux soins et aux médicaments de qualité, telle est la mission de la Fondation Pierre Fabre qui dévoile, à l’occasion de l’Université d’été, son projet d’« Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud ».

« En raison notamment de l’augmentation du taux d’équipement en téléphone mobile sur le continent africain, soit 70 % en 2015, la e-santé représente une solution d’avenir pour les pays du Sud en participant à la réduction du coût de l’accès à la santé, en permettant de fournir aux populations des informations pour lutter concrètement contre les épidémies et en visant à améliorer la couverture vaccinale et la lutte contre les faux médicaments… », déclare Béatrice Garrette, Directrice Générale de la Fondation Pierre Fabre. « C’est ici, à l’Université d’été 2014, qu’a en partie germé l’idée de l’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud », précise-t-elle. Outil de veille, de recueil et d’analyse, l’Observatoire permettra de suivre chaque année les initiatives en matière de formation des personnels de santé, télémédecine, IECC (Information, Education et Changements des Comportements), suivi des patients et données médicales. La base de données constituée sera partagée auprès de la communauté médicale et scientifique à travers publications et colloques. Certaines initiatives pourront être financées si elles rejoignent les axes de travail de la Fondation. C’est le cas du projet ‘’télédermatologie’’ à Bamako, supervisé par le Dr Ousmane Faye et destiné aux centres de santé périphériques du Mali dont l’accès à des spécialistes en dermatologie est rare. Ce programme vise à former des agents à l’utilisation d’une caméra photo numérique pour la capture et l’envoi d’images cliniques en vue d’obtenir un diagnostic précis et un traitement correct de la part d’un spécialiste pouvant être géographiquement éloigné. « Nous sommes à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud. Nous faisons face à des questions communes en termes d’expertise et nous constaterons peut-être demain avec étonnement que les réponses viendront du Sud et non du Nord », affirme la Directrice de la Fondation.

Si la sphère de la e-santé voit s’élargir le profil des acteurs traditionnels de la santé et accueillir des patients impliqués, elle attire aussi de nouveaux entrants, dotés d’ambitions innovantes et partageant en commun le souci de la prévention et du bénéfice patient.

Où innover, sur quel continent, dans quel pays, dans quel cadre ? Autant de questions qui trouveront probablement réponses dans les années à venir mais pour lesquels nombre d’intervenants sur ce nouveau marché ont déjà mûri leurs idées et fait aboutir leurs projets. La santé connectée se dote de nouveaux contours, ceux d’un terrain d’innovations propices à la création de start-ups ou à l’imagination de nouveaux schémas stratégiques.

La e-santé, nouveau « terrain de jeu » de l’innovation : startuppers ambitieux et industriels fins stratèges

Hors-les-murs : la start-up expatriée, modèle-clé de succès ? Emmanuel Dumont, jeune Français directeur de recherche au Jacobs TechnionCornell Institute à New York et startupper en biotechnologies, développe avec son équipe une innovation dédiée aux patients atteints de lupus, maladie auto-immune sous influence directe de l’environnement. L’application, dont deux essais cliniques sont programmés dans des hôpitaux newyorkais, a pour objectif de transmettre des données relatives à l’exposition aux ultra-violets. « Nous avons mis au point une technologie nouvelle permettant de mesurer aussi précisément qu’en laboratoire et dans une forme portable les radiations des UV en provenance du soleil. Ces data transmises via smartphone visent à rassurer le patient qui se trouve souvent dans l’impossibilité de déterminer précisément la cause de ses symptômes », déclare Emmanuel Dumont. Terrorisé à l’idée de sortir malgré toutes ses précautions, le patient lupique se trouve souvent trop exposé, même involontairement. Il peut rester dehors, mais combien de temps ? C’est ici que l’application intervient, apportant une réponse individualisée permettant de corréler temps d’exposition et symptômes. « Notre mission consiste à faire évoluer la dermatologie en la personnalisant », poursuit le startupper.

Bénéficiant d’un cadre américain, il évoque l’aspect financier et l’avance des Etats-Unis en la matière. « On dépend largement de l’état d’esprit du pays dans lequel on souhaite émerger. De ce point de vue, la Silicon Valley est le lieu de prédilection des startuppers technologiques. J’ai apprécié aux US la clarté et l’accessibilité des informations relatives à l’octroi de bourses. Les solutions de santé digitale ne sont pas des applications mobiles qui peuvent décoller en une semaine ; elles exigent un cadre réglementaire précis et évoluent au sein de gros marchés ». En ce sens, la France qui en est seulement aux balbutiements de la e-santé, a de gros progrès à faire, notamment en termes d’accompagnement et de solutions de financement ». D’autres entrepreneurs restent ou viennent en France pour innover en santé. La conférence d’ouverture permettra de croiser les témoignages de startuppers et de confronter les arguments.

Opportunités et business models : quand la e-santé donne des idées…

Aux prémices de leur activité entrepreneuriale ou bénéficiant d’un cadre historique porteur, bon nombre d’industriels ont compris que le mieux-être pouvait être porteur de projets prometteurs. Tarkett, groupe international leader en solutions innovantes de revêtements de sol, fort de 130 années d’expertise, se présente comme un contributeur du bien vieillir à travers son innovation FloorInMotion Care destinée à mieux accompagner tant les patients/résidents de maisons de santé ou spécialisées, que leurs familles et proches, et les professionnels des établissements de santé. Fruit d’un travail de recherche et développement de 3 ans, FloorInMotion Care crée « des Espaces de Vie connectés associés à un service unique pour une information en temps réel répondant à 3 enjeux : minimiser les risques pour le résident/patient (dont les conséquences des chutes) en bénéficiant d’alertes immédiates en cas d’incident, maintenir la plus grande autonomie de chaque individu en disposant d’informations qualitatives et pertinentes sur leurs activités physiques, améliorer les relations humaines entre les patients/résidents ; et la solution est invisible et non-intrusive pour les patients/résidents », déclare Jean-Sébastien Moinier, Directeur de la Business Unit FloorInMotion chez Tarkett. Plus concrètement, cette innovation consiste en l’installation de capteurs piézo-électriques sous l’intégralité de la surface de sol, et chaque pression dynamique se transforme en un signal électrique transmis à une carte électronique, dont l’algorithme le traduit en une alerte ou information qualitative. Ces signaux d’activités, traduits et analysés, permettent au personnel d’être mieux informé sur l’activité d’un résident grâce à ses mouvements sur le sol. Il peut ainsi intervenir plus vite et améliorer qualitativement la prise en charge de chaque patient, et de fait rassurer son entourage. « Nous nous positionnons comme des contributeurs de mieux-vivre en fournissant des informations comportementales aux acteurs de santé, dont ils ne disposent pas aujourd’hui. D’autres horizons et perspectives s’ouvrent à nous au-delà des établissements de santé, comme les résidences séniors. Nous en sommes aux prémices du potentiel de FloorInMotion et notre performance algorithmique est un de ses piliers stratégiques : pour réussir nos ambitions, nous établissons des partenariats stratégiques avec les meilleurs, comme la démarche en cours avec l’ENS Cachan », poursuit le businessman. « Nous ne sommes pas philanthropiques, mais nous sommes là pour satisfaire nos clients. En cela, notre business modèle traditionnel change de dimension en s’intéressant directement aux usagers des Espaces de Vie. Bien sûr, nous sommes dans une logique gagnant/gagnant : l’idée n’est pas de vendre à tout prix, mais de vendre, parce que cela a du sens », conclue-t-il.

La e-santé pour une co-construction médecin-patient et optimisation de la prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques

Améliorer la relation médecin-patient, optimiser la consultation, aider le patient à être observant et à mieux vivre au quotidien sa pathologie… Les mApps ou applications mobiles de santé ont vocation à améliorer la prise en charge du patient atteint d’une maladie chronique. Si 71% des patients ayant une maladie chronique sont connectés1 , seulement 21,5% ont déjà téléchargé une application mobile de santé¹. 31% des malades n’en ont pas téléchargé car ils ne savent ni ce qu’est une mApp, ni son rôle¹ ; 52% seraient prêts à en télécharger sur conseil de leur médecin¹. « Pour que les mApps répondent aux besoins des patients et facilitent la relation médecinpatient, celles-ci doivent être mieux adaptées en étant créées en partenariat avec des associations de patients, des praticiens et des industriels. Les médecins doivent également avoir davantage confiance en ces applications mobiles de santé et les conseiller à leurs patients. Enfin, une véritable éducation du patient doit être menée pour qu’il puisse se servir convenablement de ces mApps », révèle l’analyse des résultats croisés des enquêtes « Professionnels de santé & malades chroniques : vers une nouvelle alliance thérapeutique ? » menées en 2014 et en mars 2015 par le Think Tank Le Lab e-santé auprès des professionnels de santé et des patients ayant une maladie chronique. L’analyse complète de ces résultats sera présentée par le Think Tank à l’occasion de l’Université d’été de la e-santé.

Qu’ils soient ainsi nommés : patients, malades, citoyens, usagers… tous les individus, appréhendés dans leur environnement santé, seront à termes connectés, physiquement ou virtuellement parlant, avec l’ensemble des intervenants de la e-santé. Au cœur d’un processus en marche et dont on ne connait pas encore toutes les limites, ils souhaiteront plus encore faire entendre leur voix. « Gouvernements, hôpitaux, assureurs, mutuelles, industriels, … Tous sont en train de se mettre autour de la même table : c’est ça, la santé de demain ! », observe Emmanuel Dumont. « Souvent au travers d’associations de patients structurées et sensibles aux enjeux, les patients veulent faire entendre leur voix, non seulement dans les processus complexes de réglementation et de remboursement, mais aussi concernant leur maladie », renchérit Thierry Escudier. Personnalisation, prévention, observance, désertification, mais aussi risque de déshumanisation, besoin de respect des données de la vie privée… sont et seront autant d’enjeux et questions qui rythmeront l’évolution de la e-santé, qui, comme toute avancée majeure, fait débat. L’Université d’été tombe à point nommé…

 

1 Enquête auto-administrée sur le web menée par Le Lab e-santé auprès de 2 226 personnes touchées par une maladie chronique et âgées de 18 ans et plus – Du 20 février au 20 mars 2015.

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9ème Université d’été de la e-santé : des innovations au service du patient et un patient contributeur d’innovations

506992 25th juin, 2015

Pour sa 9ème édition, l’Université d’été de la e-santé qui se tient les 1er, 2 et 3 juillet prochains à Castres sur le campus de l’école d’ingénieurs ISIS, attend 600 participants, nationaux et internationaux. Ceux qui font la santé d’aujourd’hui et de demain auront l’occasion de s’informer, d’échanger et de débattre au cours de conférences, ateliers, tables rondes, plateaux TV…

Tel un grand laboratoire d’idées favorisant l’émulation autour des enjeux clés de la e-santé, la programmation 2015 confirme la transversalité des contenus de l’Université d’été et de son public. Chercheurs, industriels, ingénieurs, startuppers, médecins, juristes, financeurs, représentants des pouvoirs publics et des associations de patients… mèneront ensemble une réflexion sur les nouveaux contours de la santé de demain.

Une ambition commune : améliorer la qualité de vie de tous les patients « Favorisant les connexions internationales et la collaboration interdisciplinaire, l’Université d’été de la e-santé ouvre les voies de nouveaux horizons d’une santé méga connectée », indique Virginia Doan, Directrice de Castres-Mazamet Technopole. Tous partagent une ambition commune : améliorer la qualité de vie des patients, quel que soient leur profil et leur territoire.

Au cœur de toutes les attentions, le patient est lui-même acteur, devenant à travers sa propre participation, pierre angulaire de toute innovation. Emmanuel Dumont, Directeur de recherche au Jacobs Technion-Cornell Institute à New York et Président-Directeur Général d’une startup de biotechnologies, voit dans la e-santé un enjeu majeur de personnalisation : « l’époque où un médicament fonctionnait pour tous est révolue. Nous nous orientons vers une offre de santé adaptée au profil de chaque sous-population de patients avec l’arrivée massive de données permettant de mieux contrôler les maladies ». Pour Thierry Escudier, Directeur des Opérations Cliniques de l’Institut de Recherche Pierre Fabre : « plus que jamais la science doit être au service des malades afin d’accéder plus rapidement à des traitements plus efficaces, mettant ainsi au service des patients et citoyens des moyens encore plus performants pour soigner des maladies qui retentissent malheureusement aujourd’hui encore sur la qualité de vie ».

Engagement des patients, partage d’expériences, innovations et financements, opportunités business… Zoom sur quatre sujets-phares illustrant « la santé de demain », abordés trois jours durant dans le cadre de rendez-vous dédiés et commentés par des intervenants-clés.

  • Comment l’e-santé transforme les essais cliniques ?
  • Observatoire de l’e-santé dans les pays du Sud
  • Start-up santé : faut-il quitter l’Europe pour réussir ?
  • E-santé : ces industriels qu’on n’attendait pas

La e-santé, génératrice de transformations majeures

Quand la e-santé transforme l’essai : études cliniques, des patients toujours plus engagés

Phase déterminante de tout processus de mise sur le marché, les essais cliniques ne cessent d’évoluer et mettent aujourd’hui en jeu échanges de données et rôle déterminant des patients. « L’apport des nouvelles technologies, des applications et objets connectés du quotidien change la donne », déclare Thierry Escudier. « Avec la dématérialisation des contacts et la démultiplication des données, les études cliniques prennent une nouvelle dimension laissant espérer de meilleures chances de performances ». En constante mutation, les essais cliniques vivent un tournant majeur de leur histoire, s’orientant vers le “patient centricity”. « On change le paradigme », poursuit Thierry Escudier, « passant d’un duo équipe hospitalière/laboratoire encadrant un patient passif exécutant un strict protocole, à un trio intégrant les patients dans la vie de l’étude avec un rôle plus actif et participatif. Eux-mêmes expriment le souhait de recueillir et communiquer des données aux médecins et laboratoires en charge de l’étude. L’implication des patients peut faire avancer la recherche plus rapidement, à condition de trouver le bon canal et le bon cadre juridique qui permettent d’exploiter les données ».

La tendance est encouragée par les autorités réglementaires qui apprécient disposer du point de vue du patient afin de mieux juger de la pertinence des résultats. Thierry Escudier évoque enfin le contexte de la e-santé dans lequel les études progresseront encore. « La croissance démographique mondiale a pour conséquence de nouveaux enjeux de santé publique, notamment dans de nombreux états des pays émergents, et en particulier, vis-à-vis des maladies tropicales. Une partie de la population se traite sans problèmes, l’autre n’a pas accès à des services de soins normaux ou de qualité ».

Echanges et initiatives en e-santé : un tremplin pour les pays du sud

Améliorer l’accès aux soins et aux médicaments de qualité, telle est la mission de la Fondation Pierre Fabre qui dévoile, à l’occasion de l’Université d’été, son projet d’« Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud ».

« En raison notamment de l’augmentation du taux d’équipement en téléphone mobile sur le continent africain, soit 70 % en 2015, la e-santé représente une solution d’avenir pour les pays du Sud en participant à la réduction du coût de l’accès à la santé, en permettant de fournir aux populations des informations pour lutter concrètement contre les épidémies et en visant à améliorer la couverture vaccinale et la lutte contre les faux médicaments… », déclare Béatrice Garrette, Directrice Générale de la Fondation Pierre Fabre. « C’est ici, à l’Université d’été 2014, qu’a en partie germé l’idée de l’Observatoire de la e-santé dans les pays du Sud », précise-t-elle. Outil de veille, de recueil et d’analyse, l’Observatoire permettra de suivre chaque année les initiatives en matière de formation des personnels de santé, télémédecine, IECC (Information, Education et Changements des Comportements), suivi des patients et données médicales. La base de données constituée sera partagée auprès de la communauté médicale et scientifique à travers publications et colloques. Certaines initiatives pourront être financées si elles rejoignent les axes de travail de la Fondation. C’est le cas du projet ‘’télédermatologie’’ à Bamako, supervisé par le Dr Ousmane Faye et destiné aux centres de santé périphériques du Mali dont l’accès à des spécialistes en dermatologie est rare. Ce programme vise à former des agents à l’utilisation d’une caméra photo numérique pour la capture et l’envoi d’images cliniques en vue d’obtenir un diagnostic précis et un traitement correct de la part d’un spécialiste pouvant être géographiquement éloigné. « Nous sommes à la croisée des chemins entre le Nord et le Sud. Nous faisons face à des questions communes en termes d’expertise et nous constaterons peut-être demain avec étonnement que les réponses viendront du Sud et non du Nord », affirme la Directrice de la Fondation.

Si la sphère de la e-santé voit s’élargir le profil des acteurs traditionnels de la santé et accueillir des patients impliqués, elle attire aussi de nouveaux entrants, dotés d’ambitions innovantes et partageant en commun le souci de la prévention et du bénéfice patient.

Où innover, sur quel continent, dans quel pays, dans quel cadre ? Autant de questions qui trouveront probablement réponses dans les années à venir mais pour lesquels nombre d’intervenants sur ce nouveau marché ont déjà mûri leurs idées et fait aboutir leurs projets. La santé connectée se dote de nouveaux contours, ceux d’un terrain d’innovations propices à la création de start-ups ou à l’imagination de nouveaux schémas stratégiques.

La e-santé, nouveau « terrain de jeu » de l’innovation : startuppers ambitieux et industriels fins stratèges

Hors-les-murs : la start-up expatriée, modèle-clé de succès ? Emmanuel Dumont, jeune Français directeur de recherche au Jacobs TechnionCornell Institute à New York et startupper en biotechnologies, développe avec son équipe une innovation dédiée aux patients atteints de lupus, maladie auto-immune sous influence directe de l’environnement. L’application, dont deux essais cliniques sont programmés dans des hôpitaux newyorkais, a pour objectif de transmettre des données relatives à l’exposition aux ultra-violets. « Nous avons mis au point une technologie nouvelle permettant de mesurer aussi précisément qu’en laboratoire et dans une forme portable les radiations des UV en provenance du soleil. Ces data transmises via smartphone visent à rassurer le patient qui se trouve souvent dans l’impossibilité de déterminer précisément la cause de ses symptômes », déclare Emmanuel Dumont. Terrorisé à l’idée de sortir malgré toutes ses précautions, le patient lupique se trouve souvent trop exposé, même involontairement. Il peut rester dehors, mais combien de temps ? C’est ici que l’application intervient, apportant une réponse individualisée permettant de corréler temps d’exposition et symptômes. « Notre mission consiste à faire évoluer la dermatologie en la personnalisant », poursuit le startupper.

Bénéficiant d’un cadre américain, il évoque l’aspect financier et l’avance des Etats-Unis en la matière. « On dépend largement de l’état d’esprit du pays dans lequel on souhaite émerger. De ce point de vue, la Silicon Valley est le lieu de prédilection des startuppers technologiques. J’ai apprécié aux US la clarté et l’accessibilité des informations relatives à l’octroi de bourses. Les solutions de santé digitale ne sont pas des applications mobiles qui peuvent décoller en une semaine ; elles exigent un cadre réglementaire précis et évoluent au sein de gros marchés ». En ce sens, la France qui en est seulement aux balbutiements de la e-santé, a de gros progrès à faire, notamment en termes d’accompagnement et de solutions de financement ». D’autres entrepreneurs restent ou viennent en France pour innover en santé. La conférence d’ouverture permettra de croiser les témoignages de startuppers et de confronter les arguments.

Opportunités et business models : quand la e-santé donne des idées…

Aux prémices de leur activité entrepreneuriale ou bénéficiant d’un cadre historique porteur, bon nombre d’industriels ont compris que le mieux-être pouvait être porteur de projets prometteurs. Tarkett, groupe international leader en solutions innovantes de revêtements de sol, fort de 130 années d’expertise, se présente comme un contributeur du bien vieillir à travers son innovation FloorInMotion Care destinée à mieux accompagner tant les patients/résidents de maisons de santé ou spécialisées, que leurs familles et proches, et les professionnels des établissements de santé. Fruit d’un travail de recherche et développement de 3 ans, FloorInMotion Care crée « des Espaces de Vie connectés associés à un service unique pour une information en temps réel répondant à 3 enjeux : minimiser les risques pour le résident/patient (dont les conséquences des chutes) en bénéficiant d’alertes immédiates en cas d’incident, maintenir la plus grande autonomie de chaque individu en disposant d’informations qualitatives et pertinentes sur leurs activités physiques, améliorer les relations humaines entre les patients/résidents ; et la solution est invisible et non-intrusive pour les patients/résidents », déclare Jean-Sébastien Moinier, Directeur de la Business Unit FloorInMotion chez Tarkett. Plus concrètement, cette innovation consiste en l’installation de capteurs piézo-électriques sous l’intégralité de la surface de sol, et chaque pression dynamique se transforme en un signal électrique transmis à une carte électronique, dont l’algorithme le traduit en une alerte ou information qualitative. Ces signaux d’activités, traduits et analysés, permettent au personnel d’être mieux informé sur l’activité d’un résident grâce à ses mouvements sur le sol. Il peut ainsi intervenir plus vite et améliorer qualitativement la prise en charge de chaque patient, et de fait rassurer son entourage. « Nous nous positionnons comme des contributeurs de mieux-vivre en fournissant des informations comportementales aux acteurs de santé, dont ils ne disposent pas aujourd’hui. D’autres horizons et perspectives s’ouvrent à nous au-delà des établissements de santé, comme les résidences séniors. Nous en sommes aux prémices du potentiel de FloorInMotion et notre performance algorithmique est un de ses piliers stratégiques : pour réussir nos ambitions, nous établissons des partenariats stratégiques avec les meilleurs, comme la démarche en cours avec l’ENS Cachan », poursuit le businessman. « Nous ne sommes pas philanthropiques, mais nous sommes là pour satisfaire nos clients. En cela, notre business modèle traditionnel change de dimension en s’intéressant directement aux usagers des Espaces de Vie. Bien sûr, nous sommes dans une logique gagnant/gagnant : l’idée n’est pas de vendre à tout prix, mais de vendre, parce que cela a du sens », conclue-t-il.

La e-santé pour une co-construction médecin-patient et optimisation de la prise en charge des personnes atteintes de maladies chroniques

Améliorer la relation médecin-patient, optimiser la consultation, aider le patient à être observant et à mieux vivre au quotidien sa pathologie… Les mApps ou applications mobiles de santé ont vocation à améliorer la prise en charge du patient atteint d’une maladie chronique. Si 71% des patients ayant une maladie chronique sont connectés1 , seulement 21,5% ont déjà téléchargé une application mobile de santé¹. 31% des malades n’en ont pas téléchargé car ils ne savent ni ce qu’est une mApp, ni son rôle¹ ; 52% seraient prêts à en télécharger sur conseil de leur médecin¹. « Pour que les mApps répondent aux besoins des patients et facilitent la relation médecinpatient, celles-ci doivent être mieux adaptées en étant créées en partenariat avec des associations de patients, des praticiens et des industriels. Les médecins doivent également avoir davantage confiance en ces applications mobiles de santé et les conseiller à leurs patients. Enfin, une véritable éducation du patient doit être menée pour qu’il puisse se servir convenablement de ces mApps », révèle l’analyse des résultats croisés des enquêtes « Professionnels de santé & malades chroniques : vers une nouvelle alliance thérapeutique ? » menées en 2014 et en mars 2015 par le Think Tank Le Lab e-santé auprès des professionnels de santé et des patients ayant une maladie chronique. L’analyse complète de ces résultats sera présentée par le Think Tank à l’occasion de l’Université d’été de la e-santé.

Qu’ils soient ainsi nommés : patients, malades, citoyens, usagers… tous les individus, appréhendés dans leur environnement santé, seront à termes connectés, physiquement ou virtuellement parlant, avec l’ensemble des intervenants de la e-santé. Au cœur d’un processus en marche et dont on ne connait pas encore toutes les limites, ils souhaiteront plus encore faire entendre leur voix. « Gouvernements, hôpitaux, assureurs, mutuelles, industriels, … Tous sont en train de se mettre autour de la même table : c’est ça, la santé de demain ! », observe Emmanuel Dumont. « Souvent au travers d’associations de patients structurées et sensibles aux enjeux, les patients veulent faire entendre leur voix, non seulement dans les processus complexes de réglementation et de remboursement, mais aussi concernant leur maladie », renchérit Thierry Escudier. Personnalisation, prévention, observance, désertification, mais aussi risque de déshumanisation, besoin de respect des données de la vie privée… sont et seront autant d’enjeux et questions qui rythmeront l’évolution de la e-santé, qui, comme toute avancée majeure, fait débat. L’Université d’été tombe à point nommé…

 

1 Enquête auto-administrée sur le web menée par Le Lab e-santé auprès de 2 226 personnes touchées par une maladie chronique et âgées de 18 ans et plus – Du 20 février au 20 mars 2015.

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