L’histoire nous montre que les liens d’amitié au travail ont toujours apporté une réponse aux interrogations des DRH – Par Edward Hladky, Iron Mountain France

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Que pensent les RH des liens d’amitié forts qui peuvent se tisser au bureau : une bonne chose à encourager ou un terrain miné en perspective ? Les avis divergent, et la réponse se situe probablement dans un juste milieu entre ces deux extrêmes. Toutefois, les répondants s’accordent majoritairement sur un point : au 21ème siècle où nous sommes tous tellement occupés à courir après le temps, le bureau devient inévitablement le lieu où nous avons encore un peu de temps ou d’énergie à consacrer à la rencontre de nouvelles personnes.

Une étude américaine[i] démontre que près de la moitié des adultes rencontrent au moins un de leurs amis les plus proches au bureau. Une tendance que confirme une étude menée récemment auprès d’employés de bureau au Royaume-Uni et en Irlande.[ii] Dans les deux cas, cet état de fait s’explique par le déséquilibre entre vie privée et professionnelle, effet indésirable de notre mode de vie connecté en permanence.

Toutefois, la lecture de testaments des 18ème et 19ème siècles désormais accessibles en ligne au Royaume-Uni, révèle que les amitiés au travail n’ont rien de nouveau. Elles se pratiquent même depuis des siècles. Il semble que nous avons toujours cherché à établir des connexions émotionnelles avec les collègues que nous croisons tous les jours dans les couloirs.

On peut s’étonner du choix de l’analyse de testaments pour étayer cette question. Beaucoup pensent que les testaments sont des documents officiels sans saveur, liés à la mort, alors que ce sont au contraire de formidables célébrations de la vie : le témoignage unique des êtres et des biens auxquels les défunts auront tenu le plus.

Nous n’avons exploré qu’une poignée de testaments parmi les 41 millions de documents archivés au Royaume-Uni, mais il en ressort certains aspects qui transcendent le temps, le contexte et le lieu. Une de ces tendances marquantes est la forte propension avec laquelle les collègues deviennent des amis, souvent des plus intimes.

A titre d’exemple, Alan Turing, connu pour avoir cassé le code Enigma de la 2de Guerre mondiale et décédé d’un empoisonnement au cyanure en 1954 à seulement 41 ans, a laissé un court testament demandant à ce que ses biens soient partagés équitablement entre sa mère et deux collègues de l’université de Cambridge qu’il chérissait.

De même, le zoologiste Charles Darwin, mort en 1882, exprime ainsi ses dernières volontés : « Je souhaite léguer à chacun de mes amis, Sir Joseph Dalton Hooker et Thomas Henry Huxley Esquire, la somme de mille livres sterling, totalement exonérée de droits de succession, en témoignage de l’affection et du respect que je leur ai portés toute ma vie durant. » Les deux étaient des collègues de travail : Hooker était un botaniste de renom et Huxley un biologiste.

L’économiste John Keynes, décédé en 1946, a fait de Richard Kahn, son collègue et ami à l’université de Cambridge, l’exécuteur testamentaire et fiduciaire de sa succession, et lui a ainsi confié le soin de veiller sur son héritage professionnel et personnel.

Ces testaments montrent que les collègues ne deviennent pas amis simplement parce qu’ils sont trop occupés, fatigués et stressés pour faire d’autres rencontres. C’est bel et bien un choix délibéré. Les journées passées ensemble dans les mêmes locaux, à partager les mêmes objectifs, valeurs, réussites et déceptions forgent des liens solides. Et ces liens durent souvent jusqu’au décès et par-delà la mort.

Certains craignent que des liens d’amitié sincère au travail pénalisent l’objectivité ou provoquent des tensions émotionnelles. Face à ces risques, il apparaît que les relations amicales professionnelles sont un moteur de joie, de productivité, d’engagement, de satisfaction au travail et de fidélité des salariés[iii].

Nous aurions peut-être intérêt à nous en remettre à l’histoire et à intégrer tous ces aspects positifs dans une culture d’entreprise plus favorable aux liens d’amitié, surtout que   ceux-ci vont se produire dans tous les cas.

Edward Hladky, Directeur Général d’Iron Mountain FranceImage

 

 

 

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L’histoire nous montre que les liens d’amitié au travail ont toujours apporté une réponse aux interrogations des DRH – Par Edward Hladky, Iron Mountain France

harmony 5th mars, 2015

Que pensent les RH des liens d’amitié forts qui peuvent se tisser au bureau : une bonne chose à encourager ou un terrain miné en perspective ? Les avis divergent, et la réponse se situe probablement dans un juste milieu entre ces deux extrêmes. Toutefois, les répondants s’accordent majoritairement sur un point : au 21ème siècle où nous sommes tous tellement occupés à courir après le temps, le bureau devient inévitablement le lieu où nous avons encore un peu de temps ou d’énergie à consacrer à la rencontre de nouvelles personnes.

Une étude américaine[i] démontre que près de la moitié des adultes rencontrent au moins un de leurs amis les plus proches au bureau. Une tendance que confirme une étude menée récemment auprès d’employés de bureau au Royaume-Uni et en Irlande.[ii] Dans les deux cas, cet état de fait s’explique par le déséquilibre entre vie privée et professionnelle, effet indésirable de notre mode de vie connecté en permanence.

Toutefois, la lecture de testaments des 18ème et 19ème siècles désormais accessibles en ligne au Royaume-Uni, révèle que les amitiés au travail n’ont rien de nouveau. Elles se pratiquent même depuis des siècles. Il semble que nous avons toujours cherché à établir des connexions émotionnelles avec les collègues que nous croisons tous les jours dans les couloirs.

On peut s’étonner du choix de l’analyse de testaments pour étayer cette question. Beaucoup pensent que les testaments sont des documents officiels sans saveur, liés à la mort, alors que ce sont au contraire de formidables célébrations de la vie : le témoignage unique des êtres et des biens auxquels les défunts auront tenu le plus.

Nous n’avons exploré qu’une poignée de testaments parmi les 41 millions de documents archivés au Royaume-Uni, mais il en ressort certains aspects qui transcendent le temps, le contexte et le lieu. Une de ces tendances marquantes est la forte propension avec laquelle les collègues deviennent des amis, souvent des plus intimes.

A titre d’exemple, Alan Turing, connu pour avoir cassé le code Enigma de la 2de Guerre mondiale et décédé d’un empoisonnement au cyanure en 1954 à seulement 41 ans, a laissé un court testament demandant à ce que ses biens soient partagés équitablement entre sa mère et deux collègues de l’université de Cambridge qu’il chérissait.

De même, le zoologiste Charles Darwin, mort en 1882, exprime ainsi ses dernières volontés : « Je souhaite léguer à chacun de mes amis, Sir Joseph Dalton Hooker et Thomas Henry Huxley Esquire, la somme de mille livres sterling, totalement exonérée de droits de succession, en témoignage de l’affection et du respect que je leur ai portés toute ma vie durant. » Les deux étaient des collègues de travail : Hooker était un botaniste de renom et Huxley un biologiste.

L’économiste John Keynes, décédé en 1946, a fait de Richard Kahn, son collègue et ami à l’université de Cambridge, l’exécuteur testamentaire et fiduciaire de sa succession, et lui a ainsi confié le soin de veiller sur son héritage professionnel et personnel.

Ces testaments montrent que les collègues ne deviennent pas amis simplement parce qu’ils sont trop occupés, fatigués et stressés pour faire d’autres rencontres. C’est bel et bien un choix délibéré. Les journées passées ensemble dans les mêmes locaux, à partager les mêmes objectifs, valeurs, réussites et déceptions forgent des liens solides. Et ces liens durent souvent jusqu’au décès et par-delà la mort.

Certains craignent que des liens d’amitié sincère au travail pénalisent l’objectivité ou provoquent des tensions émotionnelles. Face à ces risques, il apparaît que les relations amicales professionnelles sont un moteur de joie, de productivité, d’engagement, de satisfaction au travail et de fidélité des salariés[iii].

Nous aurions peut-être intérêt à nous en remettre à l’histoire et à intégrer tous ces aspects positifs dans une culture d’entreprise plus favorable aux liens d’amitié, surtout que   ceux-ci vont se produire dans tous les cas.

Edward Hladky, Directeur Général d’Iron Mountain FranceImage

 

 

 

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