La part humaine du Big Data – Par Dave Martin, Senior Scientist au XRCE, le centre européen de recherche de Xerox

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Certains considèrent le film Her de Spike Jonze totalement ridicule. L’idée même qu’un homme puisse tomber amoureux d’une machine relève de la science-fiction. Pour d’autres, ce long métrage présente une vision dystopique de la relation homme/machine poussée à l’extrême.

Quoiqu’il en soit, l’un des thèmes majeurs de ce film est la complexité grandissante qui caractérise la relation entre l’homme et les données. Mes travaux en sociologie et en informatique m’ont amené à constater que la plupart desdonnées collectées aujourd’hui concernent les êtres humains. Alors comment l’analyse de toutes ces informations peut-elle nous aider à mieux comprendre nos comportements ? Et comment est-il possible d’améliorer l’interaction entre le monde des hommes et celui du Big Data ?

Le nouveau Saint Graal des données ?

Aujourd’hui, les données sont utilisées pour optimiser l’efficacité opérationnelle, aider à la prise de décisions stratégiques et élaborer des services à même d’anticiper les tendances et les besoins des consommateurs. D’aucuns affirment qu’en matière d’analyse des données, le Saint Graal est de comprendre et de modéliser les comportements humains lorsque les variables et les circonstances sont modifiées, et ce afin de prédire avec justesse leurs évolutions.

Cela est-il possible ? À mesure que nous dévoilons toujours plus d’informations personnelles en ligne, cette masse grandissante de données est collectée par des systèmes qui affinent leurs analyses. C’est  lorsqu’elles seront intégrées et analysées selon un niveau de granularité adéquat que nous pourrons véritablement influer sur les décisions humaines. Mais malgré cela, il restera difficile de savoir quand et comment intervenir pour favoriser un résultat en particulier.

Les études menées dans le domaine du Big data persistent à vouloir représenter et influencer les comportements humain à partir des données. Pourquoi cela ? C’est en effet l’objectif principal de la recherche : savoir ce qui est possible et le rendre possible.

À l’avenir, l’homme aura intérêt à s’appuyer davantage sur ces technologies, de manière à valider ou à orienter ses choix stratégiques. Mais il faut garder en tête que même si ces méga données peuvent influencer nos choix, elles n’expliquent pas totalement pourquoi nous prenons telle ou telle décision. 

Différents niveaux de sens sont à prendre en considération

Chaque jour, un nombre important de données est récoltée sur les réseaux sociaux, à travers chaque post, chaque commentaire ou chaque contenu partagé d’un internaute. Cependant, même des actions simples en apparence, comme le fait de « liker » un post sur Facebook, peuvent refléter différents niveaux d’implication : on peut « liker » machinalement, par véritable intérêt, ou en fonction de la nature de la relation avec notre « ami ».

L’analyse automatisée des réseaux sociaux, aussi intéressante et sophistiquée soit-elle, offre une perspective qui ne reflète pas fidèlement la réalité dans la mesure où elle ne peut capturer toute la richesse des interactions humaines qui se tissent en ligne et hors ligne.

Cela ne signifie pas que ces technologies ne vont pas se développer ni se perfectionner. Mais l’analyse des données n’affichera jamais un niveau de lecture, de réflexion et de compréhension équivalent à celui des êtres humains.

L’importance de l’humain

Malgré toutes les avancées qui seront réalisés dans le domaine du Big Data et de l’analyse des données, je reste convaincu, en tant que sociologue, que les meilleurs interprètes du comportement humain resteront les hommes. La compréhension et les interactions sociales ne peuvent se réduire à une masse de données ou d’informations susceptibles d’être calculées.

Des découvertes incroyables sont réalisées chaque jour grâce à l’analyse des méga données et il est temps de les utiliser à bon escient, tout en prenant en compte le fait que les humains et les ordinateurs possèdent des capacités différentes. Il est important de bien comprendre comment ces capacités peuvent se compléter. Les principales qualités humaines, à savoir l’empathie, le jugement esthétique et la réflexion, sont très difficilement réductibles à un traitement algorithmique.

L’analyse des méga données peut être un merveilleux outil pour l’homme. Cependant, les technologies doivent nous servir, et non l’inverse. C’est donc aux hommes de décider de leur utilisation à la fois pour des raisons pratiques et éthiques.

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La part humaine du Big Data – Par Dave Martin, Senior Scientist au XRCE, le centre européen de recherche de Xerox

robots-454474_640 28th novembre, 2014

Certains considèrent le film Her de Spike Jonze totalement ridicule. L’idée même qu’un homme puisse tomber amoureux d’une machine relève de la science-fiction. Pour d’autres, ce long métrage présente une vision dystopique de la relation homme/machine poussée à l’extrême.

Quoiqu’il en soit, l’un des thèmes majeurs de ce film est la complexité grandissante qui caractérise la relation entre l’homme et les données. Mes travaux en sociologie et en informatique m’ont amené à constater que la plupart desdonnées collectées aujourd’hui concernent les êtres humains. Alors comment l’analyse de toutes ces informations peut-elle nous aider à mieux comprendre nos comportements ? Et comment est-il possible d’améliorer l’interaction entre le monde des hommes et celui du Big Data ?

Le nouveau Saint Graal des données ?

Aujourd’hui, les données sont utilisées pour optimiser l’efficacité opérationnelle, aider à la prise de décisions stratégiques et élaborer des services à même d’anticiper les tendances et les besoins des consommateurs. D’aucuns affirment qu’en matière d’analyse des données, le Saint Graal est de comprendre et de modéliser les comportements humains lorsque les variables et les circonstances sont modifiées, et ce afin de prédire avec justesse leurs évolutions.

Cela est-il possible ? À mesure que nous dévoilons toujours plus d’informations personnelles en ligne, cette masse grandissante de données est collectée par des systèmes qui affinent leurs analyses. C’est  lorsqu’elles seront intégrées et analysées selon un niveau de granularité adéquat que nous pourrons véritablement influer sur les décisions humaines. Mais malgré cela, il restera difficile de savoir quand et comment intervenir pour favoriser un résultat en particulier.

Les études menées dans le domaine du Big data persistent à vouloir représenter et influencer les comportements humain à partir des données. Pourquoi cela ? C’est en effet l’objectif principal de la recherche : savoir ce qui est possible et le rendre possible.

À l’avenir, l’homme aura intérêt à s’appuyer davantage sur ces technologies, de manière à valider ou à orienter ses choix stratégiques. Mais il faut garder en tête que même si ces méga données peuvent influencer nos choix, elles n’expliquent pas totalement pourquoi nous prenons telle ou telle décision. 

Différents niveaux de sens sont à prendre en considération

Chaque jour, un nombre important de données est récoltée sur les réseaux sociaux, à travers chaque post, chaque commentaire ou chaque contenu partagé d’un internaute. Cependant, même des actions simples en apparence, comme le fait de « liker » un post sur Facebook, peuvent refléter différents niveaux d’implication : on peut « liker » machinalement, par véritable intérêt, ou en fonction de la nature de la relation avec notre « ami ».

L’analyse automatisée des réseaux sociaux, aussi intéressante et sophistiquée soit-elle, offre une perspective qui ne reflète pas fidèlement la réalité dans la mesure où elle ne peut capturer toute la richesse des interactions humaines qui se tissent en ligne et hors ligne.

Cela ne signifie pas que ces technologies ne vont pas se développer ni se perfectionner. Mais l’analyse des données n’affichera jamais un niveau de lecture, de réflexion et de compréhension équivalent à celui des êtres humains.

L’importance de l’humain

Malgré toutes les avancées qui seront réalisés dans le domaine du Big Data et de l’analyse des données, je reste convaincu, en tant que sociologue, que les meilleurs interprètes du comportement humain resteront les hommes. La compréhension et les interactions sociales ne peuvent se réduire à une masse de données ou d’informations susceptibles d’être calculées.

Des découvertes incroyables sont réalisées chaque jour grâce à l’analyse des méga données et il est temps de les utiliser à bon escient, tout en prenant en compte le fait que les humains et les ordinateurs possèdent des capacités différentes. Il est important de bien comprendre comment ces capacités peuvent se compléter. Les principales qualités humaines, à savoir l’empathie, le jugement esthétique et la réflexion, sont très difficilement réductibles à un traitement algorithmique.

L’analyse des méga données peut être un merveilleux outil pour l’homme. Cependant, les technologies doivent nous servir, et non l’inverse. C’est donc aux hommes de décider de leur utilisation à la fois pour des raisons pratiques et éthiques.

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