Le digital : bulle ou jackpot ? Investigation DOCaufutur, l’avenir du document

Scared businessman

S’il est un paradigme qui revisite le document c’est bien celui du digital. S’invitant à tous les débats et à toutes les réalisations, il fait certainement le bonheur  des uns et peut précipiter le malheur des autres. Est-ce une bulle à l’instar de l’Internet de la fin des années 90 ? Si oui, celle-ci est-elle appelée à exploser/imploser ? Le cas échéant serait-ce un jackpot qui ferait le bonheur de quelque opportuniste ? Enquête sur un phénomène qui peut bien être ambivalent,  à la fois manne et enfer, eldorado et perdition.

Seamless pattern comic speech bubblesElle aura mis à mal notre rapport au réel. Souvenez-vous de ce que l’on appelle bulle Internet. Des start-up naissaient dans des garages pour peser quelques milliards de dollars quelques jours plus tard, sur la base d’une valorisation farfelue. C’était l’heure de la… nouvelle économie. Exit ceux qui n’allaient pas s’adapter. Dehors les cols blancs et leur costume strict de rigueur. Bienvenue à un autre Dress code : Jeans et chemise décontractée. Une nouvelle ère où la confiance en ces jeunes pousses et en leur capacité à transformer le monde à travers l’utilisation du net révolutionnaire a progressivement viré au cauchemar. Le cimetière de ces structures porteuses d’une idéologie du tout-internet salvateur est rempli de ces entreprises qui, faute d’avoir réussi à imposer la nouvelle économie, ont failli perdre l’économie toute entière. La Bourse ? Un bon moment pour s’en remettre ; l’entreprise ? Totalement déboussolée. Le consommateur ? Dans la tourmente. Pour autant, certains ont su en profiter pour s’enrichir. A l’instar de la ruée vers l’or, ils ont pu tirer les marrons du feu tels les vendeurs de jeans à l’heure de l’Eldorado. D’autres ont tout perdu quand d’autres encore ont su garder la tête froide et adopter une attitude réaliste. Ceux-là ont certainement apporté leur écot à la contribution de l’ère post-bulle Internet et l’avènement du phénomène de digital généralisé. Car après cette déconfiture, Internet, tel le projet d’avion voulant imiter l’oiseau pour voler, a su s’imposer quand ses tenants ont compris la nécessité de s’inscrire dans une démarche réelle. Et réalisable. L’internet pour l’Internet s’est évanoui. Vive le digital au service de causes concrètes.

Business heroDans la vie de tous les jours, le digital devient une application concrète. Dans les différents secteurs d’activité, il est mis à contribution pour accélérer le processus de vente, améliorer la qualité de service rendue au client et optimiser les processus.  Pragmatisme. Pourtant, la donne change. Les sept lettres du mot digital fascinent ; promettent, angoissent. Est-ce désormais une plongée dans une nouvelle idéologie ? Tous les ingrédients semblent réunis pour y arriver.  Selon Olivier Arrosa, associé chez Serenis Consulting, « à en juger à travers la survalorisation des applications digitales actuelles sur le marché américain, la bulle Internet n’est pas loin. Elle est spéculative. Quoi qu’il en soit, l’excès est là, porté par un rêve soutenu par les banques d’affaires et l’adhésion du consommateur. On a ainsi vu Viadéo valorisé à 17 euros lors de son entrée en Bourse pour finalement se stabiliser à 7 euros. » Et de nuancer : «  pourtant, on assiste bel et bien à une véritable révolution digitale chez les consommateurs comme dans les entreprises, tous secteurs confondus. Beaucoup de projets dont on parle vont générer des retombées financières solides pour ceux qui sauront s’y prendre. C’est le cas des objets connectés auxquels nous croyons profondément. Dans l’assurance, leur utilisation va introduire une baisse des risques et donc un partage de la valeur créée. En somme, le digital sera bel et bien un gâteau pour beaucoup, grâce aux réalisations concrètes. Illustration de la prise en compte de cette nouvelle donne, la nomination d’un monsieur digital dans l’entreprise, au même titre que l’ont été les responsables an 2000 et Euro ».

Selon Christophe Bourbier, Président co-fondateur de Limonetik, « la dimension bulle du digital est marginale car le phénomène numérique est une lame de fond ; tous les acteurs économiques y sont plongés et soutiennent cette démarche qui revisite notre quotidien. Néanmoins, force est de constater que certaines valorisations d’entreprises interpellent du fait de leur déconnexion de la réalité. En fait, le digital peut être à la fois bulle et jackpot, selon les acteurs concernés ». Djamel Souami, directeur-associé chez Micropole aborde justement le débat sous l’angle de la valorisation des acteurs du digital. « 19 Mds d’euros ! C’est le montant du rachat de Snapshot par Facebook. Surprenant pour un système de distribution de SMS qui revendique 450 millions d’adresses et 320 millions d’utilisateurs ! Avec une telle somme, il serait possible d’acquérir des mastodontes du digital que Cap Gemini + Atos + Steria, présents sur le marché depuis de nombreuses années et comptant à leur actif de belles et solides références. Il serait intéressant de savoir combien vaut actuellement cette entreprise, plus d’un an après son rachat. Il est normal de s’interroger sur une telle valorisation qui voit l’utilisateur facturé à 77 $ là où les comparateurs revendent en moyenne un lead qualifié à 18 euros ». Comment expliquer un tel emballement ? Le directeur-associé de Micropole a son idée sur les fondements d’une telle surenchère (cf. article).

Night cityAu-delà de son point de vue, le digital est clairement devenu nécessaire pour la marche de notre société. Au point de se demander comment nous avons pu vivre sans ses valeurs. De là à en faire un nouvel eldorado, il n’est qu’un pas que bien des gourous du marketing n’ont pas hésité à franchir. Comme d’habitude, la fièvre est partie des Etats-Unis où les experts en technologies digitales nous font comprendre une évidence, selon eux : hors du digital, point de salut. Une entreprise ne saurait plus se différencier sans le numérique. Réaction des intéressées ? Multiplication de services. Dans la banque, les réseaux sociaux sont pris en compte dans une logique omnicanale. Mais très vite, les établissements se sont rendu compte qu’il était difficile de « monétiser » les investissements consentis. Economiquement, ces espaces de partage restent majoritairement consacrés au gaming et à la gestion de l’e-réputation. Clairement, ils ne profitent pas (encore ?) financièrement aux groupes bancaires mais rapportent du chiffre d’affaires aux entreprises de services digitaux qui les déploient et les maintiennent. Pour ces dernières, il s’agit bel et bien d’un eldorado. Autre exemple, celui des applications mobiles de gestion de sinistres. Désormais, chaque assureur en propose une. Combien d’assurés l’utilisent-ils quand ils sont confrontés à un sinistre ? Profil bas des porteurs de risques sur toute la ligne. Et pourtant ils y investissent. Des exemples comme ceux-là concernent également d’autres secteurs d’activité.

En somme, le digital avance dans la société, en bouleversant notre rapport à tout. Pour autant, il ne résoudra pas toutes les difficultés de notre société. Il s’agit d’un facteur créateur de valeur quand il est utilisé au mieux. De là à en faire l’alpha et l’oméga, il est un pas que les marketeurs franchissent allègrement, entraînant avec eux bon nombre d’entreprises. Tant mieux, si cela dynamise l’économie. Pour autant, il faudra que cette dynamique soit adossée au réel pour résister à la tentation d’une bulle qui réserverait un retour de balancier amer à toute notre société.

Emmanuel MayegaEmmanuel Mayega

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Le digital : bulle ou jackpot ? Investigation DOCaufutur, l’avenir du document

Scared businessman 4th janvier, 2015

S’il est un paradigme qui revisite le document c’est bien celui du digital. S’invitant à tous les débats et à toutes les réalisations, il fait certainement le bonheur  des uns et peut précipiter le malheur des autres. Est-ce une bulle à l’instar de l’Internet de la fin des années 90 ? Si oui, celle-ci est-elle appelée à exploser/imploser ? Le cas échéant serait-ce un jackpot qui ferait le bonheur de quelque opportuniste ? Enquête sur un phénomène qui peut bien être ambivalent,  à la fois manne et enfer, eldorado et perdition.

Seamless pattern comic speech bubblesElle aura mis à mal notre rapport au réel. Souvenez-vous de ce que l’on appelle bulle Internet. Des start-up naissaient dans des garages pour peser quelques milliards de dollars quelques jours plus tard, sur la base d’une valorisation farfelue. C’était l’heure de la… nouvelle économie. Exit ceux qui n’allaient pas s’adapter. Dehors les cols blancs et leur costume strict de rigueur. Bienvenue à un autre Dress code : Jeans et chemise décontractée. Une nouvelle ère où la confiance en ces jeunes pousses et en leur capacité à transformer le monde à travers l’utilisation du net révolutionnaire a progressivement viré au cauchemar. Le cimetière de ces structures porteuses d’une idéologie du tout-internet salvateur est rempli de ces entreprises qui, faute d’avoir réussi à imposer la nouvelle économie, ont failli perdre l’économie toute entière. La Bourse ? Un bon moment pour s’en remettre ; l’entreprise ? Totalement déboussolée. Le consommateur ? Dans la tourmente. Pour autant, certains ont su en profiter pour s’enrichir. A l’instar de la ruée vers l’or, ils ont pu tirer les marrons du feu tels les vendeurs de jeans à l’heure de l’Eldorado. D’autres ont tout perdu quand d’autres encore ont su garder la tête froide et adopter une attitude réaliste. Ceux-là ont certainement apporté leur écot à la contribution de l’ère post-bulle Internet et l’avènement du phénomène de digital généralisé. Car après cette déconfiture, Internet, tel le projet d’avion voulant imiter l’oiseau pour voler, a su s’imposer quand ses tenants ont compris la nécessité de s’inscrire dans une démarche réelle. Et réalisable. L’internet pour l’Internet s’est évanoui. Vive le digital au service de causes concrètes.

Business heroDans la vie de tous les jours, le digital devient une application concrète. Dans les différents secteurs d’activité, il est mis à contribution pour accélérer le processus de vente, améliorer la qualité de service rendue au client et optimiser les processus.  Pragmatisme. Pourtant, la donne change. Les sept lettres du mot digital fascinent ; promettent, angoissent. Est-ce désormais une plongée dans une nouvelle idéologie ? Tous les ingrédients semblent réunis pour y arriver.  Selon Olivier Arrosa, associé chez Serenis Consulting, « à en juger à travers la survalorisation des applications digitales actuelles sur le marché américain, la bulle Internet n’est pas loin. Elle est spéculative. Quoi qu’il en soit, l’excès est là, porté par un rêve soutenu par les banques d’affaires et l’adhésion du consommateur. On a ainsi vu Viadéo valorisé à 17 euros lors de son entrée en Bourse pour finalement se stabiliser à 7 euros. » Et de nuancer : «  pourtant, on assiste bel et bien à une véritable révolution digitale chez les consommateurs comme dans les entreprises, tous secteurs confondus. Beaucoup de projets dont on parle vont générer des retombées financières solides pour ceux qui sauront s’y prendre. C’est le cas des objets connectés auxquels nous croyons profondément. Dans l’assurance, leur utilisation va introduire une baisse des risques et donc un partage de la valeur créée. En somme, le digital sera bel et bien un gâteau pour beaucoup, grâce aux réalisations concrètes. Illustration de la prise en compte de cette nouvelle donne, la nomination d’un monsieur digital dans l’entreprise, au même titre que l’ont été les responsables an 2000 et Euro ».

Selon Christophe Bourbier, Président co-fondateur de Limonetik, « la dimension bulle du digital est marginale car le phénomène numérique est une lame de fond ; tous les acteurs économiques y sont plongés et soutiennent cette démarche qui revisite notre quotidien. Néanmoins, force est de constater que certaines valorisations d’entreprises interpellent du fait de leur déconnexion de la réalité. En fait, le digital peut être à la fois bulle et jackpot, selon les acteurs concernés ». Djamel Souami, directeur-associé chez Micropole aborde justement le débat sous l’angle de la valorisation des acteurs du digital. « 19 Mds d’euros ! C’est le montant du rachat de Snapshot par Facebook. Surprenant pour un système de distribution de SMS qui revendique 450 millions d’adresses et 320 millions d’utilisateurs ! Avec une telle somme, il serait possible d’acquérir des mastodontes du digital que Cap Gemini + Atos + Steria, présents sur le marché depuis de nombreuses années et comptant à leur actif de belles et solides références. Il serait intéressant de savoir combien vaut actuellement cette entreprise, plus d’un an après son rachat. Il est normal de s’interroger sur une telle valorisation qui voit l’utilisateur facturé à 77 $ là où les comparateurs revendent en moyenne un lead qualifié à 18 euros ». Comment expliquer un tel emballement ? Le directeur-associé de Micropole a son idée sur les fondements d’une telle surenchère (cf. article).

Night cityAu-delà de son point de vue, le digital est clairement devenu nécessaire pour la marche de notre société. Au point de se demander comment nous avons pu vivre sans ses valeurs. De là à en faire un nouvel eldorado, il n’est qu’un pas que bien des gourous du marketing n’ont pas hésité à franchir. Comme d’habitude, la fièvre est partie des Etats-Unis où les experts en technologies digitales nous font comprendre une évidence, selon eux : hors du digital, point de salut. Une entreprise ne saurait plus se différencier sans le numérique. Réaction des intéressées ? Multiplication de services. Dans la banque, les réseaux sociaux sont pris en compte dans une logique omnicanale. Mais très vite, les établissements se sont rendu compte qu’il était difficile de « monétiser » les investissements consentis. Economiquement, ces espaces de partage restent majoritairement consacrés au gaming et à la gestion de l’e-réputation. Clairement, ils ne profitent pas (encore ?) financièrement aux groupes bancaires mais rapportent du chiffre d’affaires aux entreprises de services digitaux qui les déploient et les maintiennent. Pour ces dernières, il s’agit bel et bien d’un eldorado. Autre exemple, celui des applications mobiles de gestion de sinistres. Désormais, chaque assureur en propose une. Combien d’assurés l’utilisent-ils quand ils sont confrontés à un sinistre ? Profil bas des porteurs de risques sur toute la ligne. Et pourtant ils y investissent. Des exemples comme ceux-là concernent également d’autres secteurs d’activité.

En somme, le digital avance dans la société, en bouleversant notre rapport à tout. Pour autant, il ne résoudra pas toutes les difficultés de notre société. Il s’agit d’un facteur créateur de valeur quand il est utilisé au mieux. De là à en faire l’alpha et l’oméga, il est un pas que les marketeurs franchissent allègrement, entraînant avec eux bon nombre d’entreprises. Tant mieux, si cela dynamise l’économie. Pour autant, il faudra que cette dynamique soit adossée au réel pour résister à la tentation d’une bulle qui réserverait un retour de balancier amer à toute notre société.

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