La couleur, révolution des métiers ou changement de culture ?

Dans les studios de création comme dans les usines de production, la colorimétrie fait partie de ces expertises avancées, indispensables, mais encore rares. Mais l’expertise ne fait pas tout. Pour réussir, il faut la aussi sortir de la logique des silos.

Si l’impression de documents d’entreprise à données variables couleur bouleverse les habitudes du donneur d’ordre en l’obligeant à prendre en compte les limites réelles des différents moyens de production à sa disposition, il n’est pas, et de loin, le seul impacté. « En réalité, c’est quand on sort des bureaux que l’on commence à prendre la mesure des changements induits par la couleur », témoigne Nathalie Miossec, Chef de projets Editiques chez CAA-PREDICA. Et de décrire un glissement qui affecte toute la chaîne de valeur. En éliminant le recours aux préimprimés, l’impression à données variables couleur remet en cause les habitudes de travail à quasiment toutes les étapes. Dans les usines courrier, il faut par exemple faire évoluer les moyens de manutention pour manipuler les bobines de papier vierge. Pour l’opérateur, la couleur implique également des compétences nouvelles pour surveiller la qualité colorimétrique, sans oublier la nécessité de faire appel à des experts en colorimétrie. Ce qui vaut pour l’usine courrier est aussi vrai en prépresse qui évolue elle aussi vers plus de technicité et doit aussi acquérir sa propre expertise en colorimétrie. « Avec le cross media, l’expertise de chaque média doit se renforcer et la production de documents n’échappe pas à la règle », confirme Thierry Guérrand, Responsable Marketing Production Printing chez Konica-Minolta Business Solutions France. Il y va, explique-t-il encore, de la viabilité économique de la production documentaire. Face à l’enjeu de recomposition en couleur des documents noir et blanc par exemple, l’expertise colorimétrique peut permettre de réaliser d’importantes économies en évitant de reconstituer en quadri les éléments noirs et blancs du document.

Apprendre à travailler ensemble

« Dans la pratique, ces compétences sont encore rares », regrette Patrick Cahuet. Pour lui, le référentiel de l’Education Nationale reste en décalage complet avec les exigences du marché et l’évolution des technologies. De leur côté, les entreprises n’investissent probablement pas assez en formation pour réussir la gestion automatisée des couleurs. Les constructeurs eux, mettent les bouchées doubles mais sont encore confrontés à des freins plus liés à l’organisation qu’aux compétences. « On est encore dans une logique de silos, avec par exemple un client dont le responsable qualité approuve seul l’achat d’une imprimante, sans consulter les métiers qui vont indirectement l’utiliser », relève Thierry Guerrand pour qui l’enjeu principal est aujourd’hui que toutes les parties prenantes apprennent à travailler ensemble. Réputée pour son niveau d’exigence élevée en matière de qualité d’impression, la France ne serait pas du tout en retard sur le sujet, et conserverait même une longueur d’avance, à condition de ne pas se laisser piéger par le vieux démon du chacun chez soi. « Les métiers de l’industrie graphique se rapprochent. Mais en même temps, chaque métier acquiert une expertise plus pointue », synthétise Patrick Cahuet.

Construire un écosystème

Appel à l’union des forces : « Nous sommes dans un monde où la collaboration a encore du mal à exister », regrette Nathalie Miossec, soulignant que le défi de la couleur est bien moins technique qu’humain. Si le bénéfice de la couleur tarde à se concrétiser, c’est peut-être parce que les parties en présence hésitent encore à se réunir autour d’une même table, ou mieux encore, à aller sur le terrain, dans les usines de production. « Il ne faut pas avoir peur de mettre en contact le donneur d’ordre et le prestataire », prêche ainsi Thierry Guerrand à l’attention des agences de création et des maîtrises d’œuvre. Lorsque le projet est réussi, le risque de perdre le client au passage est très faible, mais en contrepartie, les métiers et les techniciens ont pu échanger directement sur leurs contraintes et attentes respectives. Cette dynamique d’échange concerne aussi les fournisseurs clés du prestataire, le constructeur d’imprimante bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, le papetier. De plus en plus sollicités, les papetiers s’impliquent désormais plus directement dans la réussite du projet client, en cherchant avec le prestataire et le maître d’ouvrage la formule de papier la mieux adapté au niveau de qualité attendu.

 

Related Topics
Author
By
@coesteve1
Related Posts

Readers Comments


Add Your Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

In The News

La couleur, révolution des métiers ou changement de culture ?

16th octobre, 2013

Dans les studios de création comme dans les usines de production, la colorimétrie fait partie de ces expertises avancées, indispensables, mais encore rares. Mais l’expertise ne fait pas tout. Pour réussir, il faut la aussi sortir de la logique des silos.

Si l’impression de documents d’entreprise à données variables couleur bouleverse les habitudes du donneur d’ordre en l’obligeant à prendre en compte les limites réelles des différents moyens de production à sa disposition, il n’est pas, et de loin, le seul impacté. « En réalité, c’est quand on sort des bureaux que l’on commence à prendre la mesure des changements induits par la couleur », témoigne Nathalie Miossec, Chef de projets Editiques chez CAA-PREDICA. Et de décrire un glissement qui affecte toute la chaîne de valeur. En éliminant le recours aux préimprimés, l’impression à données variables couleur remet en cause les habitudes de travail à quasiment toutes les étapes. Dans les usines courrier, il faut par exemple faire évoluer les moyens de manutention pour manipuler les bobines de papier vierge. Pour l’opérateur, la couleur implique également des compétences nouvelles pour surveiller la qualité colorimétrique, sans oublier la nécessité de faire appel à des experts en colorimétrie. Ce qui vaut pour l’usine courrier est aussi vrai en prépresse qui évolue elle aussi vers plus de technicité et doit aussi acquérir sa propre expertise en colorimétrie. « Avec le cross media, l’expertise de chaque média doit se renforcer et la production de documents n’échappe pas à la règle », confirme Thierry Guérrand, Responsable Marketing Production Printing chez Konica-Minolta Business Solutions France. Il y va, explique-t-il encore, de la viabilité économique de la production documentaire. Face à l’enjeu de recomposition en couleur des documents noir et blanc par exemple, l’expertise colorimétrique peut permettre de réaliser d’importantes économies en évitant de reconstituer en quadri les éléments noirs et blancs du document.

Apprendre à travailler ensemble

« Dans la pratique, ces compétences sont encore rares », regrette Patrick Cahuet. Pour lui, le référentiel de l’Education Nationale reste en décalage complet avec les exigences du marché et l’évolution des technologies. De leur côté, les entreprises n’investissent probablement pas assez en formation pour réussir la gestion automatisée des couleurs. Les constructeurs eux, mettent les bouchées doubles mais sont encore confrontés à des freins plus liés à l’organisation qu’aux compétences. « On est encore dans une logique de silos, avec par exemple un client dont le responsable qualité approuve seul l’achat d’une imprimante, sans consulter les métiers qui vont indirectement l’utiliser », relève Thierry Guerrand pour qui l’enjeu principal est aujourd’hui que toutes les parties prenantes apprennent à travailler ensemble. Réputée pour son niveau d’exigence élevée en matière de qualité d’impression, la France ne serait pas du tout en retard sur le sujet, et conserverait même une longueur d’avance, à condition de ne pas se laisser piéger par le vieux démon du chacun chez soi. « Les métiers de l’industrie graphique se rapprochent. Mais en même temps, chaque métier acquiert une expertise plus pointue », synthétise Patrick Cahuet.

Construire un écosystème

Appel à l’union des forces : « Nous sommes dans un monde où la collaboration a encore du mal à exister », regrette Nathalie Miossec, soulignant que le défi de la couleur est bien moins technique qu’humain. Si le bénéfice de la couleur tarde à se concrétiser, c’est peut-être parce que les parties en présence hésitent encore à se réunir autour d’une même table, ou mieux encore, à aller sur le terrain, dans les usines de production. « Il ne faut pas avoir peur de mettre en contact le donneur d’ordre et le prestataire », prêche ainsi Thierry Guerrand à l’attention des agences de création et des maîtrises d’œuvre. Lorsque le projet est réussi, le risque de perdre le client au passage est très faible, mais en contrepartie, les métiers et les techniciens ont pu échanger directement sur leurs contraintes et attentes respectives. Cette dynamique d’échange concerne aussi les fournisseurs clés du prestataire, le constructeur d’imprimante bien sûr, mais aussi, et peut-être surtout, le papetier. De plus en plus sollicités, les papetiers s’impliquent désormais plus directement dans la réussite du projet client, en cherchant avec le prestataire et le maître d’ouvrage la formule de papier la mieux adapté au niveau de qualité attendu.

 

By
@coesteve1
backtotop